2026-02-12

Comment réguler le monopole pur ? (2ème partie)

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°46)

Dans la série N°45 disponible ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/02/temps-de-lecture-3-min-serie-economie.html j’ai présenté la régulation-prix du monopole pur. Dans la présente, je fais le focus sur les modes de régulation hors prix, spécifiquement la discrimination tarifaire.

Les modes de régulation hors prix comme leur nom l’indique, à travers ces modes de régulation, les autorités de régulation ne visent pas directement le prix de vente que fixe le monopoleur. Mais, elles utilisent des moyens indirects pour le discipliner afin qu’il réduise son inefficacité productive et allocative.

Parmi ces modes de régulation, le présent papier présente les discriminations tarifaires. Il y a discrimination tarifaire si le vendeur vend le même produit à différents acheteurs et à différents prix.

L’implémentation de la discrimination tarifaire est conditionnée par deux principales règles. Il faut (1) que le vendeur dispose d’un pouvoir de marché (donc, existence d’effet poison). Cette condition permet de comprendre en creux que les entreprises évoluant sur des structures de marché proches de la concurrence pure et parfaite ne peuvent pas discriminer ; car elles ne disposent pas de pouvoir de marché. (2) le vendeur doit être capable d’empêcher la revente.

Il existe trois (03) principales formes de discriminations tarifaires qui peuvent être regroupées en deux grandes catégories. Dans la première catégorie de discrimination tarifaire le vendeur dispose d’information parfaite soit sur la capacité des acheteurs soit sur leurs identités. Dans la deuxième catégorie, le vendeur ne dispose pas d’information précise sur les acheteurs. Dans ce cas, il laisse à chaque acheteur de s’auto-révéler.

Dans la première catégorie de discrimination tarifaire, je mets la discrimination du premier degré ou discrimination parfaite et la discrimination tarifaire du troisième degré.

§  La discrimination du premier degré ou discrimination parfaite

Dans ce mode de discrimination tarifaire, le monopoleur fixe pour chaque acheteur un prix de vente égal à sa disponibilité à payer qu’il est sensé connaître au préalable. Sans pourtant que les différentes disponibilités à payer ne soient pas inférieures au coût marginal de production du produit vendu.

§  La discrimination tarifaire du troisième degré

Une telle discrimination tarifaire exige du monopoleur de vendre son produit en fonction d’une des caractéristiques des acheteurs. Dans cette optique, le monopoleur segmente son marché en plusieurs strates.

C’est ce mode de discrimination tarifaire que la SOMAGEP SA a mis en œuvre à travers son projet de « branchements sociaux » en 2019.

Dans la deuxième catégorie de discriminations tarifaire, il y a la discrimination du deuxième degré ou discrimination basée sur la quantité.

§  La discrimination du deuxième

Cette discrimination conduit le monopoleur à accorder des réductions en fonction de la quantité achetée. Elle permet d’avoir le produit vendu par le monopoleur à des prix unitaires plus faibles.

Ce mode de discrimination tarifaire est mis généralement en œuvre au Mali par les prestataires de services de photocopies. Car plus le nombre de copies augmente au-delà d’un certain seuil, le prix unitaire par copie baisse à la suite des réductions que peut accorder le vendeur.

Madou CISSE / FSEG

2026-02-05

Comment réguler le monopole pur ? (1ère partie)

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°45)

Le monopole pur est la structure de marché la plus inefficace. Cette inefficacité est concrétisée par l’importance de la perte sèche (que j’ai appelée la partie « Bougouni examen du monopole pur » dans la Série : Economie en question (N°44) disponible ici : https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/01/temps-de-lecture-3-min-serie economie_0654725693.html qu’il génère.

C’est en raison de cette inefficacité chronique du monopole pur que les économistes de tous bords (orthodoxes et hétérodoxes) proposent de réguler les entreprises monopolistiques.

La régulation du monopole pur peut se faire de deux façons principales que sont la régulation visant le prix fixé par le monopoleur et la régulation hors prix.

Dans la suite, je mets la focale uniquement sur la régulation-prix.

Une telle mesure de régulation exige de la part du monopoleur de fixer le prix de son produit à un niveau préalablement fixé par les autorités.

