2026-03-12

EDM et l’Etat du Mali, que faire ?

 Temps de lecture : 5 min

La société Energie du Mali est une société industrielle et commerciale. Les deux adjectifs qualificatifs ainsi utilisés pour la caractériser en disent long sur l’hybridité de cette société au plan économique. Ces deux substantifs prouvent que pour fournir de l’électricité à ses clients, l’EDM doit évoluer sur les segments de la production, du transport et de la distribution de l’électricité.

Et si le principal problème d’électricité du Mali tire principalement ses sources de cette hybridité organisationnelle de l’EDM ?

Au plan économique, les segments de la production et du transport de l’électricité utilisent des facilités essentielles – c’est-à-dire des installations ou des équipements dont la duplication ne peut être considérée comme raisonnablement efficace d’un point de vue économique – il s’agit des centrales thermiques, des centrales hydroélectriques, des câbles, des poteaux dans le cas de l’EDM. Ces facilités essentielles générant principalement des coûts fixes induisent des économies d’échelle (baisse du coût total moyen de production au fur et à mesure que le niveau de production augmente). Celles-ci à leur tour conduisent généralement à l’érection d’un monopole naturel.

Le segment de la distribution c’est-à-dire la gestion des derniers mètres du réseau électrique qui sont en contact direct avec les clients finals ne peut être qualifié de monopole naturel. L’évidence de cette conclusion réside dans l’absence de facilités essentielles sur ce segment. Et c’est sur ce dernier segment que toute l’activité commerciale de l’EDM se concentre principalement vis-à-vis de ses clients finals (ménages et entreprises). Ce segment joue un rôle central dans le raccordement de ses clients, la gestion des factures et d’autres prestations personnalisées.

Les développements ainsi présentés permettent de conclure que l’EDM en tant que société industrielle et commerciale chevauche deux entités aux caractéristiques économiques différentes. La première étant soumise aux conditions d’organisation d’un monopole naturel et la seconde aux caractéristiques d’une structure oligopolistique.

Cette ambivalence de l’emprise de l’EDM sur ces deux (02) entités est à la base du dysfonctionnement structurel de cette société dont les soubresauts se font sentir présentement (hormis des problèmes de manque de vertu inhérents aux comportements quotidiens de l’Homme malien du 21ème siècle).

Dans un tel contexte, je pense sincèrement que les mesures conjoncturelles ne seront que des coupe-feux. Dit autrement, seules des mesures structurelles appropriées peuvent éteindre le feu au lieu de le couper !

Je propose trois principales mesures. (1) Le démantèlement structurel de la société Energie du Mali en deux sociétés distinctes dont les capitaux seront majoritairement ouverts aux actionnaires privés. La première s’occupant de la production et du transport de l’électricité car ces deux segments sont des monopoles naturels. Une deuxième société intervenant sur le segment de la distribution. Celle-ci détenue par la « nouvelle » EDM dont le capital sera exclusivement privé. (2) Ouvrir ce dernier segment à la concurrence car il est structurellement oligopolistique. (3) Mettre en place une autorité indépendante chargée de la régulation des nouvelles entités ayant vu le jour.

En optant pour de telles mesures une chose sera sûre et certaine l’électricité ne deviendra plus comme « le maïs frais du sahel » au Mali et son prix réel sera obligatoirement réduit du fait des vertus de la concurrence qui seront à l’œuvre parce que l’ère de la liberté et de la responsabilité aura sonné.

Madou CISSE / FSEG

2026-03-05

Structure de marché oligopolistique à produits homogènes : pourquoi la structure du jeu fait toute la différence ?

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°48)

La différence majeure qui existe entre les structures de marché de concurrence pure et parfaite (CPP), de monopole pur d’un côté et celle du marché oligopolistique de l’autre réside dans le fait que contrairement aux deux premières structures citées, sur la structure de marché oligopolique les offreurs sont en interaction stratégique. Et cela change TOUT !

Qui parle d’interaction stratégique parle forcement de jeu. La compréhension du fonctionnement de la structure de marché oligopolistique passe obligatoirement par une intelligibilité préalable des structures de jeu qui peuvent être à l’œuvre sur le marché d’oligopole à produits homogènes.

L’organisation oligopolistique des marchés s’appuie sur deux principales structures de jeu. A savoir, le jeu à information imparfaite ou jeu simultané et le jeu à information parfaite ou jeu séquentiel.

Sur le marché oligopolistique, deux théories s’appuient sur la structure de jeu à information imparfaite. Il s’agit de la théorie de la concurrence à la Cournot et de la théorie de la concurrence à la Bertrand. Pendant que la théorie de la concurrence à la Stackelberg repose sur les préceptes de la structure de jeu à information parfaite.

Une fois que la structure du jeu est fixée, l’étape suivante sur les structures de marché oligopolistiques consiste à retenir la variable stratégique sur laquelle se fait la concurrence entre les entreprises présentes sur ces marchés. Les variables stratégiques disponibles sur les marchés oligopolistiques à produits homogènes sont au nombre de deux : la quantité à produire et le prix de vente.

Si les entreprises présentes sur ce marché se font la concurrence en choisissant la quantité comme variable stratégique, la concurrence ne peut être que soit à la Cournot (jeu à information imparfaite) soit à la Stackelberg (jeu à information parfaite). Par contre, si les entreprises choisissent le prix de vente comme la variable stratégique, la concurrence ne peut être qu’à la Bertrand.

Selon vous, les entreprises évoluant sur le marché de la monnaie mobile au Mali ont-elles adopté le prix ou la quantité comme variable stratégique ? Et la concurrence sur ce marché se fait-elle à la Cournot ? ou à la Stackelberg ? ou à la Bertrand ?

Je répondrai à cette série de questions dans la Série : Economie en question (N°49) que je publierai très prochainement.

Madou CISSE / FSEG

2026-02-26

Affaire Wave : quand Goliath bénéficie d’un coup de pouce face à David

Temps de lecture : 7 min

Le triomphe de l’économie de marché sur l’économie planifiée à l’orée des années 1980 a conduit à des processus de dérégulation de secteurs entiers des économies à travers le monde (fin de l’Etat providence oblige !). Des monopoles publics ont laissé la place à des structures de marché oligopolistiques. Pour mettre de l’ordre dans ce processus, des autorités de régulation sectorielles sont mises en place afin de surveiller le bon fonctionnement des marchés en ayant comme principal crédo le maintien de conditions de concurrence loyale.

