2026-07-30

Théorie de la valeur économique : des mercantilistes aux marginalistes

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°61)

Qu’est-ce qui fonde économiquement parlant la valeur d’un bien ou d’un service ? Par exemple pourquoi le diamant a plus de valeur économique que l’eau potable ?

Des mercantilistes à D. Ricardo la théorie de la valeur a été basée soit sur la quantité d’or ou d’argent qu’un bien ou service peut acquérir (les mercantilistes), soit sur la quantité de terre nécessaire à la production (les physiocrates), soit sur la quantité de travail direct contribuant à la production d’un bien ou service (A. Smith), soit sur la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa production (D. Ricardo), soir sur la quantité d’effort épargné (F. C. Bastiat). Toutes ces théories sont dites « approche objective de la valeur ».

La question de la théorie de la valeur économique d’un bien ou d’un service a été définitivement résolue au milieu du 19ème siècle par les économistes marginalistes. Ces derniers y sont parvenus (1) en abandonnant la piste de l’approche objective de la valeur ; (2) en adoptant l’approche subjective de la valeur défendue en premier par J. B Say en 1883. Celle-ci soutenant que la valeur économique d’un bien ou d’un service dépend exclusivement de son utilité.

A la suite de Say, les marginalistes – spécifiquement L Walras – ont définitivement établi que la valeur économique d’un bien ou d’un service dépend de deux principaux facteurs que sont : (1) son utilité et (2) sa rareté. Ce qui permet d’inférer que deux biens ou services qui ont le même niveau de rareté peuvent ne pas avoir la même valeur économique si l’un présente une utilité marginale plus grande que l’autre !

C’est cette approche subjective de la valeur économique des biens et services qui a assené le coup de grâce au paradoxe de la valeur de l’eau et du diamant. Car l’abondance de l’eau implique logiquement un niveau d’utilité supplémentaire moindre par rapport au diamant qui est rare.

Madou CISSE / FSEG

2026-07-23

La théorie de la valeur de la productivité marginale soutient que les promoteurs d’école (les employeurs) n’exploitent pas les enseignants (les travailleurs)

 Temps de lecture : 2 min

Série : Economie en question (N°60)

Quand la théorie marxiste de la plus-value soutient que le travail est le seul facteur qui contribue à la création de toute la plus-value créée au cours d’un processus de production ; les économistes orthodoxes retorquent en soutenant que dans un processus de production, la répartition de la valeur ajoutée est toujours fonction de l’apport des deux facteurs à savoir le travail et le capital contribuant à la production. Donc, par voie de conséquence, contrairement à Karl Marx, les capitalistes n’exploitent pas du tout les travailleurs !

Pour parvenir à cette conclusion, les économistes libéraux font recours au concept de productivité. Pour eux, il n’est pas possible de rémunérer un facteur au-delà de son apport à la production sur le long terme. Cette approche est connue sous le nom de la théorie de la valeur de la productivité marginale. Dans cette logique, ils soutiennent que la rémunération de tout facteur doit toujours en phase avec la valeur monétaire de son apport qui est appelé productivité.

Elle stipule que dans un processus de production, chacun des deux facteurs est rémunéré à la hauteur de son apport à la création de la valeur créée. C’est partant d’un tel constat que les orthodoxes arrivent à la conclusion et contrairement à Karl Marx qu’il n’y a pas d’exploitation du travailleur de la part du capitaliste. Chacun des apporteurs de facteur (travail et capital) dans la production gagne exactement en fonction de la valeur de sa mise.

Pour réconforter les orthodoxes dans leur théorie, ils soutiennent que si les deux parties (capitalistes et travailleurs) vivaient exclusivement de la valeur créée seulement par le travailleur, le capitalisme allait s’écrouler. Ce qui n’a pas été le cas en tout cas depuis son triomphe sur le communisme depuis le début des années 80. Bien au contraire, il a jusqu’à présent le vent en poupe ! Et si en réalité, il existe un troisième larron qui est réellement le seul « créateur » de la plus-value à savoir l’innovation technologique !

Une chose est sûre et certaine, sur la base des préceptes défendus par les économistes orthodoxes, dans les processus de production, les travailleurs ne sont pas fondamentalement exploités par les apporteurs de capitaux. Leurs préceptes démontrent clairement que chaque partie (travailleurs et capitalistes) reçoit dans la plus-value en rémunération par le truchement de la valeur de productivité marginale ce qu’il a mis dans le processus de production.

Madou CISSE / FSEG

2026-07-16

Théorie de la plus-value de Marx : les promoteurs d’école (les employeurs) exploitent-ils les enseignants (les travailleurs) ?

Temps de lecture : 6 min

Série : Economie en question (N°59)

Étienne-Gabriel Morelly (1717-1778) auteur du Code de la nature en 1755 disait que « la propriété est la mère de tous les crimes et d'obstacle à toute sociabilité ». À sa suite, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) soutenait que « toute propriété est du vol ». Karl Marx (1818-1883) renchérissait en disant que le capitalisme prospérait sur l’exploitation du prolétariat (les travailleurs) par les bourgeois capitalistes. Et pour soutenir cette thèse, il a développé sa théorie de la plus-value.

Création de la plus-value

Karl Marx a développé sa thèse en partant de la division de la circulation des activités économiques déjà faite par Aristote (-384 à -322) en chrématistique naturelle et en chrématistique mercantile.

La première forme de circulation – la chrématistique naturelle – permet à toute personne de satisfaire ses besoins par la vente de sa force de travail en échange d’autres biens et services. Cette activité, selon l’auteur de la théorie de la plus-value est dépourvue de toute forme d’exploitation des travailleurs. Car ces derniers vendent leurs forces de travail (leurs marchandises « M ») contre de l’argent « A » afin d’acquérir de nouvelles marchandises « M’ ». Dans cette forme d’échangent les travailleurs acquièrent la valeur totale des efforts fournis. D’où le schéma M – A – M’.

Exemple : un enseignant donne des cours à domicile (il vend sa marchandise ou sa force de travail « M » aux parents d’élèves) en contrepartie il est payé par heure à 10.000 FCFA (argent « A ») qu’il va utiliser pour acheter de l’essence (marchandise « M’ »). A ce stade, il n’y a ni de plus-value, ni exploitation de l’enseignant !

Dans la deuxième forme de circulation – la chrématistique mercantile – le capitaliste, disposant une somme d’argent (A) achète une marchandise (M) qui devient son capital (K). En combinant ce K et la force de travail (L) des travailleurs ; il produit un bien ou un service (Q) qu’il vend à une somme d’argent A’ qui est logiquement supérieure à A. D’où le nouveau schéma : A – M ou K – A’.