Dans cette perspective, il y a la régulation optimale ou la régulation du premier rang. En optant pour une telle régulation, le prix du monopole pur doit égaliser le coût marginal de production du produit.

Dans la régulation du deuxième rang, les autorités exigent que le monopole fixe le prix de son produit égalisant son coût unitaire de production.

La régulation de premier rang et celle du deuxième rang déséquilibrent le compte opérationnel du monopole pur. Elles exigent dans ce cas de la part des autorités de subventionner le monopole pur afin qu’il puisse équilibrer son compte et pouvoir continuer à produire le produit.

Madou CISSE / FSEG

2026-01-29

Pourquoi la structure de marché de monopole pur est-elle la moins efficace de toutes les structures de marché ?

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°44)

Si la structure de marché la plus efficace est la concurrence pure et parfaite (CPP), la structure de marché la moins efficace en économie est celle du monopole pur (MP).

L’efficacité d’une structure de marché se mesure par la capacité de cette structure à fixer un prix de vente tendant vers le minimum du coût unitaire de production du produit tout en assurant la quantité la plus élevée possible. En cette matière, il est démontré et admis que la CPP est l’organisation de marché qui fait mieux que toutes les autres structures de marché. Car, la CPP fixe à long terme un prix qui égalise le minimum du coût unitaire de production tout en offrant plus de quantité du produit. Dans cette perspective, le monopole pur est la structure qui est la moins efficace, car elle fixe un prix suffisamment éloigné de son coût unitaire minimum de production tout en offrant des quantités inférieures à celles qui pourraient être produites en situation de CPP.

La présence simultanée de cette double perte – fixation d’un prix de vente supérieur au minimum du coût unitaire de production et la production d’une quantité moindre par rapport à la situation de CPP – que génère le MP conduit à l’existence de la perte sèche.

La perte sèche porte bien son qualificatif. La perte est « sèche » car le monopoleur de par son comportement (via son pouvoir de marché) fait exprès de fixer un prix de vente de son produit supérieur au minimum de son coût unitaire de production tout en restreignant son niveau de production. Ce comportement conduit à évincer du marché (1) une partie des acheteurs de son produit et (2) à contracter ses recettes qu’il pourrait engranger en offrant les quantités éliminées. In fine, c’est toute l’économie entière qui perd en termes de bien-être économique. C’est cette perte de bien-être engendrée par le monopole pure par rapport à la situation de concurrence pure et parfaite qui est nommée « perte sèche » que j’appelle par analogie « la partie Bougouni examen » du monopole pur !

Madou CISSE / FSEG

2026-01-22

Le pouvoir de marché du monopoleur est toujours tempéré par l’effet poison

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°43)

Si la structure de marché de concurrence pure et parfaite (CPP) est formée par des entreprises atomisées ne disposant aucun pour pouvoir de marché ; celle du monopole pur (MP) se traduit par l’existence d’une seule entreprise qui disposerait un pouvoir de marché.

Le pouvoir de marché est la capacité qu’une entreprise dispose, lui permettant de fixer le prix de vente de son produit sans être inquiétée par la concurrence.

Si le pouvoir de marché peut être considéré comme un avantage pour une entreprise, sa détention par celle-ci rime toujours avec un désavantage majeur que les économistes appellent « effet poison ».

La détention de pouvoir de marché par une entreprise est révélée par l’existence d’une relation décroissante entre le prix de vente du produit et la quantité vendue (courbe de demande de l’entreprise ayant une allure décroissante). C’est cette relation négative qui est appelée « effet poison ». Cette relation suppose que même si l’entreprise a la latitude de fixer le prix de vente de son produit, elle est aussi consciente que plus elle inonde le marché par son produit, plus elle sera obligée de vendre les quantités supplémentaires à des prix de plus en plus bas (effet poison).

Du développement fait supra, je retiens que (1) l’absence de pouvoir de marché (courbe de demande de l’entreprise ayant une allure horizontale) n’est pas forcément synonyme de désavantage absolu, car en CPP, les entreprises vendent toutes les quantités qu’elles peuvent produire et au même prix à savoir celui du marché ; donc, pas d’effet poison sur cette structure. (2) la présence de pouvoir de marché en situation de monopole n’est pas non plus synonyme d'avantage absolu, car la seule entreprise présente sur le marché est toujours contrainte par l’existence de l’effet poison.

