2026-04-09

Quelle structure de marché les politiques économiques doivent-elles encourager l’érection dans un pays donné ?

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°52)

L’analyse des marchés en microéconomie s’intéresse à quatre principales structures de marché qui sont : la concurrence pure et parfaite ; le monopole pur ; l’oligopole à produits homogènes et la concurrence monopolistique.

L’objectif ultime de toutes les théories relatives à ces structures de marché est la détermination de leurs degrés d’efficacité à savoir le cumul des surplus des producteurs et ceux des consommateurs au minimum de coûts qu’elles assurent.

Il ressort clairement de ces analyses que la structure de marché la plus efficace est la concurrence pure et parfaite et la moins efficace est celle du monopole pur !

Entre ces deux structures extrêmes en termes d’efficacité, nous avons la structure de marché de concurrence monopolistique et celle de l’oligopole à produits homogènes.

En dézoomant sur ces deux structures il est admis qu’en deuxième position sur le plan de l’efficacité, vient l’oligopole à Bertrand. Suivi par l’oligopole à la Stackelberg. La quatrième place de l’efficacité des marchés est occupée par la concurrence monopolistique. La concurrence à la Cournot vient juste avant la structure de marché la moins efficace des différentes structures de marché à savoir : le monopole pur.

Ce classement des structures de marchés recommande de toujours privilégier les politiques économiques conduisant à l’érection des structures de marché concurrentiel. A défaut d’atteindre une telle organisation des marchés, il faut se rabattre sur des structures de marché oligopolistiques à la Bertrand. Si ce type de concurrence ne peut être aussi atteint ; le choix qui doit s’imposer est celle d’une concurrence à la Stackelberg. Ainsi de suite jusqu’à la structure de monopole qui doit être à tout prix évité sauf s’il s’agit des monopoles naturels.

Madou CISSE / FSEG

2026-04-02

Que retenir de l’efficacité de la structure de marché de concurrence monopolistique ?

 

Temps de lecture : 2 min

Série : Economie en question (N°51)

Les théories économiques mettent en évidence que la structure de marché la plus efficace est celle de la concurrence pure et parfaite (CPP) – car sur cette structure le prix de vente égalise le coût marginal de production et le minimum du coût unitaire de production – et la moins efficace est la structure de marché de monopole pur parce sur cette structure le prix de vente est largement supérieur au coût marginal de production. Quid de la structure de la concurrence monopolistique ?

Partant de la théorie de l’efficacité de la structure de marché de concurrence monopolistique, il est démontré que les entreprises évoluant sur une telle structure sont aussi moins efficaces que celles présentes sur les structures de marché de CPP et plus efficaces que les entreprises monopolistiques.

En concurrence monopolistique, les entreprises réalisent des profits économiques nuls comme celles qui évoluent en CPP. Mais contrairement à ces dernières, elles facturent un prix de vente supérieur au coût unitaire minimum (différence majeure !).

Cette situation d’inefficacité des entreprises de concurrence monopolistique est généralement le résultat de l’existence de capacités de production inutilisées présentes dans leurs processus de production. Par exemple, il n’est pas rare de constater que dans les stations-service des pompes qui ne sont qu’utilisées partiellement ou pas du tout. Cette situation conduit à écarter durablement leurs coûts unitaires de production de leur niveau minimal. Contrairement à la structure de CPP ; où les coûts de production des entreprises sont toujours orientés vers leurs niveaux moyens minimums de production.

Madou CISSE / FSEG

2026-03-26

Marché de l’eau minérale et marché de la monnaie mobile au Mali : deux marchés oligopolistiques et deux formes de concurrence

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°49)

J’avais précisé dans la Série : Economie en question (N°48) disponible ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/03/structure-de-marche-oligopolistique.html que sur les marchés de concurrence oligopolistique à produits homogènes, les entreprises peuvent choisir soit la quantité soit le prix comme variable stratégique de concurrence.

En réalité, le choix de la variable stratégique de la part des entreprises présentes sur le marché est loin d’être fortuit. Il est contraint par les spécificités techniques de production des produits offerts.

Ceci dit, si sur un marché oligopolistique à produits homogènes les entreprises font face à des contraintes de capacité de production, ce qui suppose que les capacités de production des entreprises présentes sur le marché sont limitées et ne peuvent être étendues au gré de la volonté des producteurs. Dans cette éventualité, les entreprises feront (sont obligées) le choix de la quantité à vendre comme variable stratégique de concurrence (donc, concurrence à la Cournot ou concurrence à la Stackelberg).

Par contre, si les capacités de production des entreprises présentes sur un marché oligopolistique ne pas contraintes ; la variable stratégique que choisiront les entreprises sera le prix – donc, la concurrence se fera sur ce marché à la Bertrand.