Pour atteindre cet ultime objectif, des lois de concurrence ont été édictées inspirées principalement par le Sherman Antitrust Act de 1890.

Dans cette mouvance, l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) établissait dans son Traité du 10 janvier 1994 et modifié le 29 janvier 2003, au chapitre II, section III, paragraphe 4 (règles de concurrence), en son article 88 des interdictions spécifiques a) aux ententes ; b) aux abus de position dominante et enfin c) aux aides des Etats membres pouvant nuire à l’idéal de la concurrence.

La position dominante oui, son abus non

Le traité de l’UEMOA, comme tous les textes similaires ne condamne pas la position dominante. Mais, il condamne un usage abusif de cette position. A l’image d’un enseignant qui ne peut condamner les performances intellectuelles de son meilleur élève. Mais qui serait prêt à punir ce dernier s’il triche pour avoir de telles performances.

Si une entreprise a la capacité de se comporter dans une mesure appréciable, de manière indépendante de ses concurrents, de ses clients et, en fin de compte, des consommateurs, elle est dite se trouver en position dominante sur ce marché en question ou détenir une puissance significative sur ce marché.

L’abus de position dominante peut se manifester par des pratiques de prix prédateurs, de ventes liées, de ciseaux tarifaires, de refus de vente, de prix excessifs etc. Ces différentes pratiques et d’autres similaires ne peuvent avoir droit de cité sur les marchés des pays à économie de marché.

La détermination des parts de marchés de chaque entreprise présente sur un marché pertinent permet de détecter l’entreprise disposant une position dominante. Généralement, une part de marché supérieure à 50% confère à l’entreprise détentrice d’un tel niveau de part de marché l’attribut d’entreprise en position dominante.

Le marché de la monnaie mobile au Mali

Le marché de la monnaie mobile au Mali, selon le rapport d’activité de 2024 de l’Autorité Malienne de Régulation des Télécommunications /Tic et des Postes (AMRTP), ce marché est dominé par deux fournisseurs à savoir la société Orange Finance Mobile Mali (OFMM) opérant sous la marque Orange Money et la SOTELMA opérant sous la marque Moov money.

Ces deux fournisseurs en 2024 avaient respectivement 74% et 26% de parts de marché. Par voie de conséquence, je déduis que la société Orange Finance Mobile Mali (OFMM) occupait indiscutablement la position dominante sur ce marché pertinent. Les autres, surtout celles qui n’apparaissaient pas dans le rapport de manière chiffrée telles que Sama Money et Wave ne peuvent qu’avoir des parts de marché quasiment nulles en 2024.

Wave peut-elle nuire à la concurrence ?

La réponse à cette ultime question exige de répondre préalablement aux questions suivantes : Wave évolue-t-elle sur le même marché pertinent que la société Orange Finance Mobile Mali (OFMM), la SOTELMA et Sama Money ? Sur ce marché pertinent, à supposer qu’il existe, Wave occupe-t-elle une position dominante ? La pratique tarifaire mise en œuvre par Wave qui a été sanctionnée est-elle une pratique anticoncurrentielle selon le point b) de l’article 88 du Traité modifié de l’UEMOA du 29 janvier 2003 ?

Si la pratique tarifaire mise en œuvre par Wave a entrainé « un afflux important de consommateurs vers les services de WAVE » ; ce mouvement de consommateurs peut être considéré comme appartenant au faisceau d’indices conduisant à établir un certain niveau de substituabilité entre les services de Wave et ceux des autres fournisseurs (donc, existence d’élasticité-prix croisée positive entre les différents services offerts). Cet indice peut permettre de conclure que Wave se trouve sur le même marché pertinent que les trois autres sociétés.

La part de marché de Wave sur ce marché pertinent est quasiment nulle. Car sur la base des statistiques de l’AMRTP (2024), les parts de marchés cumulées de la société Orange Finance Mobile Mali (OFMM) et la SOTELMA faisaient 100% en fin 2024. Ce qui conduit à conclure que Wave n’est pas en position dominante sur le marché pertinent de la monnaie mobile au Mali.

L’article 88 point b) du Traité modifié de l’UEMOA condamne les abus de position dominante. Ce qui permet de soutenir que, pour qu’une pratique d’une entreprise soit considérée comme anticoncurrentielle sur la base dudit article, il faut nécessairement que l’entreprise qui la pratique soit d’abord en situation de position dominante. Ce qui est loin d’être le cas de Wave. Donc, la pratique tarifaire incriminée et mise en œuvre par Wave ne peut être considérée comme anticoncurrentielle sur le marché pertinent de la monnaie mobile au Mali.

La pratique tarifaire de Wave est-elle réellement une vente à perte ? Répondre par l’affirmative à cette question ne peut qu’être le résultat d’un raisonnement spécieux.

Avant la création du Fonds de soutien, Wave offrait ledit service à 1% ce qui représente sa marge bénéficiaire. Après l’instauration du Fonds de soutien ce taux devait atteindre 2%. En optant pour cette majoration, Wave allait toujours garder sa marge de 1%. Mais quand Wave décide de ne pas majorer (maintenir toujours 1%), elle décide de réaliser un profit économique nul (mais pas un profit comptable nul). Donc, elle ne vend pas à perte le service.

En définitive, remettre en cause la politique tarifaire récente de la société Wave ne peut être que regrettable ; car cette pratique venant d’un acteur marginal sur un marché pertinent ne peut être qualifiée aucunement de pratique anticoncurrentielle.

Madou CISSE / FSEG

2026-02-19

Marché de concurrence imparfaite : de l’oligopole au duopole

 Temps de lecture : 2 min

Série : Economie en question (N°47)

Quel est le principal point commun entre le marché de l’eau minérale, le marché de la télécommunication voix, le marché de l’Internet mobile, le marché du transfert d’argent mobile, le marché de la boisson gazeuse sucrée et non alcoolisée au Mali ?