L’écart positif entre A’ et A est appelé par Marx la plus-value (A’-  = PV).

D’où vient cette plus-value ?

La réponse de Marx à cette interrogation est implacable. Seul le travail crée de la valeur ! par conséquent, la plus-value est créée exclusivement et entièrement par la force des travailleurs. Sans cette force point de plus-value. Car pour lui, le capital (K) seul ne peut être échangé contre de l’argent (A’) supérieur à sa valeur d’acquisition initiale.

Exploitation des travailleurs

La plus-value étant créée selon Marx par l’intervention du travail seulement dans le processus de production ; si toute la plus-value n’est pas donnée aux travailleurs, il y a forcément exploitation de ces derniers par le capitaliste. Dans la mesure où ce dernier en apportant sa marchandise (son capital qui est improductif) capte indument une partie de la plus-value créée par les travailleurs. Donc, il exploite forcément les travailleurs.

Exemple : un enseignant donne cours dans une école privée. Les capitaux sont apportés par le promoteur de l’école. Ce dernier paye l’enseignant au taux horaire de 6.000 F CFA. Conformément à la thèse de Marx, cet enseignant fait en réalité un cours qui vaut plus que 6.000 F CFA (par exemple 10.000 F CFA) ; mais le promoteur s’accapare de 4.000 F CFA qui aussi sont logiquement le fruit du travail de l’enseignant – car selon lui, seul le travail crée la plus-value –. Donc, le promoteur vit exclusivement de l’exploitation de l'enseignant. Et pour que cette exploitation cesse, l’enseignant doit être payé à 10.000 F CFA l’heure.

La thèse de la plus-value ainsi défendue par K Marx prend à contrepied celle défendue par les économistes classiques qui l’ont précédé, tels que D. Ricardo qui l’inspira, A Smiths etc. car pour ces derniers, le salaire est la rémunération du travail effectué par le travailleur et par conséquent, les travailleurs ne sont pas exploités par les capitalistes.

Au-delà des critiques et adhésions que cette théorie de la plus-value soulève sur le plan éthique relativement au fonctionnement des activités économiques spécifiquement sur les liens entre travailleurs et employeurs ; il y a une réalité irréfragable qui demeure, à savoir que les relations économiques sont quotidiennement les résultats de rapports de force. Est-ce que la présence de ceux-ci conduit toujours à une exploitation d’une partie au profit d’une autre ? La réponse à cette question demeure toujours irrésolue.

Madou CISSE / FSEG

2026-07-09

Comment le taux d’intérêt réel du capital peut-il euthanasier les capitalistes ?

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°58)

Dans ma publication précédente disponible ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/07/pourquoi-en-economie-il-nexiste-que.html; j’avais souligné que la prise en compte du taux d’intérêt réel permet de mesurer l’impact réel d’une transaction relatif à un capital donné. Précisément, il existe une relation décroissante entre le taux d’intérêt réel et le niveau d’inflation constaté ; une forte inflation signifiant un niveau de taux d’intérêt réel faible et vice versa.

Partant de ce constat, les économistes soutiennent sans ambages qu’une forte inflation – donc, un taux d’intérêt réel faible – signifie que les remboursements des emprunteurs deviennent plus faibles que prévu toutes choses égales par ailleurs. Ce qui entraine logiquement un appauvrissement des prêteurs (les capitalistes). D’où la concrétisation de la célèbre maxime de Keynes à savoir « l’euthanasie des rentiers ».

Par contre, une faible inflation des prix des biens et services synonyme d’un taux d’intérêt réel élevé implique un renchérissement des coûts des emprunts ce qui fait le bonheur des capitalistes « les prêteurs » et dégrade significativement la position des demandeurs de capital.

A l’image de l’impact de la variation du prix réel des biens et services en termes de pouvoir d’achat des consommateurs et d’arbitrage ; une variation du prix réel du capital à savoir le taux d’intérêt réel, impacte aussi soit le pouvoir d’achat des prêteurs soit celui des emprunteurs mais jamais les deux simultanément ! et cela peut aussi entrainer des arbitrages entre épargne et désépargne. Ce qui pourrait à long terme toucher les grands équilibres macroéconomiques d’un pays à travers par exemple le niveau des investissements.

Madou CISSE / FSEG

2026-07-02

Pourquoi en économie il n’existe que quatre principales catégories de biens et services ?

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°57)

Les économistes parviennent à classer tous les biens et services qui peuvent faire l’objet de transaction marchande ou pas en quatre (04) catégories principales. Il s’agit des biens et services publics purs ; les biens et services de club ; les biens et services communs et enfin, les biens et services privés purs.

Cette catégorisation des biens et services est atteinte en croisant les deux critères suivants : la rivalité et l’excluabilité.

Il y a rivalité dans la consommation d’un bien ou d’un service, si l’usage d’une personne empêche ou exclut les usages des autres.

Le critère de l’excluabilité permet au producteur d’un bien ou service d’exclure de l’usage de son bien ou service toute personne qui ne paie pas le prix d’usage.

Les biens et services publics purs sont ceux qui sont par excellence non rivaux et non excluables. Par exemple, le service de défense militaire. Il est quasiment impossible pour ce type de service que la consommation d’une personne empêche celle d’une autre. En plus, ce type de service est aussi non excluable ; car il n’est pas non plus possible d’exclure une personne de bénéficier les bienfaits de la défense parce qu’elle n’a pas payé les impôts par exemple !

A l’opposé des biens ou services publics purs, nous avons les biens et services privés purs. Ceux-ci sont rivaux et excluables par excellence. Par exemple, mon usage de mon smart phone empêche en même temps son usage par une autre personne. Ce smart phone est aussi excluable, car le vendeur peut exclure toutes les personnes qui ne paient pas son prix d’acquisition.

Les biens et services privés de club sont ceux qui ne sont pas rivaux dans leur consommation mais excluables. Par exemple, les services d’abonnement TV. La consommation d’une personne n’empêche pas celle d’une autre personne ; par contre, le fournisseur du service peut exclure ceux qui ne paient pas les frais d’abonnement.

Les biens et services communs sont opposés aux biens et services privés de club car ils sont rivaux mais ne sont pas du tout excluables. Par exemple, les herbes de pâturage. La consommation d’un troupeau de bœufs des herbes d’une zone donnée empêche celle d’un autre troupeau. Par contre, il n’y a pas d’excluabilité pour accéder audit pâturage.

La catégorie à laquelle peut appartenir un bien ou un service détermine le modèle économique de ce bien ou service. C’est pour cette raison que la production de certains biens ou services est confiée exclusivement aux pouvoirs publics et pour d’autres confiée exclusivement aux acteurs privés.