C’est ce qui explique que, pendant que les entreprises évoluant sur le marché oligopolistique de l’eau minérale au Mali se font la concurrence en quantité et à la Stackelberg car il y a contrainte de capacité de production sur ce marché(sources d’eau limitées par exemple) ; celles qui évoluent sur le marché de la monnaie mobile se font une concurrence en prix et à la Bertrand, car les capacités de production disponibles sur ce marché sont quasi illimitées mises en perspective par rapport à la taille du marché malien composée de moins de 22 millions de consommateurs potentiels.

Madou CISSE / FSEG

2026-03-12

EDM et l’Etat du Mali, que faire ?

 Temps de lecture : 5 min

La société Energie du Mali est une société industrielle et commerciale. Les deux adjectifs qualificatifs ainsi utilisés pour la caractériser en disent long sur l’hybridité de cette société au plan économique. Ces deux substantifs prouvent que pour fournir de l’électricité à ses clients, l’EDM doit évoluer sur les segments de la production, du transport et de la distribution de l’électricité.

Et si le principal problème d’électricité du Mali tire principalement ses sources de cette hybridité organisationnelle de l’EDM ?

Au plan économique, les segments de la production et du transport de l’électricité utilisent des facilités essentielles – c’est-à-dire des installations ou des équipements dont la duplication ne peut être considérée comme raisonnablement efficace d’un point de vue économique – il s’agit des centrales thermiques, des centrales hydroélectriques, des câbles, des poteaux dans le cas de l’EDM. Ces facilités essentielles générant principalement des coûts fixes induisent des économies d’échelle (baisse du coût total moyen de production au fur et à mesure que le niveau de production augmente). Celles-ci à leur tour conduisent généralement à l’érection d’un monopole naturel.

Le segment de la distribution c’est-à-dire la gestion des derniers mètres du réseau électrique qui sont en contact direct avec les clients finals ne peut être qualifié de monopole naturel. L’évidence de cette conclusion réside dans l’absence de facilités essentielles sur ce segment. Et c’est sur ce dernier segment que toute l’activité commerciale de l’EDM se concentre principalement vis-à-vis de ses clients finals (ménages et entreprises). Ce segment joue un rôle central dans le raccordement de ses clients, la gestion des factures et d’autres prestations personnalisées.

Les développements ainsi présentés permettent de conclure que l’EDM en tant que société industrielle et commerciale chevauche deux entités aux caractéristiques économiques différentes. La première étant soumise aux conditions d’organisation d’un monopole naturel et la seconde aux caractéristiques d’une structure oligopolistique.

Cette ambivalence de l’emprise de l’EDM sur ces deux (02) entités est à la base du dysfonctionnement structurel de cette société dont les soubresauts se font sentir présentement (hormis des problèmes de manque de vertu inhérents aux comportements quotidiens de l’Homme malien du 21ème siècle).

Dans un tel contexte, je pense sincèrement que les mesures conjoncturelles ne seront que des coupe-feux. Dit autrement, seules des mesures structurelles appropriées peuvent éteindre le feu au lieu de le couper !

Je propose trois principales mesures. (1) Le démantèlement structurel de la société Energie du Mali en deux sociétés distinctes dont les capitaux seront majoritairement ouverts aux actionnaires privés. La première s’occupant de la production et du transport de l’électricité car ces deux segments sont des monopoles naturels. Une deuxième société intervenant sur le segment de la distribution. Celle-ci détenue par la « nouvelle » EDM dont le capital sera exclusivement privé. (2) Ouvrir ce dernier segment à la concurrence car il est structurellement oligopolistique. (3) Mettre en place une autorité indépendante chargée de la régulation des nouvelles entités ayant vu le jour.

En optant pour de telles mesures une chose sera sûre et certaine l’électricité ne deviendra plus comme « le maïs frais du sahel » au Mali et son prix réel sera obligatoirement réduit du fait des vertus de la concurrence qui seront à l’œuvre parce que l’ère de la liberté et de la responsabilité aura sonné.

Madou CISSE / FSEG

2026-03-05

Structure de marché oligopolistique à produits homogènes : pourquoi la structure du jeu fait toute la différence ?

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°48)

La différence majeure qui existe entre les structures de marché de concurrence pure et parfaite (CPP), de monopole pur d’un côté et celle du marché oligopolistique de l’autre réside dans le fait que contrairement aux deux premières structures citées, sur la structure de marché oligopolique les offreurs sont en interaction stratégique. Et cela change TOUT !

Qui parle d’interaction stratégique parle forcement de jeu. La compréhension du fonctionnement de la structure de marché oligopolistique passe obligatoirement par une intelligibilité préalable des structures de jeu qui peuvent être à l’œuvre sur le marché d’oligopole à produits homogènes.