Tous ces marchés ont en commun la même structure ou mode d’organisation. Ils sont tous organisés de manière oligopolistique.

Un marché est dit être organisé de manière oligopolistique s’il présente :

Du côté de l’offre (1) quelques offreurs ; (2) ces offreurs sont protégés par des barrières qui peuvent être légales, naturelles (contrôle de ressources naturelles) ; ou les externalités. (3) les offreurs sont toujours en interaction sur ce type de marché.

Du côté de la demande, les produits offerts sur ce type marché peuvent être considérés par les demandeurs comme homogènes ou hétérogènes (différenciés). Si les demandeurs considèrent les produits offerts comme homogènes, le marché en question est considéré comme un oligopole à produits homogènes. Tandis que, si les produits offerts sont considérés comme différenciés par les consommateurs, l’oligopole est dit à produits hétérogènes ou différenciés.

Le cas particulier d’une structure de marché oligopolistique formée exclusivement par deux entreprises est appelé duopole ou structure de marché duopolistique.

Madou CISSE / FSEG

2026-02-12

Comment réguler le monopole pur ? (2ème partie)

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°46)

Dans la série N°45 disponible ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/02/temps-de-lecture-3-min-serie-economie.html j’ai présenté la régulation-prix du monopole pur. Dans la présente, je fais le focus sur les modes de régulation hors prix, spécifiquement la discrimination tarifaire.

Les modes de régulation hors prix comme leur nom l’indique, à travers ces modes de régulation, les autorités de régulation ne visent pas directement le prix de vente que fixe le monopoleur. Mais, elles utilisent des moyens indirects pour le discipliner afin qu’il réduise son inefficacité productive et allocative.

Parmi ces modes de régulation, le présent papier présente les discriminations tarifaires. Il y a discrimination tarifaire si le vendeur vend le même produit à différents acheteurs et à différents prix.

L’implémentation de la discrimination tarifaire est conditionnée par deux principales règles. Il faut (1) que le vendeur dispose d’un pouvoir de marché (donc, existence d’effet poison). Cette condition permet de comprendre en creux que les entreprises évoluant sur des structures de marché proches de la concurrence pure et parfaite ne peuvent pas discriminer ; car elles ne disposent pas de pouvoir de marché. (2) le vendeur doit être capable d’empêcher la revente.

Il existe trois (03) principales formes de discriminations tarifaires qui peuvent être regroupées en deux grandes catégories. Dans la première catégorie de discrimination tarifaire le vendeur dispose d’information parfaite soit sur la capacité des acheteurs soit sur leurs identités. Dans la deuxième catégorie, le vendeur ne dispose pas d’information précise sur les acheteurs. Dans ce cas, il laisse à chaque acheteur de s’auto-révéler.

Dans la première catégorie de discrimination tarifaire, je mets la discrimination du premier degré ou discrimination parfaite et la discrimination tarifaire du troisième degré.

§  La discrimination du premier degré ou discrimination parfaite

Dans ce mode de discrimination tarifaire, le monopoleur fixe pour chaque acheteur un prix de vente égal à sa disponibilité à payer qu’il est sensé connaître au préalable. Sans pourtant que les différentes disponibilités à payer ne soient pas inférieures au coût marginal de production du produit vendu.

§  La discrimination tarifaire du troisième degré

Une telle discrimination tarifaire exige du monopoleur de vendre son produit en fonction d’une des caractéristiques des acheteurs. Dans cette optique, le monopoleur segmente son marché en plusieurs strates.

C’est ce mode de discrimination tarifaire que la SOMAGEP SA a mis en œuvre à travers son projet de « branchements sociaux » en 2019.

Dans la deuxième catégorie de discriminations tarifaire, il y a la discrimination du deuxième degré ou discrimination basée sur la quantité.

§  La discrimination du deuxième

Cette discrimination conduit le monopoleur à accorder des réductions en fonction de la quantité achetée. Elle permet d’avoir le produit vendu par le monopoleur à des prix unitaires plus faibles.

Ce mode de discrimination tarifaire est mis généralement en œuvre au Mali par les prestataires de services de photocopies. Car plus le nombre de copies augmente au-delà d’un certain seuil, le prix unitaire par copie baisse à la suite des réductions que peut accorder le vendeur.

Madou CISSE / FSEG

2026-02-05

Comment réguler le monopole pur ? (1ère partie)

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°45)

Le monopole pur est la structure de marché la plus inefficace. Cette inefficacité est concrétisée par l’importance de la perte sèche (que j’ai appelée la partie « Bougouni examen du monopole pur » dans la Série : Economie en question (N°44) disponible ici : https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/01/temps-de-lecture-3-min-serie economie_0654725693.html qu’il génère.

C’est en raison de cette inefficacité chronique du monopole pur que les économistes de tous bords (orthodoxes et hétérodoxes) proposent de réguler les entreprises monopolistiques.

La régulation du monopole pur peut se faire de deux façons principales que sont la régulation visant le prix fixé par le monopoleur et la régulation hors prix.

Dans la suite, je mets la focale uniquement sur la régulation-prix.

Une telle mesure de régulation exige de la part du monopoleur de fixer le prix de son produit à un niveau préalablement fixé par les autorités.

Dans cette perspective, il y a la régulation optimale ou la régulation du premier rang. En optant pour une telle régulation, le prix du monopole pur doit égaliser le coût marginal de production du produit.

Dans la régulation du deuxième rang, les autorités exigent que le monopole fixe le prix de son produit égalisant son coût unitaire de production.

La régulation de premier rang et celle du deuxième rang déséquilibrent le compte opérationnel du monopole pur. Elles exigent dans ce cas de la part des autorités de subventionner le monopole pur afin qu’il puisse équilibrer son compte et pouvoir continuer à produire le produit.

Madou CISSE / FSEG

2026-01-29

Pourquoi la structure de marché de monopole pur est-elle la moins efficace de toutes les structures de marché ?

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°44)

Si la structure de marché la plus efficace est la concurrence pure et parfaite (CPP), la structure de marché la moins efficace en économie est celle du monopole pur (MP).