Madou CISSE / FSEG

2026-06-25

Taux d’intérêt nominal vs taux d’intérêt réel

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°56)

Le prix réel ou prix relatif ou rapport entre deux prix de biens et services permet d’établir combien d’unités d’un second bien ou service une unité d’un autre bien ou service peut acquérir. Cet outil est très puissant sur le marché des biens et services afin de déterminer dans quelle proportion les substitutions peuvent se faire entre différents biens et services sur ce marché.

L’équivalent du prix réel sur le marché des capitaux est le taux d’intérêt réel ; pendant que celui du prix nominal sur ce marché est le taux d’intérêt nominal.

Si vous achetez un livre à 10.000 F CFA et un kilogramme de viande à 5.000 F CFA – ces deux achats se font sur le marché des biens et services – les montants que vous payez pour acquérir le livre et le kilo de viande sont appelés par les économistes les prix nominaux ou encore les prix faciaux des biens et services achetés.

Si vous voulez savoir un livre fait combien de kilo de viande ou un kilo de viande fait combien de livre, vous devez déterminer alors le prix réel, en faisant un rapport entre les deux prix nominaux. Ce rapport qui est 2 (soit 10.000/5.000) ou 0,5 (soit 5.000/10.000). Ce rapport permet d’établir que sur ce marché, un livre permet d’avoir deux kilos de viande ou un kilo de viande permet d’avoir un demi livre.

Si vous êtes sur le marché des capitaux – banques ; microfinances ; fintech ; bourse – vous êtes soumis au « diktat » des taux d’intérêt nominal et réel. Car si vous voulez emprunter une somme auprès d’une banque par exemple ; le banquier pourrait vous dire qu’il vous prête ledit montant à un taux d’intérêt de 12%. Ce taux d’intérêt qui est convenu entre vous le banquier est appelé par les économistes le taux d’intérêt nominal. Et c’est ce taux d’intérêt que vous verrez sur votre contrat de prêt. Pour les économistes (surtout mainstream) ce taux d’intérêt à l’image du prix nominal des biens et services n’a pas assez de pouvoirs explicatifs sur l’impact économique de l’emprunt contracté auprès de la banque. C’est pour cette raison, il faut mettre en perspective, le montant de l’emprunt et le niveau de taux d’intérêt réel qui n’est pas écrit sur le contrat de prêt.

Ce taux d’intérêt réel s’obtient en fait la différence entre le taux d’intérêt nominal (écrit sur le contrat de prêt) et le taux d’inflation des prix des biens et services. C’est le résultat de cette différence qui permet de mesurer l’impact réel de l’emprunt en termes de bien-être économique de l’emprunteur. Si, l’inflation est faible le taux réel devient important ; tandis que si, l’inflation est forte (à deux chiffres par exemple dans la zone UEMOA[i]) le taux d’intérêt réel deviendra faible.

La prise en compte du taux d’intérêt réel permet de mesurer l’impact réel d’une transaction relatif à un capital donné. Pour la simple raison que le taux d’intérêt réel intègre l’inflation des prix des biens et services qui a la possibilité de redistribuer les richesses entre prêteurs et emprunteurs. Comment ? la réponse à cette interrogation fera l’objet d’une prochaine publication sur ce blog.

Madou CISSE / FSEG



[i] Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine

2026-06-18

Marché de l’appel voix mobile : des marges de manœuvres existent toujours en termes de baisse de prix unitaire

Temps de lecture : 4 min

Le secteur des télécommunications à l’image de toutes les industries de réseaux va de pair avec l’existence de marchés défaillants d’un point de vue économique. Les principales causes de défaillance de ces marchés sont les économies d’échelle et les externalités positives. Ces causes contribuent à rendre leurs marchés soit monopolistiques soit oligopolistiques comme c’est le cas du marché de l’appel voix mobile au Mali avec trois (03) opérateurs. Un marché archi dominé en 2024 par Orange Mali SA qui détenait 62% de part de marché.

Ce leader du marché de l’appel voix mobile au Mali propose l’offre promotionnelle Sèwa « non-stop » (devenue récemment Sèwa Koura) depuis bientôt une décennie.

Une analyse des formules Sèwa Koura de 250 F CFA et de 5.000 F CFA permet de constater que le prix de vente de la minute de ces deux formules sont respectivement 25 F CFA et 20,83 F CFA.

Selon le rapport d’activités (2024) de l’AMRTP, l’Autorité en charge de la régulation du secteur des Télécoms au Mali ; le chiffre d’affaires généré par les services d’appel voix mobile d’Orange Mali a été chiffré à 437,81 milliards de F CFA (soit 93% du chiffre d’affaires total de l’opérateur).

En admettant qu’Orange Mali en étant leader du marché soit l’entreprise la plus efficace des trois présentes sur ledit marché ; il serait possible de déterminer le prix véritable ou prix minimum en dessous duquel la firme réaliserait une perte.

Afin d’estimer ce prix véritable du service voix mobile dans le présent cas, il est impératif d’avoir le niveau de profit d’orange Mali. Ce profit n’étant pas une donnée publique ; je l’ai estimé partant de la marge bénéficiaire du Groupe Sonatel dont orange Mali est une filiale à part entière en plus d’Orange Guinée ; Orange Sierra Leone et Orange Guinée-Bissau.

Une analyse des chiffres financiers de 2024 de ce Groupe disponibles ici[1] présente une marge bénéficiaire nette de 22,2%. Partant de cette estimation, et en admettant qu’Orange Mali présente une marge bénéficiaire de 20% – ce qui est une estimation assez raisonnable compte tenu de l’apport historique d’Orange Mali dans la rentabilité du Groupe Sonatel – le prix véritable du service appel voix mobile deviendrait 1,25 F CFA pour une entreprise aussi efficace comme Orange Mali sur le marché malien de l’appel voix mobile.

Une mise en perspective des prix unitaires des deux formules Sèwa Koura présentées supra et du prix unitaire régulé de 75 F CFA  avec un tel niveau de prix véritable permet de soutenir qu’il existe jusqu’à présent de réelles marges manœuvres en termes de réduction de prix unitaires de l’appel voix mobile que les opérateurs surtout Orange Mali Sa peuvent mettre en œuvre pour continuer de démocratiser davantage les services télécoms au Mali tout en augmentant le bien-être consommateurs.

Madou CISSE / FSEG

2026-06-11

Baisse du prix des appels voix hors forfait, une baisse pour rien ?

Temps de lecture : 5 min

La principale visée des politiques économiques que peuvent mettre en œuvre les autorités est le bien-être des acteurs économiques privés à savoir les ménages et les entreprises.