L’organisation oligopolistique des marchés s’appuie sur deux principales structures de jeu. A savoir, le jeu à information imparfaite ou jeu simultané et le jeu à information parfaite ou jeu séquentiel.

Sur le marché oligopolistique, deux théories s’appuient sur la structure de jeu à information imparfaite. Il s’agit de la théorie de la concurrence à la Cournot et de la théorie de la concurrence à la Bertrand. Pendant que la théorie de la concurrence à la Stackelberg repose sur les préceptes de la structure de jeu à information parfaite.

Une fois que la structure du jeu est fixée, l’étape suivante sur les structures de marché oligopolistiques consiste à retenir la variable stratégique sur laquelle se fait la concurrence entre les entreprises présentes sur ces marchés. Les variables stratégiques disponibles sur les marchés oligopolistiques à produits homogènes sont au nombre de deux : la quantité à produire et le prix de vente.

Si les entreprises présentes sur ce marché se font la concurrence en choisissant la quantité comme variable stratégique, la concurrence ne peut être que soit à la Cournot (jeu à information imparfaite) soit à la Stackelberg (jeu à information parfaite). Par contre, si les entreprises choisissent le prix de vente comme la variable stratégique, la concurrence ne peut être qu’à la Bertrand.

Selon vous, les entreprises évoluant sur le marché de la monnaie mobile au Mali ont-elles adopté le prix ou la quantité comme variable stratégique ? Et la concurrence sur ce marché se fait-elle à la Cournot ? ou à la Stackelberg ? ou à la Bertrand ?

Je répondrai à cette série de questions dans la Série : Economie en question (N°49) que je publierai très prochainement.

Madou CISSE / FSEG

2026-02-26

Affaire Wave : quand Goliath bénéficie d’un coup de pouce face à David

Temps de lecture : 7 min

Le triomphe de l’économie de marché sur l’économie planifiée à l’orée des années 1980 a conduit à des processus de dérégulation de secteurs entiers des économies à travers le monde (fin de l’Etat providence oblige !). Des monopoles publics ont laissé la place à des structures de marché oligopolistiques. Pour mettre de l’ordre dans ce processus, des autorités de régulation sectorielles sont mises en place afin de surveiller le bon fonctionnement des marchés en ayant comme principal crédo le maintien de conditions de concurrence loyale.

Pour atteindre cet ultime objectif, des lois de concurrence ont été édictées inspirées principalement par le Sherman Antitrust Act de 1890.

Dans cette mouvance, l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) établissait dans son Traité du 10 janvier 1994 et modifié le 29 janvier 2003, au chapitre II, section III, paragraphe 4 (règles de concurrence), en son article 88 des interdictions spécifiques a) aux ententes ; b) aux abus de position dominante et enfin c) aux aides des Etats membres pouvant nuire à l’idéal de la concurrence.

La position dominante oui, son abus non

Le traité de l’UEMOA, comme tous les textes similaires ne condamne pas la position dominante. Mais, il condamne un usage abusif de cette position. A l’image d’un enseignant qui ne peut condamner les performances intellectuelles de son meilleur élève. Mais qui serait prêt à punir ce dernier s’il triche pour avoir de telles performances.

Si une entreprise a la capacité de se comporter dans une mesure appréciable, de manière indépendante de ses concurrents, de ses clients et, en fin de compte, des consommateurs, elle est dite se trouver en position dominante sur ce marché en question ou détenir une puissance significative sur ce marché.

L’abus de position dominante peut se manifester par des pratiques de prix prédateurs, de ventes liées, de ciseaux tarifaires, de refus de vente, de prix excessifs etc. Ces différentes pratiques et d’autres similaires ne peuvent avoir droit de cité sur les marchés des pays à économie de marché.

La détermination des parts de marchés de chaque entreprise présente sur un marché pertinent permet de détecter l’entreprise disposant une position dominante. Généralement, une part de marché supérieure à 50% confère à l’entreprise détentrice d’un tel niveau de part de marché l’attribut d’entreprise en position dominante.

Le marché de la monnaie mobile au Mali

Le marché de la monnaie mobile au Mali, selon le rapport d’activité de 2024 de l’Autorité Malienne de Régulation des Télécommunications /Tic et des Postes (AMRTP), ce marché est dominé par deux fournisseurs à savoir la société Orange Finance Mobile Mali (OFMM) opérant sous la marque Orange Money et la SOTELMA opérant sous la marque Moov money.

Ces deux fournisseurs en 2024 avaient respectivement 74% et 26% de parts de marché. Par voie de conséquence, je déduis que la société Orange Finance Mobile Mali (OFMM) occupait indiscutablement la position dominante sur ce marché pertinent. Les autres, surtout celles qui n’apparaissaient pas dans le rapport de manière chiffrée telles que Sama Money et Wave ne peuvent qu’avoir des parts de marché quasiment nulles en 2024.