L’efficacité d’une structure de marché se mesure par la capacité de cette structure à fixer un prix de vente tendant vers le minimum du coût unitaire de production du produit tout en assurant la quantité la plus élevée possible. En cette matière, il est démontré et admis que la CPP est l’organisation de marché qui fait mieux que toutes les autres structures de marché. Car, la CPP fixe à long terme un prix qui égalise le minimum du coût unitaire de production tout en offrant plus de quantité du produit. Dans cette perspective, le monopole pur est la structure qui est la moins efficace, car elle fixe un prix suffisamment éloigné de son coût unitaire minimum de production tout en offrant des quantités inférieures à celles qui pourraient être produites en situation de CPP.

La présence simultanée de cette double perte – fixation d’un prix de vente supérieur au minimum du coût unitaire de production et la production d’une quantité moindre par rapport à la situation de CPP – que génère le MP conduit à l’existence de la perte sèche.

La perte sèche porte bien son qualificatif. La perte est « sèche » car le monopoleur de par son comportement (via son pouvoir de marché) fait exprès de fixer un prix de vente de son produit supérieur au minimum de son coût unitaire de production tout en restreignant son niveau de production. Ce comportement conduit à évincer du marché (1) une partie des acheteurs de son produit et (2) à contracter ses recettes qu’il pourrait engranger en offrant les quantités éliminées. In fine, c’est toute l’économie entière qui perd en termes de bien-être économique. C’est cette perte de bien-être engendrée par le monopole pure par rapport à la situation de concurrence pure et parfaite qui est nommée « perte sèche » que j’appelle par analogie « la partie Bougouni examen » du monopole pur !

Madou CISSE / FSEG

2026-01-22

Le pouvoir de marché du monopoleur est toujours tempéré par l’effet poison

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°43)

Si la structure de marché de concurrence pure et parfaite (CPP) est formée par des entreprises atomisées ne disposant aucun pour pouvoir de marché ; celle du monopole pur (MP) se traduit par l’existence d’une seule entreprise qui disposerait un pouvoir de marché.

Le pouvoir de marché est la capacité qu’une entreprise dispose, lui permettant de fixer le prix de vente de son produit sans être inquiétée par la concurrence.

Si le pouvoir de marché peut être considéré comme un avantage pour une entreprise, sa détention par celle-ci rime toujours avec un désavantage majeur que les économistes appellent « effet poison ».

La détention de pouvoir de marché par une entreprise est révélée par l’existence d’une relation décroissante entre le prix de vente du produit et la quantité vendue (courbe de demande de l’entreprise ayant une allure décroissante). C’est cette relation négative qui est appelée « effet poison ». Cette relation suppose que même si l’entreprise a la latitude de fixer le prix de vente de son produit, elle est aussi consciente que plus elle inonde le marché par son produit, plus elle sera obligée de vendre les quantités supplémentaires à des prix de plus en plus bas (effet poison).

Du développement fait supra, je retiens que (1) l’absence de pouvoir de marché (courbe de demande de l’entreprise ayant une allure horizontale) n’est pas forcément synonyme de désavantage absolu, car en CPP, les entreprises vendent toutes les quantités qu’elles peuvent produire et au même prix à savoir celui du marché ; donc, pas d’effet poison sur cette structure. (2) la présence de pouvoir de marché en situation de monopole n’est pas non plus synonyme d'avantage absolu, car la seule entreprise présente sur le marché est toujours contrainte par l’existence de l’effet poison.

Madou CISSE / FSEG

2026-01-15

Pourquoi les monopoles existent dans nos économies contemporaines malgré leurs inefficacités ?

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°42)

La structure de marché de monopole pur est la structure de marché la moins efficace parmi les cinq (05) façons suivant lesquelles un marché peut être organisé. L’inefficacité de la structure de marché de monopole pur est caractérisée par sa capacité à fixer un prix de vente suffisamment supérieur à celui fixé sur une structure de marché de concurrence pure et parfaite (CPP) qui est égal normalement à long terme au minimum du coût unitaire.

Alors pourquoi, dans la vie réelle, existent-ils des marchés qui sont organisés de manière monopolistique ?

La réponse de l’économie positive à cette question ne souffre d’aucune ambigüité. Car, elle soutient que les monopoles existent dans nos économies contemporaines parce qu’il existe « quelque chose » qui empêche les autres entreprises d’entrer sur ces marchés organisés de manière monopolistique. C’est ce « quelque chose » qui est appelé par les économistes « les barrières à l’entrée ».

Ces barrières à l’entrée sont en réalité au nombre de cinq (05) à savoir (1) les barrières légales, (2) le contrôle des ressources naturelles ou critiques, (3) la supériorité technologique, (4) les économies d’échelle et enfin, (4) les externalités.

Par exemple au Mali, nous constatons que la distribution de l’électricité urbaine est assurée par une seule entreprise (EDM), parce que cette entreprise est protégée par une barrière légale pour ce qui concerne ce segment. Pendant que ses deux autres segments de la production et du transport qui sont aussi monopolistiques sont protégés par l’existence d’une barrière naturelle à savoir, les économies d’échelle.

Madou CISSE / FSEG

2026-01-08

La SOMAGEP-SA est un monopole et non un monopole pur

 Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°41)

Si la structure de marché de concurrence pure et parfaite (CPP) est la structure de marché de référence en termes d’efficacité économique – absence de perte sèche en raison de sa capacité à imposer un prix de vente égal au minimum du coût unitaire de production à long terme – la structure de marché de monopole pur est considérée à raison comme la structure de marché de référence la plus inefficace.

La structure de marché de monopole pur à l’image de la CPP est une théorie qui idéalise l’organisation monopolistique des marchés existant dans la vie réelle, car cette structure de marché se définit comme une structure de marché sur laquelle est vendu un produit qui ne dispose pas de substitut.

La structure de marché de monopole pur présente les caractéristiques suivantes :

-          Côté offre : la production du produit est assurée par une seule entreprise qui vend le produit.

-          Côté offre : l’entrée de la structure de ce marché est protégée par des « choses qui empêchent » d’autres entreprises d’entrer sur le même marché. Quant à la sortie de la structure de ce marché, elle est bloquée par le poids des coûts irrécupérables à supporter en cas de faillite.