Les autorités, dans une telle perspective ne visent point le bien-être d’un individu isolé mais, elles cherchent toujours à améliorer le bien-être de la majorité d’un groupe d’agents économiques – étant entendu qu’il est quasiment impossible de mettre en œuvre une politique économique qui puisse améliorer de manière simultanée le bien-être de tous les agents d’une économie donnée.

Le bien-être global généré par une politique économique est mesuré en économie par la somme du bien-être des consommateurs et celui des producteurs. Le bien-être des consommateurs est déterminé par l’estimation du surplus ou pouvoir d’achat engendré par une mesure de politique économique ; quant au bien-être des producteurs, il est estimé par leurs bénéfices.

Baisse de prix et bien-être

Le marché de la communication voix au Mali a connu au début du mois de juin 2026 une baisse de 6 F CFA du prix de la minute de l’appel voix hors forfait, passant de 81 F CFA à 75 F CFA.

Pour beaucoup de personnes, la portée économique d’une telle baisse n’est pas du tout significative. Une telle conclusion semble être juste quand elle est autocentrée. Heureusement que la portée d’une telle politique économique ne peut être limitée à « notre propre personne seule ».

C’est en ramenant la portée d’une telle mesure à l’échelle de tout le marché ou de toute la communauté des utilisateurs que l’impact réel de ladite mesure devient audible.

Le marché de l’appel voix (mobile et fixe) au Mali comptait 25.712.972 abonnés en fin 2024. Tous ces utilisateurs (ménages et entreprises) ont généré pour les trois (03) opérateurs présents sur ce marché, un chiffre d’affaires global de 614,796 milliards de F CFA avec un revenu moyen par utilisateur (ARPU= Average Revenue Per User) de 1.518 F CFA.

Durant l’année 2024, les utilisateurs maliens présents sur le marché de l’appel voix ont réalisé 405.003.953 de minutes de communication voix au total.

En s’appuyant sur cette dernière statistique, tout en faisant fi de la part des appels voix faits avec les différents forfaits ; une telle mesure de réduction de prix des appels voix hors forfait apporterait en 2024 dans sa fourchette haute un gain de pouvoir d’achat maximal de 2.430.023.716 F CFA. Pendant que dans la fourchette basse, l’apport de la baisse de prix deviendrait quasiment insignifiant toutes choses égales par ailleurs. Car au Mali, les opérateurs télécoms ont des formules de « ventes promotionnelles » ininterrompues ; « Damou » et « Diagnè promo » pour ne citer que celles-ci.

Dans la mesure où le parc téléphonie (mobile et fixe) est quasi stationnaire en termes de croissance – soit +0,54% d’augmentation entre 2023 et 2024 – il y a fort à parier que la baisse de 6 F CFA apporterait presque le même niveau de pouvoir d’achat aux utilisateurs dudit service chaque année toutes choses égales par ailleurs.

Il est très important de signaler que sur le plan de l’efficacité économique cette mesure de réduction demeure neutre a priori, car elle donne aux utilisateurs des services télécoms ce qu’elle prend aux trois opérateurs télécoms. C’est lors de la phase d’affectation du pouvoir d’achat acquis par les consommateurs que la taille de l’économie malienne pourrait être touchée.

M. Madou CISSE / FSEG

2026-06-04

Les forages d’eau « gratuits » et la dure réalité des externalités négatives

Temps de lecture : 5 min

Dans ma publication de la semaine précédente sur les spécificités théoriques des externalités disponible ici, https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/05/parlons-dexternalites.html j’y avais affirmé que les externalités négatives imposent une surconsommation des ressources pendant que les externalités positives induisent toujours leur sous consommation.

La théorie économique sur l’impact des externalités sur le fonctionnement des activités est on ne peut plus claire. Elle soutient qu’en présence d’externalités négatives, il faut que les coûts sociaux induits par leur présence soient internalisés. Cette idée appliquée à la pollution environnementale a donné naissance au célèbre principe du « pollueur-payeur » qui tire ses sources des travaux pionniers du Maître de Cambridge (Angleterre) Arthur Cecil Pigou au début du 20ème siècle.

Forage « gratuit » mais…

Au Mali, il n’est pas rare de voir des personnes de « bonne de volonté » dans nos quartiers et villages faire des forages et les mettre gracieusement à la disposition des populations. Cette pratique bien que louable sur plan le social présente beaucoup d’inefficacité d’un point de vue économique.

Un forage mis gratuitement à la disposition des populations d’une zone devient inefficace économiquement parce que cette pratique impose automatiquement des coûts sociaux inhérents aux externalités négatives.

En optant pour la gratuité d’accès au forage et sans limitation d’usage, comme la théorie le prévoit avec acuité entraine une surconsommation de l’eau disponible. Dans ce cas spécifique, les usagers du forage « gratuit » surutilisent le forage. Cette pratique conduit toujours à un amortissement accéléré du forage (pompe, tuyaux, et les autres installations connexes). Un tel environnement conduit inéluctablement à l’arrêt définitif du service car les externalités négatives seront à l’œuvre !

Que faire alors ?

Ce qu’il ne faut jamais faire, c’est de laisser le forage sans la moindre régulation. Ceci dit, il faut toujours instaurer soit une régulation visant le prix soit une régulation par les quotas.

La régulation par le prix doit permettre de fixer un montant minimal ou social – qui est normalement inférieur au prix du marché de l’eau dans la localité d’implantation du forage – Ce niveau de prix loin d’être optimal du point de vue du marché a quand-même le mérite d’internaliser une partie des coûts sociaux qu’imposent les utilisateurs du forage.

La régulation par le truchement des quotas journaliers et par usager du forage aboutit elle aussi à tailler dans les effets externes liés aux externalités négatives. Cette pratique des quotas demande des efforts de collecte d’information de la part du mécène sur les différents utilisateurs réels et potentiels du forage afin qu’elle devienne efficace comme mesure.

Une autre variante de la méthode des quotas consiste à fixer une plage horaire au cours de laquelle la fourniture de l’eau devient possible et en dehors de cette plage la fourniture n’est plus possible.

En définitive, faire un forage « gratuit » pour une population donnée ne serait jamais une activité pérenne sans aucune forme de régulation à cause des externalités négatives qu’une telle activité impose. Car en faisant fi de la régulation, tôt ou tard (à long terme) la fourniture de l’eau du forage cessera parce qu’aucune fraction des coûts sociaux imposés par les comportements des usagers n’est internalisée ce qui devient un terreau fertile pour la surconsommation de l’eau du forage « gratuit ».