Madou CISSE / FSEG

2026-01-15

Pourquoi les monopoles existent dans nos économies contemporaines malgré leurs inefficacités ?

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°42)

La structure de marché de monopole pur est la structure de marché la moins efficace parmi les cinq (05) façons suivant lesquelles un marché peut être organisé. L’inefficacité de la structure de marché de monopole pur est caractérisée par sa capacité à fixer un prix de vente suffisamment supérieur à celui fixé sur une structure de marché de concurrence pure et parfaite (CPP) qui est égal normalement à long terme au minimum du coût unitaire.

Alors pourquoi, dans la vie réelle, existent-ils des marchés qui sont organisés de manière monopolistique ?

La réponse de l’économie positive à cette question ne souffre d’aucune ambigüité. Car, elle soutient que les monopoles existent dans nos économies contemporaines parce qu’il existe « quelque chose » qui empêche les autres entreprises d’entrer sur ces marchés organisés de manière monopolistique. C’est ce « quelque chose » qui est appelé par les économistes « les barrières à l’entrée ».

Ces barrières à l’entrée sont en réalité au nombre de cinq (05) à savoir (1) les barrières légales, (2) le contrôle des ressources naturelles ou critiques, (3) la supériorité technologique, (4) les économies d’échelle et enfin, (4) les externalités.

Par exemple au Mali, nous constatons que la distribution de l’électricité urbaine est assurée par une seule entreprise (EDM), parce que cette entreprise est protégée par une barrière légale pour ce qui concerne ce segment. Pendant que ses deux autres segments de la production et du transport qui sont aussi monopolistiques sont protégés par l’existence d’une barrière naturelle à savoir, les économies d’échelle.

Madou CISSE / FSEG

2026-01-08

La SOMAGEP-SA est un monopole et non un monopole pur

 Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°41)

Si la structure de marché de concurrence pure et parfaite (CPP) est la structure de marché de référence en termes d’efficacité économique – absence de perte sèche en raison de sa capacité à imposer un prix de vente égal au minimum du coût unitaire de production à long terme – la structure de marché de monopole pur est considérée à raison comme la structure de marché de référence la plus inefficace.

La structure de marché de monopole pur à l’image de la CPP est une théorie qui idéalise l’organisation monopolistique des marchés existant dans la vie réelle, car cette structure de marché se définit comme une structure de marché sur laquelle est vendu un produit qui ne dispose pas de substitut.

La structure de marché de monopole pur présente les caractéristiques suivantes :

-          Côté offre : la production du produit est assurée par une seule entreprise qui vend le produit.

-          Côté offre : l’entrée de la structure de ce marché est protégée par des « choses qui empêchent » d’autres entreprises d’entrer sur le même marché. Quant à la sortie de la structure de ce marché, elle est bloquée par le poids des coûts irrécupérables à supporter en cas de faillite.

-          Côté demande : l’homogénéité du produit est admise par tous les demandeurs (donc, produit non différencié).

-          Côté offre / côté demande : cette structure de marché obéit aux mêmes conditions que les structures de jeux à information imparfaite. Cela suppose que chaque joueur, qu’il soit vendeur ou consommateur n’est pas informé de toutes les stratégies jouées (prix, qualité, localisation etc.) en prenant sa décision.

La structure de marché de monopole pur (qui est théorique) ne doit point être confondue avec une structure de marché de monopole présente dans la vie réelle – car il est quasiment impossible d’avoir dans la réalité un monopole qui vend un produit ne disposant pas de substituts proches.

Par exemple, la structure de marché de l’eau potable est monopolistique au Mali. Mais l’entreprise évoluant sur ce marché à savoir la Société Malienne de Gestion de l'Eau Potable (SOMAGEP-SA) ne peut être considérée comme un monopole pur dans la mesure où le produit vendu par la SOMAGEP (l’eau potable) dispose de nombreux substituts proches tels que l’eau des puits, des forages et même celle des rivières et fleuves sous certaines conditions de stérilisation.

L’organisation monopolistique à l’opposé de la CPP est la structure de marché la plus inefficace. Mais malheureusement, même avec une inefficacité sans pareille, l’organisation économique ne peut se passer dans certains cas des monopoles. Pourquoi ? C’est ce que la Série : Economie en question (N°42) abordera.