-          Côté demande : l’homogénéité du produit est admise par tous les demandeurs (donc, produit non différencié).

-          Côté offre / côté demande : cette structure de marché obéit aux mêmes conditions que les structures de jeux à information imparfaite. Cela suppose que chaque joueur, qu’il soit vendeur ou consommateur n’est pas informé de toutes les stratégies jouées (prix, qualité, localisation etc.) en prenant sa décision.

La structure de marché de monopole pur (qui est théorique) ne doit point être confondue avec une structure de marché de monopole présente dans la vie réelle – car il est quasiment impossible d’avoir dans la réalité un monopole qui vend un produit ne disposant pas de substituts proches.

Par exemple, la structure de marché de l’eau potable est monopolistique au Mali. Mais l’entreprise évoluant sur ce marché à savoir la Société Malienne de Gestion de l'Eau Potable (SOMAGEP-SA) ne peut être considérée comme un monopole pur dans la mesure où le produit vendu par la SOMAGEP (l’eau potable) dispose de nombreux substituts proches tels que l’eau des puits, des forages et même celle des rivières et fleuves sous certaines conditions de stérilisation.

L’organisation monopolistique à l’opposé de la CPP est la structure de marché la plus inefficace. Mais malheureusement, même avec une inefficacité sans pareille, l’organisation économique ne peut se passer dans certains cas des monopoles. Pourquoi ? C’est ce que la Série : Economie en question (N°42) abordera.

Madou CISSE / FSEG

2025-12-25

En matière de bien-être économique, la suprématie de la structure de marché de concurrence pure et parfaite demeure incontestée

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°40)

Dans la Série : Economie en question (N°39) disponible à l’adresse suivante : https://cequejepensemali.blogspot.com/2025/12/temps-de-lecture-4-min-serie-economie_02010483767.html, j’ai présenté la structure de marché « idéale » qu’est la structure de marché de concurrence pure et parfaite (CPP). Je signalais dans le papier en question que cette structure de marché idyllique ne peut être rencontrée dans la réalité économique. Mais que l’économie réelle rime avec des structures de marché concurrentielles qui de par leurs principales caractéristiques peuvent s’approcher de l’organisation de la structure de CPP sans pourtant qu’il ait identité.

La CPP référence absolue

La référence absolue en matière d’analyse sur les marchés de l’économie mainstream demeure la structure de marché de CPP. Dit autrement, pour mesurer l’efficacité d’une structure de marché, les économistes orthodoxes comparent toujours celle-ci à celle de la structure de marché de CPP (https://cequejepensemali.blogspot.com/2024/10/serie-economie-en-question-n14.html). Un tel choix est loin d’être fortuit.

Partant des caractéristiques de la structure de marché de CPP, il est démontré qu’à long terme, chaque entreprise présente sur un tel marché (1) produit au minimum de son coût unitaire de production qui coïncide avec son coût marginal (ou coût supplémentaire qu’elle supporte en produisant chaque unité supplémentaire) ; (2) le bien produit par chaque entreprise est écoulé sur le marché à son coût unitaire minimal (absence de pouvoir de marché).

Bien-être maximal

Dans ces conditions, le bien-être du marché (mesuré par la somme de ce que gagnent les consommateurs et les producteurs) est le plus élevé possible et aucun gaspillage de ressources ne peut être constaté sur ce marché. Comment pouvons-nous être sûrs de cela ?

  •       Si chaque unité produite est vendue à son coût unitaire minimal de production, cela signifie que tous consommateurs qui disposent d’une disponibilité à payer le produit plus grande ou égale à ce coût peuvent acheter le produit.
  •       Que seuls les producteurs capables de produire à un coût inférieur ou égal à ce coût unitaire de production (imposé par les caractéristiques de la CPP) peuvent évoluer sur un tel marché en réalisant au moins un profit économique nul. Car les producteurs inefficaces – enregistrant des coûts unitaires plus grands que le coût unitaire imposé par la CPP seront logiquement évincés du marché.

·         Une telle organisation de marché ne peut engendrer aucun gaspillage de ressource pour la simple raison que le marché de par son fonctionnement intrinsèque évince (a) les producteurs inefficaces et (b) ne permet pas non plus aux consommateurs disposant des disponibilités à payer inférieures au minimum du coût unitaire de production des firmes efficaces de participer aux transactions commerciales.

·         En évinçant les producteurs inefficaces, la CPP leur donne la possibilité de rapatrier leurs capitaux sur des structures de marchés qui peuvent être sujets à des défaillances de marché (https://cequejepensemali.blogspot.com/2024/08/serie-economie-en-question-n6-les.html) telles que le monopole, les oligopoles et la concurrence monopolistique.

Ce sont ces vertus de la CPP qui ne peuvent être présentes sur aucune autre forme de structure qui lui confère sa suprématie sur toutes les autres formes de structures de marché. Car elle assure l’efficacité en termes de production (le coût total minimum) et l’efficacité d’allocation absence de gaspillage qui se traduit par l’inexistence de perte sèche sur la structure de CPP. C’est pour ces raisons que l’économie mainstream compare toujours toutes les autres formes d’organisation à la structure de marché de CPP. Et plus une structure s’éloigne de cette forme d’organisation, plus ils concluent à son inefficacité productive et allocative.

Madou CISSE / FSEG

2025-12-18

Structure de marché de concurrence pure, une structure de marché idyllique

 Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°39)

J’écrivais dans le N°38 de la série économie en question https://cequejepensemali.blogspot.com/2025/12/temps-de-lecture-4-min-serie-economie.html que la maîtrise de la structure des marchés est la clé de voûte de toute analyse économique impliquant les marchés.

Dans le présent numéro, j’analyse la structure de marché concurrentielle. Sa version « idyllique » est la structure de marché concurrentielle pure et parfaite (la CPP) mise sur ses fonds baptismaux par L. Walras.

Ce type de structure allie simultanément les principales caractéristiques suivantes :

-          Côté offre : les vendeurs sont atomisés, c’est-à-dire, qu’ils sont très nombreux ; ce qui les enlève toute capacité leur permettant de fixer les prix de leurs produits respectifs.