M. Madou CISSE / FSEG

2026-05-28

Parlons d’externalités

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°55)

Parmi les causes de défaillance des marchés – traitées ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2024/08/serie-economie-en-question-n6-les.html – y figurent en bonne place les externalités.

La présence des externalités dans une activité écarte cette dernière de l’atteinte de son niveau de fonctionnement optimal. C’est pour cette raison que les tenants de la l’économie orthodoxe ne rechignent pas à l’idée d’une régulation desdites activités.

Il y a externalité dans une activité quand le comportement d’un agent impacte – négativement ou positivement – celui d’un autre et que l’impact causé par ce comportement n’est pas pris en charge par un mécanisme de compensation.

Un exemple d’une externalité positive : une augmentation du taux de vaccination des enfants contre une maladie transmissible augmente mécaniquement le niveau global de protection de la communauté contre ladite maladie. Sauf que le bien-être généré par cette couverture vaccinale accrue ne fait l’objet d’aucune compensation financière. Dit autrement, les enfants vaccinés qui contribuent à casser la chaine de transmission de la maladie ne bénéficient pas de compensation financière !

Un exemple d’une externalité négative : une usine qui rejette dans le fleuve Niger ses eaux usées alourdit par ce comportement les coûts de purification de l’eau du fleuve Niger pour une entreprise en agrobusiness se servant de cette eau pour arroser ses plantes. S’il n’y a pas de compensation financière consécutive au comportement de l’usine ; il y a alors existence d’une externalité négative.

Les deux formes externalités (positives et négatives) n’impactent pas les activités économiques et sociales de la même manière. Si les externalités négatives rendent supérieurs les coûts sociaux aux coûts privés ; les externalités positives font baisser les premiers par rapports aux seconds.

La conséquence directe de l’impact de ces externalités sur les coûts sociaux fait qu’une externalité négative conduit à une surconsommation des ressources tandis que les externalités positives contribuent à une sous consommation des ressources. C’est pour cette raison, quand il y a externalité ; qu’elle soit positive ou négative, l’intervention extérieure dans l’activité doit être encouragée.

Madou CISSE / FSEG


2026-05-21

Aléa moral : une application à l’aviculture

Temps de lecture : 4 min

Dans le précédent numéro de mon blog publié la semaine passée et disponible ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/05/asymetrie-dinformation-que-faire-face.html, j’ai mis en évidence que dans toute activité humaine où il y a : (1) divergence d’intérêts ; (2) asymétrie d’information de type aléa moral et (3) existence de réponses institutionnelles via les contrats ou d’autres moyens incitatifs doit être traitée selon les préceptes établis par la théorie de l’agence ou théorie du Principal-Agent.

Rémunération : théorie du Principal-Agent

Le présent numéro met l’accent sur les recommandations faites par ladite théorie relativement aux formes de rémunération à mettre en place quand les trois principales conditions déjà énumérées sont remplies.

La théorie soutient qu’il existe deux principales formes de rémunération pouvant être mises en œuvre dans les situations où un Principal ou propriétaire confie à un Agent ou employé l’exécution d’une tâche.

Le Principal peut décider de fixer un salaire mensuel ou hebdomadaire à l’Agent ou tout autre type de rémunération fixe. Dans cette éventualité, le propriétaire rend automatiquement indépendante la rémunération du travailleur de sa productivité. Dans ce premier type de rémunération, les conclusions de la théorie sont implacables. Elle soutient sans ambiguïté qu’en fixant un montant fixe de rémunération à l’employé, ce dernier ne fournira pas les efforts nécessaires susceptibles de maximiser les résultats issus de la tâche à exécuter. Il pourrait se contenter juste des niveaux d’efforts en dessous desquels le principal peut le renvoyer ! Dit autrement, avec une rémunération fixe, l’Agent fera le service minimum.

La meilleure forme de rémunération que recommande la théorie et qui doit être mise en place par le Principal est de lier la rémunération de l’Agent à sa productivité. Cette liaison dans sa forme la plus aboutie conduit à la franchise.

Aviculture et rémunération des travailleurs

L’aviculture comme dans toutes les activités de production, la relation Principal-Agent est indispensable.

La rémunération des gardiens des bâtiments avicoles au Mali par exemple s’inscrit logiquement dans ce type de relation. Au Mali, malheureusement, les propriétaires optent le plus souvent pour la première forme de rémunération que la théorie déconseille fermement. Car avec une telle forme de rémunération, le gain collectif (part du propriétaire dans la recette totale et celle de l’employé) demeure minimisé.

Tandis qu’en optant pour une rémunération du gardien positivement corrélée à sa productivité, le gain collectif issu du bâtiment avicole sera maximisé. En tout cas avec cette forme de rémunération, le gardien fournira les efforts nécessaires conduisant à maximiser ses avoirs et par ricochets ceux du Principal aussi.

Madou CISSE / FSEG

2026-05-14

Asymétrie d’information : que faire face aux aide-ménagères ?

 Temps de lecture : 5 min

Selon vous, quels sont les points communs entre les deux (02) situations suivantes : (a) les actionnaires d’une banque malienne confient la gestion de leur banque à un Directeur Général (DG) et (b) une malienne confie l’exécution de ses travaux ménagers à une aide-ménagère ou « bonne » ?

Dans les deux cas de figure ainsi présentés, on peut noter que le Directeur Général et la « bonne » travaillent tous les deux sous les ordres d’autorités qui leur sont hiérarchiquement supérieures – pour le DG, ce sont les actionnaires et pour la « bonne » c’est sa Patronne. En plus, dans leurs relations respectives (Actionnaires-Directeur Général d’un côté et Patronne-« bonne » de l’autre) ; l’existence de divergence d’intérêts ne peut être écartée. Par exemple, pendant que le DG désirerait améliorer sa propre condition (à travers son salaire, son logement, sa voiture, etc.), les actionnaires veulent plus de dividende. De même pour la « bonne » ; quand cette dernière désirait faire le minimum de travaux puis se reposer, la patronne escompterait sur un rendement maximal. Un autre point commun entre les deux situations est que le DG et la « bonne » sont les seuls à décider les efforts nécessaires qu’ils veulent déployer au quotidien dans l’accomplissement de leurs tâches respectives (aléa moral).

Dans les activités quotidiennes de la vie, des situations semblables à celles du DG et de la « bonne » sont légion. Ce sont des situations dans lesquelles il y a (1) divergence d’intérêts entre les parties ; (2) détention d’information privée – ou asymétrie d’information de type aléa moral.

Théorie de l’agence ou théorie du Principal-Agent

Heureusement, pour de telles situations, la bonne nouvelle est qu’il existe des mécanismes incitatifs que les actionnaires ou la Patronne peuvent mettre en place pour gommer ces divergences d’intérêts et amener leurs travailleurs respectifs à agir comme ils le souhaiteraient.

