Temps de lecture : 3 minutes
Série : Economie en question (N°62)
L’analyse économique sans monnaie est la prouesse que la
science économique a introduite en économie. Cette approche est loin d’être
fortuite car elle donne écho à un principe central de la doxa orthodoxe à
savoir la neutralité de la monnaie. Donc, si la monnaie n’est qu’un simple
voile, l’analyse économique doit être logiquement centrée sur les valeurs
réelles et non sur les valeurs nominales.
La théorie microéconomique du consommateur représentatif
met l’accent sur deux valeurs réelles : le revenu réel et le prix réel ou
prix relatif.
Le revenu réel – souvent assimilé au pouvoir d'achat –
représente la quantité de biens et de services qu'il est possible d'acheter
avec un revenu nominal donné. Si, par exemple, un salaire nominal est de 100
000 F CFA, pouvoir acheter avec cette somme un panier composé de 10 kg de
viande, 20 kg de sucre et 4 cartons de savon ne reflète pas le même pouvoir
d'achat que s'il permettait auparavant d'en acheter 15 kg, 22 kg et 5 cartons.
On constate donc qu'à revenu nominal constant de 100 000 F CFA, la quantité de
biens accessible diminue. Dans cette situation, raisonner en termes de revenu
réel est bien plus pertinent que de s'en tenir au seul revenu nominal.
Un raisonnement économique fondé exclusivement sur les
prix nominaux est loin d'être pertinent. Par exemple, si le kilo de viande
coûte 4 000 F CFA et celui du poisson 2 000 F CFA, ces données prises isolément
ne suffisent pas à éclairer la décision. En revanche, en raisonnant en termes
de prix relatif, on peut établir qu'1 kg de viande équivaut à 2 kg de poisson.
Partant de ce constat, si le prix de la viande baisse à 3
000 F CFA (tandis que le poisson reste à 2 000 F CFA), le nouveau rapport
s'établit à 1,5 kg de poisson pour 1 kg de viande. La viande devient donc
relativement moins chère qu'auparavant par rapport à sa propre valeur initiale,
ce qui peut inciter les consommateurs à substituer une partie de leur achat de
poisson par de la viande.
Ces deux exemples, fondés respectivement sur le revenu
réel et le prix réel, permettent de soutenir que l'analyse économique — et plus
particulièrement microéconomique — en termes de valeurs réelles éclaire
davantage la prise de décision que celle qui recourt aux valeurs nominales. D'où
la nécessité, pour les économistes, d'intégrer ces grandeurs dans leurs
analyses, ce qui favorise une meilleure compréhension des mécanismes d'une
économie non monétarisée.
M. Madou CISSE / FSEG