-          Côté offre : rien ne peut empêcher la sortie des firmes évoluant déjà sur ce type de marché (donc, niveau de coûts irrécupérables quasiment nul) et rien ne peut aussi empêcher l’entrée sur ce type de marché de potentiels entrants disposant les capacités (donc, niveau de barrières à l’entrée très faible pour ne pas dire barrières à l’entrée inexistantes).

-          Côté demande : les produits proposés par les très nombreux vendeurs sont considérés par les consommateurs comme de parfaits substituts.

-          Côté offre / côté demande : ce type de marché obéit aux mêmes conditions que les structures de jeux à information parfaite. Ce qui suppose que chaque joueur, qu’il soit vendeur ou consommateur est déjà informé de toutes les stratégies jouées (prix, qualité, localisation etc.) par ces prédécesseurs.

Cette construction idéalisée de la concurrence sur un marché ne peut exister dans la vie économique réelle. Pourquoi ? parce que, sur les marchés réels, les principales caractéristiques citées supra ne peuvent y être simultanément validées. Surtout celle liée à la disponibilité de l’information, qui ne peut être toujours considérée comme parfaite pour tous les intervenants sur ce marché.

Un exemple de marché concurrentiel de l’économie réelle est celui du marché de détails du sucre raffiné importé de Bamako. En observant ce marché, il est possible de faire les constats suivants : (1) vendeurs atomisés ; (2) existence de barrières, quasi nulle sur ce marché à l’entrée comme à la sortie ; (3) les consommateurs considèrent les différents produits comme des substituts parfaits ; (4) quid de la disponibilité de l’information ? Songez ne ce serait qu’au niveau de prix de ce produit sur ce marché, surtout spécifiquement pendant les périodes de pénurie ? L’information y est-elle parfaite ?

Madou CISSE / FSEG

2025-12-11

La clé de voûte de l’analyse des marchés, c’est leurs organisations structurelles

 Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°38)

Le triomphe de l’idéologie libérale à l’orée de la décennie 80 a imposé de facto le marché comme « objet » d’analyse incontournable dans les analyses économiques. Tout tourne désormais autour des marchés. Le point de départ de toute analyse impliquant les marchés doit s’appuyer au préalable sur la détermination de la structure du marché – le mode d’organisation d’un marché donné côté offre et côté demande –en question.

La fixation de la structure d’un marché se fait en utilisant le critère du nombre d’offreurs (un seul offreur, quelques offreurs, beaucoup d’offreurs) et celui de la différenciation ou non des produits offerts (côté demande).

Le croisement des composantes de ces deux critères (trois du côté de l’offre et deux du côté de la demande) permet de concevoir cinq (05) principales façons d’organiser les différents marchés qui font l’objet d’analyses en économie. Les marchés quels qu’ils soient (marché de la monnaie, marché de change, marché du travail, marché du capital, marché des biens et services) ne peuvent qu’être structurellement organisés suivant l’une des cinq (05) formes suivantes : le marché de concurrence ; le marché d’oligopole à produits homogènes ; le marché d’oligopole à produits hétérogènes ; le marché de concurrence monopolistique et enfin le marché de monopole.

Il est impératif pour toute analyse impliquant un marché de la part de l’économiste de préciser d’abord l’organisation structurelle du marché en question. Car, c’est l’organisation structurelle du marché qui détermine logiquement les rapports de force pouvant exister sur un marché donné. Par exemple, si un marché est formé côté offre par un seul offreur qui vend un produit non différencié, il logique de penser que sur un tel marché le rapport de force est en faveur du vendeur (comme le marché de la monnaie par exemple). Et à l’opposé d’une telle organisation structurelle, supposons que sur un marché il existe beaucoup de vendeurs qui offrent des produits que les acheteurs considèrent comme identiques (marché du travail non qualifié par exemple). Il est logique d’inférer que sur un tel marché, le rapport de force est en faveur des acheteurs.

L’attention doit donc toujours être de mise quand il s’agit d’analyser un marché ; en déterminant préalablement à toute proposition de solution le mode d’organisation du marché concerné qui à son tour dévoile les rapports de forces qui y existent.

Madou CISSE / FSEG

2025-12-04

Variation de prix d’un produit rime toujours avec les effets substitution et revenu

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°37)

Il est unanimement admis en économie que quand le prix d’un produit dont la demande est typique augmente (respectivement baisse) la quantité demandée de ce produit baisse (respectivement augmente). C’est la fameuse loi de la demande !

Les économistes de métier ne se limitent pas à l’énonciation de cette loi quand le prix d’un produit subit de telles variations. Ils poussent leurs analyses en disséquant le résultat issu de la variation du prix sur la quantité demandée.

Dans leurs analyses, les économistes dissocient deux principaux effets qui concourent simultanément à la baisse de la quantité demandée ou à sa hausse suivant que le prix du produit ait augmenté ou baissé. Ces effets sont : l’effet substitution et l’effet revenu.

L’effet substitution prend en charge la variation (hausse ou baisse) de la quantité demandée d’un produit consécutive à une variation de son prix. Car une telle variation impacte logiquement le prix réel du produit en termes d’autres produits.

L’effet revenu quant à lui capte la part de la variation de la quantité demandée due à une variation du pouvoir d’achat des consommateurs. Car, une variation du prix d’un produit impacte logiquement le pouvoir d’achat des consommateurs soit à la hausse quand le prix baisse soit à la baisse quand le prix augmente.

Pour les produits dont la demande est typique et qui sont des produits inférieurs les deux effets sont opposés en termes de signes. Mais, l’effet substitution l’emporte ce qui amènent les consommateurs à choisir des substituts. Par contre, pour ceux qui sont normaux et de première nécessité ou de luxe les deux effets vont dans le même sens. Pour de tels produits, la hausse du prix exacerbe la diminution de la quantité demandée pour cause de variation du prix réel et de diminution de pouvoir d’achat.

En économie, une analyse de l’impact de la variation du prix d’un produit sur sa demande doit forcément passer par une estimation des effets substitution et revenu dans le but de rendre possible la proposition de meilleures solutions.