En sciences économiques, les préceptes développés par la théorie de l’agence ou théorie du Principal-Agent sont mobilisés pour apporter des solutions aux défaillances causées par de telles situations.

Cette théorie est toujours mobilisée dans les cas où il y a (1) divergence d’intérêts ; (2) asymétrie d’information de type aléa moral et (3) existence de réponses institutionnelles via les contrats ou d’autres moyens incitatifs.

Dans le but d’inciter le DG et la « bonne » à fournir les efforts nécessaires conduisant au rendement maximal de leurs parts ; les actionnaires et la Patronne doivent leur assurer des conditions de travail dans lesquelles ils constatent que la fourniture de l’effort optimal est la seule situation qui peut leur assurer à eux-mêmes le bien-être le plus élevé !

Concrètement, les actionnaires et la Patronne doivent permettre que le DG et la « bonne » soient les premiers bénéficiaires des retombées de toutes les initiatives qu’ils prendront dans le cadre de l’exécution quotidienne de leurs tâches respectives.

A la lumière des solutions que préconise la théorie de l’agence, dans toute relation Principal-Agent, comme celle qui existe entre Patronne et « bonne », la pire des choses à faire dans une telle situation est l’usage de la menace. Par contre, seules les mesures incitatives appropriées doivent avoir voix au chapitre pour un déploiement de l’effort optimal de la part de l’Agent à savoir la « bonne » qui est malheureusement la seule dépositaire de cet effort.

Madou CISSE / FSEG

2026-05-07

La polygamie ou le dilemme du prisonnier

Temps de lecture : 3 min

La vie est comme une scène de jeux à ciel ouvert. Un jeu suppose l’existence de quatre principales choses. Les règles du jeu, les joueurs, les actions ou stratégies à entreprendre et les paiements (positifs ou négatifs). Dans la vie de tous les jours, les Hommes sont en interactions perpétuelles et pour atteindre leurs objectifs, ils sont obligés de mettre en œuvre diverses stratégies qui leur apportent des gains ou pertes appelés les paiements. Et tout cet écosystème est soumis dans son fonctionnement à diverses règles relevant des us et coutumes ou du droit positif.

Les Hommes en participant de manière quotidienne aux différents jeux, atteignent ce que les théoriciens des jeux appellent « équilibre » ; situation dans laquelle chaque joueur joue sa meilleure stratégie ou meilleure action.

Parmi la multitude de jeux qui existe et à laquelle les Hommes participent au quotidien, il y a un jeu qui est devenu célèbre par sa capacité à décrire moult situations de la vie réelle. Ce jeu est appelé très à propos « le dilemme du prisonnier ».

Toute situation de la vie réelle dans laquelle les joueurs en interaction ne coopèrent pas pour faire émerger une solution consensuelle doit être considérée comme un jeu non coopératif. Songez par exemple aux antagonismes qui existent entre coépouses dans les foyers polygames; ou aux oppositions entre partis politiques ou aux différends entre pays en temps de guerre etc.

Si en plus de cette non coopération entre les joueurs, la solution à laquelle les joueurs aboutissent est moins optimale (moins meilleure) que celle qu’ils pouvaient avoir s’ils coopéraient ; alors le jeu en question portera le sobriquet de « dilemme du prisonnier ».

Par exemple, dans un foyer polygame, généralement, au lieu que les coépouses créent un climat de coopération entre elles ; les femmes du foyer s’inscrivent dans un jeu non coopératif. En optant pour un tel choix, la situation du foyer deviendrait moins stable que si les femmes avaient opté pour la coopération (jeu coopératif). Une telle situation présente exactement les conditions d’équilibre dépeintes par la théorie du dilemme du prisonnier.

Ce même résultat où la coopération entre les parties est meilleure – car conduisant à de meilleures conditions que la non coopération – est visible dans les pays en guerre ou entre pays en guerre. Dans la mesure où l’instauration d’un jeu coopératif conduirait à moins de souffrance que celle d’un jeu non coopératif où chaque partie s’arcboute à ses positions tout en évitant de pleinement saisir les conditions de coopération possibles.

Madou CISSE / FSEG

2026-04-30

Bonne hausse et mauvaise baisse des prix sur le marché des biens et services. Comment ?

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°54)

Les économistes mainstream retiennent trois (03) marchés comme réels sur les cinq (05) qui existent. A savoir, le marché des biens et services, le marché du travail et le marché du capital. Auxquels ils ajoutent le marché de la monnaie et le marché de change.

L’analyse de chacun de ces marchés se fait par eux (contrairement aux économistes hétérodoxes) par le truchement des courbes d’offre et de demande.

Une analyse des courbes d’offre et de demande du marché des biens et services permet d’inférer qu’il existe sur ce marché pour abonder dans le même sens que F. Bastia (1801-1850) une bonne hausse de prix ainsi qu’une mauvaise baisse de prix. Comment ?

Une hausse de prix consécutive à une hausse de la demande induite par un accroissement de revenu des demandeurs (donc, déplacement positive de la courbe de demande) ne doit pas être mise sur le même échiquier qu’une hausse de prix consécutive à une contraction de l’offre (déplacement négatif de la courbe d’offre) toutes choses égales par ailleurs. Dans une telle optique, la première hausse de prix a été qualifiée de bonne pendant que la deuxième reçoit le qualificatif de mauvaise hausse de prix.

Une baisse consécutive à un déplacement positif de l’offre (augmentation de l’offre) pour toute demande de biens et services restée constante est qualifiée de bonne baisse comparée à une baisse de prix qui est due à un déplacement négatif de la demande (contraction de la demande) pour toute offre donnée.

Les deux situations « mauvaise hausse de prix » et « mauvaise baisse de prix » doivent toutes les deux faire l’objet d’attention particulière afin d’apporter les mesures correctives nécessaires et surtout de tout mettre en œuvre pour les éviter dans une économie.

Madou CISSE / FSEG

2026-04-23

Dévaluation monétaire oui, mais à condition que…

 Temps de lecture : 4 min

Face à la dégradation du déficit du solde des comptes des transactions courantes et de capital ou solde de la balance des opérations courantes d'un pays – ces comptes enregistrent les flux de biens, services, revenus et transferts courants entre les résidents du pays et le reste du monde – la dépréciation du taux de change en situation de change flexible ou la dévaluation en situation de change fixe peut être mise en œuvre par les autorités compétentes du pays pour l’enrayer.

Vertus « supposées » de la dévaluation monétaire

La dévaluation de la monnaie nationale est censée rendre les biens et services domestiques moins chers par rapport à ceux du reste du monde. Dans une telle éventualité, le pays pourra plus vendre et acheter moins au reste du monde.