Wave peut-elle nuire à la concurrence ?

La réponse à cette ultime question exige de répondre préalablement aux questions suivantes : Wave évolue-t-elle sur le même marché pertinent que la société Orange Finance Mobile Mali (OFMM), la SOTELMA et Sama Money ? Sur ce marché pertinent, à supposer qu’il existe, Wave occupe-t-elle une position dominante ? La pratique tarifaire mise en œuvre par Wave qui a été sanctionnée est-elle une pratique anticoncurrentielle selon le point b) de l’article 88 du Traité modifié de l’UEMOA du 29 janvier 2003 ?

Si la pratique tarifaire mise en œuvre par Wave a entrainé « un afflux important de consommateurs vers les services de WAVE » ; ce mouvement de consommateurs peut être considéré comme appartenant au faisceau d’indices conduisant à établir un certain niveau de substituabilité entre les services de Wave et ceux des autres fournisseurs (donc, existence d’élasticité-prix croisée positive entre les différents services offerts). Cet indice peut permettre de conclure que Wave se trouve sur le même marché pertinent que les trois autres sociétés.

La part de marché de Wave sur ce marché pertinent est quasiment nulle. Car sur la base des statistiques de l’AMRTP (2024), les parts de marchés cumulées de la société Orange Finance Mobile Mali (OFMM) et la SOTELMA faisaient 100% en fin 2024. Ce qui conduit à conclure que Wave n’est pas en position dominante sur le marché pertinent de la monnaie mobile au Mali.

L’article 88 point b) du Traité modifié de l’UEMOA condamne les abus de position dominante. Ce qui permet de soutenir que, pour qu’une pratique d’une entreprise soit considérée comme anticoncurrentielle sur la base dudit article, il faut nécessairement que l’entreprise qui la pratique soit d’abord en situation de position dominante. Ce qui est loin d’être le cas de Wave. Donc, la pratique tarifaire incriminée et mise en œuvre par Wave ne peut être considérée comme anticoncurrentielle sur le marché pertinent de la monnaie mobile au Mali.

La pratique tarifaire de Wave est-elle réellement une vente à perte ? Répondre par l’affirmative à cette question ne peut qu’être le résultat d’un raisonnement spécieux.

Avant la création du Fonds de soutien, Wave offrait ledit service à 1% ce qui représente sa marge bénéficiaire. Après l’instauration du Fonds de soutien ce taux devait atteindre 2%. En optant pour cette majoration, Wave allait toujours garder sa marge de 1%. Mais quand Wave décide de ne pas majorer (maintenir toujours 1%), elle décide de réaliser un profit économique nul (mais pas un profit comptable nul). Donc, elle ne vend pas à perte le service.

En définitive, remettre en cause la politique tarifaire récente de la société Wave ne peut être que regrettable ; car cette pratique venant d’un acteur marginal sur un marché pertinent ne peut être qualifiée aucunement de pratique anticoncurrentielle.

Madou CISSE / FSEG

2026-02-19

Marché de concurrence imparfaite : de l’oligopole au duopole

 Temps de lecture : 2 min

Série : Economie en question (N°47)

Quel est le principal point commun entre le marché de l’eau minérale, le marché de la télécommunication voix, le marché de l’Internet mobile, le marché du transfert d’argent mobile, le marché de la boisson gazeuse sucrée et non alcoolisée au Mali ?

Tous ces marchés ont en commun la même structure ou mode d’organisation. Ils sont tous organisés de manière oligopolistique.

Un marché est dit être organisé de manière oligopolistique s’il présente :

Du côté de l’offre (1) quelques offreurs ; (2) ces offreurs sont protégés par des barrières qui peuvent être légales, naturelles (contrôle de ressources naturelles) ; ou les externalités. (3) les offreurs sont toujours en interaction sur ce type de marché.

Du côté de la demande, les produits offerts sur ce type marché peuvent être considérés par les demandeurs comme homogènes ou hétérogènes (différenciés). Si les demandeurs considèrent les produits offerts comme homogènes, le marché en question est considéré comme un oligopole à produits homogènes. Tandis que, si les produits offerts sont considérés comme différenciés par les consommateurs, l’oligopole est dit à produits hétérogènes ou différenciés.

Le cas particulier d’une structure de marché oligopolistique formée exclusivement par deux entreprises est appelé duopole ou structure de marché duopolistique.

Madou CISSE / FSEG

Quelle structure de marché les politiques économiques doivent-elles encourager l’érection dans un pays donné ?

  Temps de lecture : 3 min Série : Economie en question (N°52) L’analyse des marchés en microéconomie s’intéresse à quatre principales ...