Ecrit par M.
OUSMANE SANOGO
- Mastérant en Economie Appliquée au Développement (MEAD)
- FSEG de Bamako
Temps de lecture: 9 minutes
En sciences économiques, la participation des agents économiques à la création du revenu national est indispensable. Ce revenu national (assimilé au Produit Intérieur Brut d’un pays) sert à mesurer le niveau de la richesse nationale, autrement dit à montrer la puissance économique d’un pays pendant une période donnée, qu'elle soit trimestrielle ou annuelle. Cependant, sa répartition crée une opposition entre les analyses orthodoxes (centrées sur la productivité marginale, l'effort ou la détention des facteurs) et les analyses hétérodoxes (centrées sur les rapports de force). Cette répartition se décompose en deux étapes : la répartition primaire et la répartition secondaire.
Premièrement, qu’est-ce que le PIB ou
revenu national ?
C’est l’ensemble des richesses créées dans
un pays pendant une période donnée (généralement par an).
§
Il
se calcule selon trois optiques :
- Le PIB par optique de la production.
PIB=∑VA + TVA + DD
VA : valeur ajoutée.
TVA : taxe sur la valeur ajoutée.
DD : droit de douane.
Le PIB, c'est tout ce que les
entreprises, les paysans, les commerçants et l'État ont produit au Mali pendant
l'année, moins ce qu'ils ont eux-mêmes consommé pour produire. On additionne
toutes ces valeurs ajoutées, et on y ajoute les impôts que l'État prend sur les
produits, comme la TVA.
- PIB par la dépense.
PIB = C + I + G + (X – M)
C : représente la consommation des
ménages
I : investissement des entreprises.
G : dépense gouvernementale.
(X- M) : exportations nettes.
Toute la richesse produite finit forcément
par être utilisée par quelqu'un. Le PIB, c'est donc aussi la somme de tout ce
que les familles ont acheté pour vivre, plus tout ce que les entreprises ont
investi en machines et bâtiments, plus tout ce que l'État a dépensé pour faire
fonctionner le pays, plus ce que nous avons vendu à l'étranger, moins ce que
nous avons acheté à l'étranger.
- PIB par les revenus.
PIB= Rémunération des salariés + Excédent
Brut d'Exploitation + Revenu Mixte + Impôts nets sur la production.
Enfin, toute richesse produite se
transforme en revenu pour quelqu'un. Le PIB, c'est donc aussi la somme de tous
les salaires versés aux travailleurs, plus tous les profits et bénéfices gardés
par les entreprises, plus les revenus mixtes des petits patrons qui sont à la
fois travailleurs et propriétaires (entrepreneurs), plus les impôts que l'État
prélève sur la production.
Au Mali, c'est l'Institut National de la
Statistique (INSTAT) qui calcule le PIB.
Donc, une fois le PIB créé dans un pays,
la question qui se pose est la suivante :
Qui doit recevoir quoi, et combien, dans
le partage de ce PIB ?
Lorsque l'on analyse la répartition du PIB selon l'optique des revenus, cela suscite un vif débat entre les économistes, à savoir les tenants de l’économie orthodoxe et ceux de l’économie hétérodoxe. Cette répartition se divise en deux dimensions, comme nous l'avons évoqué précédemment.
La première étape, dite de répartition primaire, est défendue par les économistes orthodoxes (libéraux, classiques, néoclassiques), pour qui le marché est le régulateur central. Autrement dit, le PIB se partage entre les agents économiques en fonction des facteurs qu’ils détiennent, de leurs efforts ou de leur productivité. Leur idée fondamentale : c’est le marché qui répartit de lui-même le PIB, sans qu'il y ait besoin d'une intervention de l’État.
En clair :
- Si l'on possède du capital, on perçoit des intérêts.
- Si l'on possède de la terre, on perçoit un loyer (ou une rente).
- Si l'on fournit un travail, on perçoit un salaire,
Par conséquent, le rôle de l’État doit
être minimal. Le marché est supposé capable d'assurer une répartition optimale,
à condition d'être totalement libre. Cette vision repose sur l'idée que les
rémunérations reflètent les différences de productivité et de talents.
Par exemple : comparons Seydou
Keita (le footballeur malien qui a investi dans des entreprises comme usine de
l’huile de cuisson) et un professeur d'université à la faculté des sciences
économiques et de gestion de Bamako. Dans la logique orthodoxe, Seydou Keita
génère une valeur marchande considérable sur le marché (il draine des millions
et crée de la richesse à grande échelle) ; il est donc "normal" qu'il
obtienne une part de PIB beaucoup plus grande que le professeur. C'est la loi
de l'offre, de la demande et de la productivité sur le marché qui en a décidé
ainsi, et non l’État.
La deuxième étape : la répartition secondaire (ou de redistribution).
Elle est défendue par les économistes hétérodoxes (keynésiens, marxistes, économistes atterrés), pour qui l’État occupe une place prépondérante.
Pour eux, le partage issu du libre marché
est injuste ou génère des inégalités inacceptables. C’est pourquoi l’État doit
intervenir pour atténuer ces disparités, au nom de la justice sociale.
L'approche keynésienne (la correction par
l'État) : Pour corriger ces déséquilibres, l'État dispose d'instruments
puissants pour modifier la répartition primaire des richesses.
Comment l’État procède-t-il pour corriger
ces inégalités ?
Il s'appuie sur divers mécanismes de
redistribution :
- La progressivité de l'impôt (taxer les plus hauts revenus pour financer les services publics ou soutenir les plus modestes).
- Les prélèvements sociaux et les cotisations sociales.
- Le versement d'aides sociales et d'allocations pour les démunis.
- La fiscalité écologique (comme la taxation des émissions polluantes des usines ou taxe CO2).
- Les bourses d'études, les subventions et les régimes de protection sociale (comme l’AMO au Mali).
- Les impôts ciblant le patrimoine, etc.