Malheureusement, la description idyllique de l’effet de la dévaluation sur le solde de la balance des opérations courantes telle que faite supra ne se produit pas ainsi exactement. Pourquoi ?

Ce qu’il ne faut point perdre de vue, c’est que la dévaluation monétaire induit un effet-prix et un effet-volume.

Dans la foulée de la dévaluation (c’est-à-dire à court terme), l’effet-prix domine l’effet-volume. Cette domination conduit à une détérioration des termes de l’échange (rapport entre l’indice des prix des exportations et l’indice des prix des importations). La conséquence de cette domination de l’effet-prix conduit toujours à une détérioration du solde de la balance des opérations courantes du pays ayant dévalué sa monnaie.

A long terme, l’effet-volume reprend le relai et domine l’effet-prix. A cet horizon temporel, les volumes des exportations et des importations vont commencer à réagir aux variations des prix induites par la dévaluation. A ce stade, les biens et les services domestiques en monnaie étrangère deviennent moins chers et ceux du reste du monde en monnaie nationale deviennent plus chers. Ces changements vont conduire à la réduction in fine du déficit du solde de ladite balance par l’augmentation du volume des exportations devenues dorénavant moins chères et la baisse du volume des importations qui sont devenues plus chères.

Cet impact paradoxal de l’impact de la dévaluation monétaire sur l’économie d’un pays est connu sous l’expression de la « courbe en J ». Car, la dévaluation (ou la dépréciation) monétaire détériore dans un premier temps le solde de la balance des opérations courantes puis dans un second temps, elle l’améliore.

La réalité est la compétitivité des entreprises

Dévaluer ou déprécier pour réduire le solde de la balance des opérations courantes d'un pays n’aura des impacts positifs que si l’économie du pays remplit certaines conditions. Parmi celles-ci, (1) le pays doit disposer préalablement d’un bataillon d’entreprises exportatrices ; (2) les demandes du reste du monde des biens et services exportés par les entreprises nationales doivent être inélastiques aux prix. Cette dernière condition exige de la part des entreprises nationales un degré important de compétitivité prix et de qualité. Sinon, la dévaluation ne pourrait pas atteindre son objectif primordial à savoir réduire le creusement du déficit du solde de la balance des opérations courantes du pays.

M. Madou CISSE / FSEG

2026-04-16

La vente à perte n’est pas systématiquement un problème en matière de concurrence

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°53)

La régulation des marchés peut être légitimement mise en œuvre sur les structures de marchés relevant de la concurrence imparfaite – Monopole ; oligopole à produits homogènes ; oligopole à produits différenciés ; concurrence monopolistique. L’objectif ultime de la régulation est le maintien de conditions de concurrence saine sur ces structures de marché.

Dans la pratique, les régulateurs passent au peigne fin les pratiques d’abus de position dominante. A savoir les pratiques anticoncurrentielles pouvant être mise en œuvre par les acteurs dominants des marchés.

Dans cet exercice, les pratiques sont classées en deux catégories. Les pratiques condamnables per se telles que les cartellisations et les pratiques relevant de la règle de raison telles que les ventes à pertes.

Concrètement, contrairement aux pratiques condamnées per se par les régulateurs ; les pratiques de la seconde catégorie font toujours l’objet d’analyses approfondies avant toute prise de décision.

C’est pour cette raison que les régulateurs n’interdisent pas toutes les ventes à pertes. Une vente à perte quel que soit son niveau, et mise en œuvre par un acteur marginal d’un marché n’est point interdite par les régulateurs. Mais par contre, une vente à perte mise en œuvre par un acteur dominant va être scrutée par les régulateurs dans le but de découvrir si cette vente à perte ne se fait pas à un prix prédateur. C’est-à-dire, si l’acteur dominant du marché ne vend pas à un prix auquel il ne parvient pas à couvrir ses coûts variables. C’est dans cette seule éventualité que la vente à perte est condamnable par les régulateurs.

En définitive, il est important de noter que toute vente à perte n’est pas automatiquement condamnable par les autorités de régulation ; mais les ventes à pertes basées sur des prix prédateurs et mises en œuvre par des acteurs dominants est systématique condamnée après analyse des autorités de régulation. Car une telle pratique entre directement dans le lot des pratiques d’abus de position dominante.

M. Madou CISSE / FSEG

2026-04-09

Quelle structure de marché les politiques économiques doivent-elles encourager l’érection dans un pays donné ?

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°52)

L’analyse des marchés en microéconomie s’intéresse à quatre principales structures de marché qui sont : la concurrence pure et parfaite ; le monopole pur ; l’oligopole à produits homogènes et la concurrence monopolistique.

L’objectif ultime de toutes les théories relatives à ces structures de marché est la détermination de leurs degrés d’efficacité à savoir le cumul des surplus des producteurs et ceux des consommateurs au minimum de coûts qu’elles assurent.

Il ressort clairement de ces analyses que la structure de marché la plus efficace est la concurrence pure et parfaite et la moins efficace est celle du monopole pur !

Entre ces deux structures extrêmes en termes d’efficacité, nous avons la structure de marché de concurrence monopolistique et celle de l’oligopole à produits homogènes.

En dézoomant sur ces deux structures il est admis qu’en deuxième position sur le plan de l’efficacité, vient l’oligopole à Bertrand. Suivi par l’oligopole à la Stackelberg. La quatrième place de l’efficacité des marchés est occupée par la concurrence monopolistique. La concurrence à la Cournot vient juste avant la structure de marché la moins efficace des différentes structures de marché à savoir : le monopole pur.

Ce classement des structures de marchés recommande de toujours privilégier les politiques économiques conduisant à l’érection des structures de marché concurrentiel. A défaut d’atteindre une telle organisation des marchés, il faut se rabattre sur des structures de marché oligopolistiques à la Bertrand. Si ce type de concurrence ne peut être aussi atteint ; le choix qui doit s’imposer est celle d’une concurrence à la Stackelberg. Ainsi de suite jusqu’à la structure de monopole qui doit être à tout prix évité sauf s’il s’agit des monopoles naturels.

Madou CISSE / FSEG

2026-04-02

Que retenir de l’efficacité de la structure de marché de concurrence monopolistique ?

 

Temps de lecture : 2 min

Série : Economie en question (N°51)

Les théories économiques mettent en évidence que la structure de marché la plus efficace est celle de la concurrence pure et parfaite (CPP) – car sur cette structure le prix de vente égalise le coût marginal de production et le minimum du coût unitaire de production – et la moins efficace est la structure de marché de monopole pur parce sur cette structure le prix de vente est largement supérieur au coût marginal de production. Quid de la structure de la concurrence monopolistique ?

