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Le développement économique suppose, de manière
cumulative, une augmentation des revenus de la population, accompagnée d'un
meilleur accès à l'éducation et d'une amélioration continue du niveau de vie.
Je trouve que l'atteinte d'un tel objectif passe par la
satisfaction de deux conditions essentielles : la première est l'existence
d'une élite vertueuse, et la seconde, l'adoption de politiques économiques
orientées principalement vers l'efficacité économique.
Le premier pas vers le développement exige l'avènement
d'une classe dirigeante guidée par la vertu politique — cette vertu que
Montesquieu définissait comme le ressort fondamental de la démocratie. Sans
cette condition première, que je tiens pour nécessaire, toute perspective de
développement économique demeure illusoire.
Un pays, quel qu'il soit — africain, américain, asiatique
ou européen —, fera du surplace économique s'il est gangréné par le vice de la
corruption, surtout lorsqu'elle est impulsée par les élites politiques et
économiques.
C’est pour cette raison que je considère la pratique de la
vertu politique comme le premier principe du développement économique. Par conséquent,
sans vertu politique l’amorce d’un développement économique est quasiment
impossible.
Une fois que la première condition est remplie, l’adoption
de l’idéologie économique devient déterminante. Et cette étape est loin d’être
fortuite, car c’est elle qui conditionne tout le processus de production d’une
économie.
En économie, deux principaux objectifs qui s’opposent généralement
peuvent être défendus : L’objectif de l’efficacité économique et celui de
la justice sociale. Le premier objectif privilégie la maximisation de la production
tandis que le second s’oriente vers la réduction des inégalités sociales.
En général, les pays africains, dont le Mali, font de
mauvais arbitrages dans le choix de leurs objectifs économiques. Je pense
sincèrement que pour les pays où la pratique de la vertu politique à la
Montesquieu est loin d’être la règle, le choix de l’objectif de la justice
sociale demeure un mauvais choix.
Cela étant dit, je pense que les pays africains, dont le
Mali, doivent d'abord opter pour l'efficacité économique en créant plus de
richesses. Afin d'atteindre cet objectif, ils doivent privilégier l'économie de
marché plutôt qu'un renforcement excessif de l'intervention de l'État à travers
des nationalisations.
L’hydre de la corruption étant présente dans nos pays,
nationaliser devient synonyme de gabegie. Alors que si l’initiative est privée,
ces pratiques délétères sont rapidement circonscrites au profit de l’efficacité.
En définitive, je pense que pour amorcer un véritable
développement économique au Mali, il faut d’abord mettre tout en œuvre pour
favoriser l’émergence d’une élite politique et économique vertueuse, puis opter
sans hésitation pour l’efficacité économique. C’est seulement après avoir
atteint un niveau de richesse conséquent que la lutte pour plus de justice
sociale pourra être pleinement menée par un État qui, sans être producteur,
exercera avec brio ses fonctions régaliennes – diplomatie, justice, sécurité,
défense, finances et budget –, auxquelles j’ajoute son rôle de régulateur des
marchés, principalement animés par des capitaux privés.
M. Madou CISSE / FSEG