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Le communiqué du Conseil des Ministres du 09
juillet 2025 (disponible à l’adresse https://sgg-mali.ml/ccm/communiqu-du-conseil-des-ministres-du-09-juillet-2025.pdf) présente en son point 2 un projet de décret
portant majoration des traitements indiciaires des fonctionnaires de l’Etat et
des Collectivités territoriales, des salaires de base du personnel de
l’administration relevant du Code du Travail, du personnel enseignant
contractuel de l’Etat et du personnel enseignant contractuel des Collectivités
territoriales.
Focus sur la valeur du point d’indice
Les futures majorations présentées dans ledit
projet de décret concrétisent en partie la mise en œuvre du Pacte de Stabilité
sociale et de Croissance, signé le 25 août 2023 entre le Gouvernement, le
Patronat et les Organisations syndicales.
Spécifiquement, ledit projet de décret présente
trois (03) valorisations successives sur cinq (05) ans de la valeur du point
d’indice, allant du 1er janvier 26 au 1er janvier 2030
pour une incidence financière estimée à 103.965.177.710 francs CFA sur cinq ans
soit une incidence annuelle de près de 20,8 milliards de francs CFA.
La valeur du point d’indice augmentera de +22
F CFA sur la période du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2027 passant
de 400 F CFA à 422 F CFA. Elle haussera pour compter du 1er janvier
2028 au 31 décembre 2029 de +23,21 F CFA par rapport aux 422 F CFA pour être
fixée à 445,21 F CFA. Enfin, en janvier 2030, elle prendra un embonpoint de
+24,48655 F CFA par rapport aux 445,21 F CFA de la précédente période pour être
calée définitivement à 469,69655 F CFA.
Valorisation du point d’indice et pouvoir
d’achat
L’analyse des futures augmentations promises
par le Gouvernement de la Transition permet de noter que la valeur du point
d’indice passera en cinq (05) ans de 400 F CFA à 469,69655 F CFA. Ce qui représente
une hausse de 17,42% en cinq ans pour une augmentation annuelle moyenne de
3,484% de ladite valeur.
Ce gain de pouvoir d’achat annuel (soit
+3,484%) par les fonctionnaires d’Etat et des Collectivités va être logiquement
rogné par l’inflation. Sur la période 2020-2024 (soit cinq ans), le taux
d’inflation annuel moyen au Mali a été 2,98% (https://fr.tradingeconomics.com/mali/inflation-cpi ). Ce niveau d’inflation me permet de
soutenir qu’en définitive, le gain réel de pouvoir d’achat consécutif aux
différentes majorations serait de +0,5% toutes choses égales par ailleurs. Evidemment,
ce gain de pouvoir d’achat n’intègre pas les gains liés aux deux avancements
catégoriels auxquels les fonctionnaires peuvent prétendre durant les cinq (05)
ans que prendront les valorisations de la valeur du point d’indice. Même si c’est
inutile de rappeler que ces mesures catégorielles d’augmentation des salaires
sont marginales en termes d’impact réel sur le niveau de vie des fonctionnaires
à court terme.
Une autre problématique importante que ces
différentes majorations de la valeur du point d’indice mettent sur la table est
relative à un éventuel impact de ces majorations sur le niveau de l’inflation
au Mali (l’inflation créée par la demande).
Dans la mesure où les préceptes de l’économie
standard soutiennent qu’une augmentation du niveau des salaires à productivité
constante des travailleurs conduit à une hausse de l’inflation. Dans le cas
d’espèce, est-ce que ces augmentations de la valeur du point d’indice peuvent-elles
booster le potentiel productif des agents publics ? Je réponds par la
négative.
Ces majorations en réalité ne sont pas fixées
à la suite d’un dialogue relatif au partage de la valeur ajoutée créée dans le
pays ; mais elles sont en réalité le fruit d’un bras de fer gagné par les
travailleurs. En d’autres termes, ces augmentations sont déconnectées des
productivités des bénéficiaires et du niveau des valeurs ajoutées créées dans
le pays durant les dernières années.
Face à un tel tableau, je trouve que c’est
légitime de craindre des épisodes d’inflation consécutifs aux différentes
majorations ou une baisse significative des dépenses d’investissement que
devraient faire normalement les différents gouvernements qui vont se succéder et
cela même si les taux de majorations accordés semblent être en phase avec les
taux de croissance de l’économie malienne enregistrés jusqu’à présent.
Madou CISSE
FSEG
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