Partant de la théorie de l’efficacité de la structure de marché de concurrence monopolistique, il est démontré que les entreprises évoluant sur une telle structure sont aussi moins efficaces que celles présentes sur les structures de marché de CPP et plus efficaces que les entreprises monopolistiques.

En concurrence monopolistique, les entreprises réalisent des profits économiques nuls comme celles qui évoluent en CPP. Mais contrairement à ces dernières, elles facturent un prix de vente supérieur au coût unitaire minimum (différence majeure !).

Cette situation d’inefficacité des entreprises de concurrence monopolistique est généralement le résultat de l’existence de capacités de production inutilisées présentes dans leurs processus de production. Par exemple, il n’est pas rare de constater que dans les stations-service des pompes qui ne sont qu’utilisées partiellement ou pas du tout. Cette situation conduit à écarter durablement leurs coûts unitaires de production de leur niveau minimal. Contrairement à la structure de CPP ; où les coûts de production des entreprises sont toujours orientés vers leurs niveaux moyens minimums de production.

Madou CISSE / FSEG

2026-03-26

Marché de l’eau minérale et marché de la monnaie mobile au Mali : deux marchés oligopolistiques et deux formes de concurrence

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°49)

J’avais précisé dans la Série : Economie en question (N°48) disponible ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/03/structure-de-marche-oligopolistique.html que sur les marchés de concurrence oligopolistique à produits homogènes, les entreprises peuvent choisir soit la quantité soit le prix comme variable stratégique de concurrence.

En réalité, le choix de la variable stratégique de la part des entreprises présentes sur le marché est loin d’être fortuit. Il est contraint par les spécificités techniques de production des produits offerts.

Ceci dit, si sur un marché oligopolistique à produits homogènes les entreprises font face à des contraintes de capacité de production, ce qui suppose que les capacités de production des entreprises présentes sur le marché sont limitées et ne peuvent être étendues au gré de la volonté des producteurs. Dans cette éventualité, les entreprises feront (sont obligées) le choix de la quantité à vendre comme variable stratégique de concurrence (donc, concurrence à la Cournot ou concurrence à la Stackelberg).

Par contre, si les capacités de production des entreprises présentes sur un marché oligopolistique ne pas contraintes ; la variable stratégique que choisiront les entreprises sera le prix – donc, la concurrence se fera sur ce marché à la Bertrand.

C’est ce qui explique que, pendant que les entreprises évoluant sur le marché oligopolistique de l’eau minérale au Mali se font la concurrence en quantité et à la Stackelberg car il y a contrainte de capacité de production sur ce marché(sources d’eau limitées par exemple) ; celles qui évoluent sur le marché de la monnaie mobile se font une concurrence en prix et à la Bertrand, car les capacités de production disponibles sur ce marché sont quasi illimitées mises en perspective par rapport à la taille du marché malien composée de moins de 22 millions de consommateurs potentiels.

Madou CISSE / FSEG

2026-03-12

EDM et l’Etat du Mali, que faire ?

 Temps de lecture : 5 min

La société Energie du Mali est une société industrielle et commerciale. Les deux adjectifs qualificatifs ainsi utilisés pour la caractériser en disent long sur l’hybridité de cette société au plan économique. Ces deux substantifs prouvent que pour fournir de l’électricité à ses clients, l’EDM doit évoluer sur les segments de la production, du transport et de la distribution de l’électricité.

Et si le principal problème d’électricité du Mali tire principalement ses sources de cette hybridité organisationnelle de l’EDM ?

Au plan économique, les segments de la production et du transport de l’électricité utilisent des facilités essentielles – c’est-à-dire des installations ou des équipements dont la duplication ne peut être considérée comme raisonnablement efficace d’un point de vue économique – il s’agit des centrales thermiques, des centrales hydroélectriques, des câbles, des poteaux dans le cas de l’EDM. Ces facilités essentielles générant principalement des coûts fixes induisent des économies d’échelle (baisse du coût total moyen de production au fur et à mesure que le niveau de production augmente). Celles-ci à leur tour conduisent généralement à l’érection d’un monopole naturel.

Le segment de la distribution c’est-à-dire la gestion des derniers mètres du réseau électrique qui sont en contact direct avec les clients finals ne peut être qualifié de monopole naturel. L’évidence de cette conclusion réside dans l’absence de facilités essentielles sur ce segment. Et c’est sur ce dernier segment que toute l’activité commerciale de l’EDM se concentre principalement vis-à-vis de ses clients finals (ménages et entreprises). Ce segment joue un rôle central dans le raccordement de ses clients, la gestion des factures et d’autres prestations personnalisées.

Les développements ainsi présentés permettent de conclure que l’EDM en tant que société industrielle et commerciale chevauche deux entités aux caractéristiques économiques différentes. La première étant soumise aux conditions d’organisation d’un monopole naturel et la seconde aux caractéristiques d’une structure oligopolistique.

Cette ambivalence de l’emprise de l’EDM sur ces deux (02) entités est à la base du dysfonctionnement structurel de cette société dont les soubresauts se font sentir présentement (hormis des problèmes de manque de vertu inhérents aux comportements quotidiens de l’Homme malien du 21ème siècle).

Dans un tel contexte, je pense sincèrement que les mesures conjoncturelles ne seront que des coupe-feux. Dit autrement, seules des mesures structurelles appropriées peuvent éteindre le feu au lieu de le couper !

Je propose trois principales mesures. (1) Le démantèlement structurel de la société Energie du Mali en deux sociétés distinctes dont les capitaux seront majoritairement ouverts aux actionnaires privés. La première s’occupant de la production et du transport de l’électricité car ces deux segments sont des monopoles naturels. Une deuxième société intervenant sur le segment de la distribution. Celle-ci détenue par la « nouvelle » EDM dont le capital sera exclusivement privé. (2) Ouvrir ce dernier segment à la concurrence car il est structurellement oligopolistique. (3) Mettre en place une autorité indépendante chargée de la régulation des nouvelles entités ayant vu le jour.

En optant pour de telles mesures une chose sera sûre et certaine l’électricité ne deviendra plus comme « le maïs frais du sahel » au Mali et son prix réel sera obligatoirement réduit du fait des vertus de la concurrence qui seront à l’œuvre parce que l’ère de la liberté et de la responsabilité aura sonné.

Madou CISSE / FSEG

Théorie de la valeur économique : des mercantilistes aux marginalistes

Temps de lecture : 3 min Série : Economie en question (N°61) Qu’est-ce qui fonde économiquement parlant la valeur d’un bien ou d’un servic...