Madou CISSE / FSEG

2025-11-27

Pourquoi les économistes ne sont pas toujours d’accord ?

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°36)

Quel sera l’impact d’une éventuelle dévaluation du franc CFA sur les économies de la zone UEMOA ? Comment une appréciation du taux de change F CFA/Euro se traduirait-elle dans l’économie de la zone UEMOA ? Les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) doivent-ils sortir de la zone franc CFA ?

Est-ce que sur chacune des trois (03) questions libellées ci-dessus, les économistes donneront-ils les mêmes réponses (c’est-à-dire les mêmes idées) ?

La réponse est oui et non !

Oui, si les questions exigent des économistes de faire des prévisions qui pourront être vérifiées ex post comme vraies ou fausses, telle que la première question de la série des trois questions posées ci-dessus. Ou même si, en guise de réponse, les économistes doivent faire une description, comme l’exige la deuxième question de la série.

Non, quand la question renvoie les économistes à faire une prescription ou à prendre position. Avec, de telles questions, les économistes peuvent présenter des prises de position ou prescriptions différentes. A l’image des médecins qui peuvent faire des prescriptions différentes face au même patient. Une question par excellence qui exige une prescription de la part des économistes est par exemple, la troisième de notre série de question présentée ci-dessus.

Les divergences des économistes sur les questions exigeant de prescription ou la prise de décision dépendent principalement de leurs ancrages idéologiques (orthodoxes ou hétérodoxes). En plus, les économistes sont aussi issus de milieux sociaux différents ; cela peut aussi influer sur leurs prescriptions.

Les économistes, sur les questions exigeant de prévoir ou de décrire (économie positive), les divergences sont minimes. Tandis que sur des questions conduisant à prescrire ou à prendre position (économie normative), les clivages peuvent être souvent abyssaux.

Madou CISSE

FSEG

2025-11-20

Orthodoxie économique vs hétérodoxie économique

Temps de lecture : 7min

Série : Economie en question (N°35)

Quand il s’agit de proposer des politiques économiques, les économistes de par leurs ancrages idéologiques et méthodologiques se scindent en deux camps principaux : les économistes orthodoxes (ou mainstream) et les économistes hétérodoxes.

Au plan idéologique, l’orthodoxie économique considère que :

  • (1) les activités économiques sont animées par des acteurs possédant une rationalité parfaite (qu’elle appelle à dessein les homo-œconomicus) ;
  • (2) les homo-œconomicus dans toutes leurs activités économiques sont maximisateurs et soumis à des contraintes. S’ils sont consommateurs, ils maximisent leurs utilités (issues de la consommation des biens et services ; de l’arbitrage entre travail et loisir ; de l’arbitrage entre la consommation présente et la consommation future ou capital) ; s’ils sont producteurs ils maximisent leurs profits (pour atteindre cet objectif, ils doivent arbitrer entre les quantités de travail et de capital nécessaires à la production de leurs biens et services) ;
  • (3) l’économie mainstream considère que les agents économiques (homo-œconomicus) évoluent sur des marchés concurrentiels qui peuvent atteindre l’équilibre après ajustement de l’offre et de la demande rendu possible par la flexibilité des prix. C’est partant de cette dernière hypothèse que l’orthodoxie économique parvient à étudier les principaux marchés – biens et services, travail, capital, monnaie, change – en admettant toujours l’existence sur ces différents marchés des courbes d’offre et de demande. C’est en s’appuyant sur cette idéologie du marché capable de s’autoréguler (concurrence oblige) que les économistes orthodoxes s’opposent généralement à l’intervention d’acteurs extérieurs tels que les Etats sur les marchés.

Au plan méthodologique

Les économistes orthodoxes font (1) des analyses micro-fondées. Car pour eux, un agent économique (homo-œconomicus) est représentatif de tous les autres agents économiques. Ce qui leur permet d’inférer du comportement de cet agent représentatif ceux de tous les acteurs économiques impliqués dans une activité économique (consommation et production). (2) ils utilisent généralement des outils d’analyses d’inférences mathématiques, statistiques et économétriques basés des données quantitatives. (3) leurs recherches sont principalement hypothético-déductives.

Positionnement idéologique des économistes hétérodoxes

L’hétérodoxie économique naît de la remise en cause des idéologies orthodoxes ainsi que leurs approches méthodologiques. L’un des premiers à faire cela fut John Maynard Keynes.

A l’instar de Karl Polanyi, les économistes hétérodoxes soutiennent que l’économie doit toujours être « encastrée » dans les structures sociales, politiques et culturelles de la société. C’est sur cette base que :

  • (1) ils rejettent sans ménagement l’hypothèse de la rationalité parfaite des orthodoxes en lui substituant la rationalité limitée ou procédurale– du coup, les agents économiques ne sont plus des homo-œconomicus mais des homo sapiens ;
  • (2) ils n’adhèrent pas non plus à l’idéologie exclusive de la maximisation sous contraintes ; car pour eux d’autres objectifs peuvent être visés par les agents économiques, par exemple l’atteinte d’objectifs sociaux ;
  • (3) ils considèrent enfin, que les marchés sont loin d’être organisés de manière parfaitement concurrentielle ; bien au contraire, pour eux, l’économie est dominée principalement par des structures de marchés relevant de la concurrence imparfaite (monopole, oligopoles à produits homogènes ou à produits hétérogènes et la concurrence monopolistique). Et que cette forme d’organisation peut donner des pouvoirs importants aux acteurs qui vont leur permettre de contrôler les prix par un ajustement des quantités. D’où, pour les hétérodoxes, l’autorégulation des marchés est une chimère ! Par conséquent, les interventions extérieures doivent être la règle afin d’aiguillonner les marchés vers l’efficacité d’allocation des ressources de l’économie.

Au plan méthodologique

Les hétérodoxes prônent la pluralité des méthodes qui passe par l’usage de multiples sources de données (qualitatives et quantitatives). Ils combinent les outils qualitatifs et quantitatifs d’analyses et de traitement des données. Leurs approches de recherche peuvent être déductive, inductive ou abductive.

Principales écoles de pensées

Les économistes orthodoxes appartiennent du point de vue idéologique à une des écoles suivantes : l’école Classique ; néo-classique ou marginaliste ; l’école monétariste ; la nouvelle économie classique (NEC).

