2025-11-20

Temps de lecture : 7min

Série : Economie en question (N°35)

Orthodoxie économique vs hétérodoxie économique

Quand il s’agit de proposer des politiques économiques, les économistes de par leurs ancrages idéologiques et méthodologiques se scindent en deux camps principaux : les économistes orthodoxes (ou mainstream) et les économistes hétérodoxes.

Au plan idéologique, l’orthodoxie économique considère que :

  • (1) les activités économiques sont animées par des acteurs possédant une rationalité parfaite (qu’elle appelle à dessein les homo-œconomicus) ;
  • (2) les homo-œconomicus dans toutes leurs activités économiques sont maximisateurs et soumis à des contraintes. S’ils sont consommateurs, ils maximisent leurs utilités (issues de la consommation des biens et services ; de l’arbitrage entre travail et loisir ; de l’arbitrage entre la consommation présente et la consommation future ou capital) ; s’ils sont producteurs ils maximisent leurs profits (pour atteindre cet objectif, ils doivent arbitrer entre les quantités de travail et de capital nécessaires à la production de leurs biens et services) ;
  • (3) l’économie mainstream considère que les agents économiques (homo-œconomicus) évoluent sur des marchés concurrentiels qui peuvent atteindre l’équilibre après ajustement de l’offre et de la demande rendu possible par la flexibilité des prix. C’est partant de cette dernière hypothèse que l’orthodoxie économique parvient à étudier les principaux marchés – biens et services, travail, capital, monnaie, change – en admettant toujours l’existence sur ces différents marchés des courbes d’offre et de demande. C’est en s’appuyant sur cette idéologie du marché capable de s’autoréguler (concurrence oblige) que les économistes orthodoxes s’opposent généralement à l’intervention d’acteurs extérieurs tels que les Etats sur les marchés.

Au plan méthodologique

Les économistes orthodoxes font (1) des analyses micro-fondées. Car pour eux, un agent économique (homo-œconomicus) est représentatif de tous les autres agents économiques. Ce qui leur permet d’inférer du comportement de cet agent représentatif ceux de tous les acteurs économiques impliqués dans une activité économique (consommation et production). (2) ils utilisent généralement des outils d’analyses d’inférences mathématiques, statistiques et économétriques basés des données quantitatives. (3) leurs recherches sont principalement hypothético-déductives.

Positionnement idéologique des économistes hétérodoxes

L’hétérodoxie économique naît de la remise en cause des idéologies orthodoxes ainsi que leurs approches méthodologiques. L’un des premiers à faire cela fut John Maynard Keynes.

A l’instar de Karl Polanyi, les économistes hétérodoxes soutiennent que l’économie doit toujours être « encastrée » dans les structures sociales, politiques et culturelles de la société. C’est sur cette base que :

  • (1) ils rejettent sans ménagement l’hypothèse de la rationalité parfaite des orthodoxes en lui substituant la rationalité limitée ou procédurale– du coup, les agents économiques ne sont plus des homo-œconomicus mais des homo sapiens ;
  • (2) ils n’adhèrent pas non plus à l’idéologie exclusive de la maximisation sous contraintes ; car pour eux d’autres objectifs peuvent être visés par les agents économiques, par exemple l’atteinte d’objectifs sociaux ;
  • (3) ils considèrent enfin, que les marchés sont loin d’être organisés de manière parfaitement concurrentielle ; bien au contraire, pour eux, l’économie est dominée principalement par des structures de marchés relevant de la concurrence imparfaite (monopole, oligopoles à produits homogènes ou à produits hétérogènes et la concurrence monopolistique). Et que cette forme d’organisation peut donner des pouvoirs importants aux acteurs qui vont leur permettre de contrôler les prix par un ajustement des quantités. D’où, pour les hétérodoxes, l’autorégulation des marchés est une chimère ! Par conséquent, les interventions extérieures doivent être la règle afin d’aiguillonner les marchés vers l’efficacité d’allocation des ressources de l’économie.

Au plan méthodologique

Les hétérodoxes prônent la pluralité des méthodes qui passe par l’usage de multiples sources de données (qualitatives et quantitatives). Ils combinent les outils qualitatifs et quantitatifs d’analyses et de traitement des données. Leurs approches de recherche peuvent être déductive, inductive ou abductive.

Principales écoles de pensées

Les économistes orthodoxes appartiennent du point de vue idéologique à une des écoles suivantes : l’école Classique ; néo-classique ou marginaliste ; l’école monétariste ; la nouvelle économie classique (NEC).

Les économistes hétérodoxes puisent leurs idéologies des enseignements d’une des principales écoles de pensée suivantes : les marxistes ; les keynésiens, les post-keynésiens ; les néo-keynésiens ; les nouveaux keynésiens (ou nouvelle économie keynésienne (NEK)) ; les institutionnalistes ; les ultralibéraux (école autrichienne) etc.

Les orthodoxes et les hétérodoxes bâtissent toutes leurs réflexions économiques (les politiques économiques) partant de leurs idéologies respectives présentées ci-dessus. Leurs réflexions sur des thématiques spécifiques ne doivent pas être en porte à faux avec les principes fondateurs de leurs ancrages idéologiques. C’est pour cela que sur le marché de la monnaie par exemple, les orthodoxes soutiennent la neutralité de la monnaie pendant que les hétérodoxes prônent le contraire.

Madou CISSE / FSEG

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