Madou CISSE / FSEG

2025-12-25

En matière de bien-être économique, la suprématie de la structure de marché de concurrence pure et parfaite demeure incontestée

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°40)

Dans la Série : Economie en question (N°39) disponible à l’adresse suivante : https://cequejepensemali.blogspot.com/2025/12/temps-de-lecture-4-min-serie-economie_02010483767.html, j’ai présenté la structure de marché « idéale » qu’est la structure de marché de concurrence pure et parfaite (CPP). Je signalais dans le papier en question que cette structure de marché idyllique ne peut être rencontrée dans la réalité économique. Mais que l’économie réelle rime avec des structures de marché concurrentielles qui de par leurs principales caractéristiques peuvent s’approcher de l’organisation de la structure de CPP sans pourtant qu’il ait identité.

La CPP référence absolue

La référence absolue en matière d’analyse sur les marchés de l’économie mainstream demeure la structure de marché de CPP. Dit autrement, pour mesurer l’efficacité d’une structure de marché, les économistes orthodoxes comparent toujours celle-ci à celle de la structure de marché de CPP (https://cequejepensemali.blogspot.com/2024/10/serie-economie-en-question-n14.html). Un tel choix est loin d’être fortuit.

Partant des caractéristiques de la structure de marché de CPP, il est démontré qu’à long terme, chaque entreprise présente sur un tel marché (1) produit au minimum de son coût unitaire de production qui coïncide avec son coût marginal (ou coût supplémentaire qu’elle supporte en produisant chaque unité supplémentaire) ; (2) le bien produit par chaque entreprise est écoulé sur le marché à son coût unitaire minimal (absence de pouvoir de marché).

Bien-être maximal

Dans ces conditions, le bien-être du marché (mesuré par la somme de ce que gagnent les consommateurs et les producteurs) est le plus élevé possible et aucun gaspillage de ressources ne peut être constaté sur ce marché. Comment pouvons-nous être sûrs de cela ?

  •       Si chaque unité produite est vendue à son coût unitaire minimal de production, cela signifie que tous consommateurs qui disposent d’une disponibilité à payer le produit plus grande ou égale à ce coût peuvent acheter le produit.
  •       Que seuls les producteurs capables de produire à un coût inférieur ou égal à ce coût unitaire de production (imposé par les caractéristiques de la CPP) peuvent évoluer sur un tel marché en réalisant au moins un profit économique nul. Car les producteurs inefficaces – enregistrant des coûts unitaires plus grands que le coût unitaire imposé par la CPP seront logiquement évincés du marché.

·         Une telle organisation de marché ne peut engendrer aucun gaspillage de ressource pour la simple raison que le marché de par son fonctionnement intrinsèque évince (a) les producteurs inefficaces et (b) ne permet pas non plus aux consommateurs disposant des disponibilités à payer inférieures au minimum du coût unitaire de production des firmes efficaces de participer aux transactions commerciales.

·         En évinçant les producteurs inefficaces, la CPP leur donne la possibilité de rapatrier leurs capitaux sur des structures de marchés qui peuvent être sujets à des défaillances de marché (https://cequejepensemali.blogspot.com/2024/08/serie-economie-en-question-n6-les.html) telles que le monopole, les oligopoles et la concurrence monopolistique.

Ce sont ces vertus de la CPP qui ne peuvent être présentes sur aucune autre forme de structure qui lui confère sa suprématie sur toutes les autres formes de structures de marché. Car elle assure l’efficacité en termes de production (le coût total minimum) et l’efficacité d’allocation absence de gaspillage qui se traduit par l’inexistence de perte sèche sur la structure de CPP. C’est pour ces raisons que l’économie mainstream compare toujours toutes les autres formes d’organisation à la structure de marché de CPP. Et plus une structure s’éloigne de cette forme d’organisation, plus ils concluent à son inefficacité productive et allocative.

Madou CISSE / FSEG

Comment réguler le monopole pur ? (2ème partie)

Temps de lecture : 4 min Série : Economie en question (N°46) Dans la série N°45 disponible ici https://cequejepensemali.blogspot.com/20...