Les économistes hétérodoxes puisent leurs idéologies des enseignements d’une des principales écoles de pensée suivantes : les marxistes ; les keynésiens, les post-keynésiens ; les néo-keynésiens ; les nouveaux keynésiens (ou nouvelle économie keynésienne (NEK)) ; les institutionnalistes ; les ultralibéraux (école autrichienne) etc.

Les orthodoxes et les hétérodoxes bâtissent toutes leurs réflexions économiques (les politiques économiques) partant de leurs idéologies respectives présentées ci-dessus. Leurs réflexions sur des thématiques spécifiques ne doivent pas être en porte à faux avec les principes fondateurs de leurs ancrages idéologiques. C’est pour cela que sur le marché de la monnaie par exemple, les orthodoxes soutiennent la neutralité de la monnaie pendant que les hétérodoxes prônent le contraire.

Madou CISSE / FSEG

2025-11-13

Pénurie de carburant : les autorités doivent « casser » la dynamique des anticipations autoréalisatrices des consommateurs

Temps de lecture : 7 min

Le dérèglement des chaines d’approvisionnement en carburant des grandes villes du sud du Mali par le fait de groupes de bandits armés a créé des situations de pénurie d’essence et de gasoil dans ces villes.

La situation de pénurie est constatée en économie sur le marché d’un produit si sa demande excède son offre de manière durable. Et c’est ce que je constate sur le marché malien du carburant (essence et gasoil) dans certaines grandes villes maliennes depuis deux (02) mois. Malheureusement, la dynamique de la pénurie peine à être résorbée.

Séquences de la pénurie

L’économie positive enseigne que le revenu des acheteurs, le prix du produit, le prix des autres produits (substituables ou complémentaires), le nombre des acheteurs, les préférences des acheteurs, les anticipations des acheteurs, la localisation spatiale du produit sont les principaux déterminants de la demande de ce produit.

La demande des produits pétroliers (essence et gasoil par exemple) ne fait pas exception à cette détermination.

Une analyse séquentielle de la situation de pénurie des produits pétroliers dans les villes maliennes me permet de constater que l’attaque des convois de citernes par des bandits armés s’interprète à la lumière des préceptes de l’économie positive par un déplacement de la courbe d’offre – conséquence directe de la baisse du nombre des offreurs des produits pétroliers– ce qui conduit à une baisse des quantités offertes de ces produits pour une demande des consommateurs maliens inchangée. Après ce premier choc (lié à l’offre), malheureusement, un second choc de demande s’est greffé aux conséquences du déplacement de la courbe d’offre. Il s’agit dans cette nouvelle phase une variation dans les anticipations des consommateurs maliens de produits pétroliers. Ce changement dans les anticipations des consommateurs s’interprète par une augmentation de la demande (déplacement de la courbe de demande) pour toute offre donnée.

La combinaison de ces deux chocs successifs premièrement une baisse importante de l’offre par rapport à son niveau d’avant crise ; deuxièmement une importante augmentation de la demande impulsée par les anticipations des consommateurs maliens a conduit à la situation de quasi chaos à laquelle les maliens assistent présentement devant les stations-service.

Le venin des anticipations autoréalisatrices

Avant le retour à la normale se traduisant par un déplacement de la courbe d’offre vers son niveau d’équilibre d’avant crise ; je constate que le seul levier que les autorités peuvent actionner est celui de la courbe de demande. Dit autrement, elles peuvent déplacer la courbe de demande des produits pétroliers des grandes villes vers sa position d’avant crise. Comment ?

Les autorités maliennes doivent « casser » impérativement les anticipations des consommateurs maliens qui sont principalement des anticipations autoréalisatrices – en se ruant vers les stations-service dans le but d’éviter d’éventuel manque de carburant, les consommateurs maliens de produits pétroliers par un tel comportement contribuent à l’exacerbation de la pénurie – afin d’être capables de déplacer la courbe de demande des produits pétroliers.

« Casser » les anticipations autoréalisatrices

Le coup de grâce peut être porté aux attitudes d’anticipations autoréalisatrices des consommateurs maliens des produits pétroliers principalement par le moyen du rationnement. Je pense qu’en plus de l’interdiction de l’usage des bidons par les ménages ; les autorités doivent passer à l’étape de fixation de quotas journalier par type d’engin. Par exemple, les voitures personnelles (plaque d’immatriculation à fond blanc, 10.000 F CFA ; plaque d’immatriculation à fond rouge 25.000 F CFA) ; les motos 2.000 F CFA pour les Jakarta ; 5.000 F CFA pour celles qui interviennent dans la production (Télimani, Kata-Kata-ni etc.). Les camions et autres gros porteurs peuvent être autorisés à faire le plein. Pour les entreprises, des autorisations spéciales délivrées par leurs différentes chambres doivent leur permettre d’atteindre leurs objectifs quotidiens de demande de carburant.

Les gains du rationnement

Je trouve que la mise en œuvre de telles mesures de rationnement serait utile car, elle permet (1) d’instaurer des comportements de sobriété chez les consommateurs tant voulus par les autorités (2) d’extraire une part importante de la population active malienne de devant les stations-services en les injectant davantage dans la production (3) de réduire significativement le temps de latence des consommateurs devant les stations-service (4) de faire baisser la pression sur les différentes stations-service tout en prolongeant l’intervalle de temps de ravitaillement des stations-service et donc, par ricochet allonger de quelques jours les intervalles de temps pouvant séparer le convoiement des citernes.

Quelle garantie ai-je pour soutenir que « casser » les anticipations autoréalisatrices des consommateurs maliens des produits pétroliers par le mode de rationnement décrit supra marchera ? La réponse se trouve dans la proposition suivante : les maliens sont raisonnables pour ne pas dire rationnels et ils ne peuvent que répondre favorablement aux incitations comme tous les consommateurs de par le monde.

Madou CISSE

FSEG

EDM et l’Etat du Mali, que faire ?

  Temps de lecture : 5 min La société Energie du Mali est une société industrielle et commerciale. Les deux adjectifs qualificatifs ainsi ...