2026-11-05

Le PIB est créé par tous, mais profite-t-il à tous?

Ecrit par  M. OUSMANE SANOGO
  • Mastérant en Economie Appliquée au Développement (MEAD) 
  • FSEG de Bamako
Temps de lecture: 9 minutes

En sciences économiques, la participation des agents économiques à la création du revenu national est indispensable. Ce revenu national (assimilé au Produit Intérieur Brut d’un pays) sert à mesurer le niveau de la richesse nationale, autrement dit à montrer la puissance économique d’un pays pendant une période donnée, qu'elle soit trimestrielle ou annuelle. Cependant, sa répartition crée une opposition entre les analyses orthodoxes (centrées sur la productivité marginale, l'effort ou la détention des facteurs) et les analyses hétérodoxes (centrées sur les rapports de force). Cette répartition se décompose en deux étapes : la répartition primaire et la répartition secondaire.

Premièrement, qu’est-ce que le PIB ou revenu national ?

C’est l’ensemble des richesses créées dans un pays pendant une période donnée (généralement par an).

§  Il se calcule selon trois optiques :

  • Le PIB par optique de la production.

PIB=∑VA + TVA + DD

VA : valeur ajoutée.

TVA : taxe sur la valeur ajoutée.

DD : droit de douane.

Le PIB, c'est tout ce que les entreprises, les paysans, les commerçants et l'État ont produit au Mali pendant l'année, moins ce qu'ils ont eux-mêmes consommé pour produire. On additionne toutes ces valeurs ajoutées, et on y ajoute les impôts que l'État prend sur les produits, comme la TVA.

  • PIB par la dépense.

 PIB = C + I + G + (X – M)

C : représente la consommation des ménages

I : investissement des entreprises.

G : dépense gouvernementale.

(X- M) : exportations nettes.

Toute la richesse produite finit forcément par être utilisée par quelqu'un. Le PIB, c'est donc aussi la somme de tout ce que les familles ont acheté pour vivre, plus tout ce que les entreprises ont investi en machines et bâtiments, plus tout ce que l'État a dépensé pour faire fonctionner le pays, plus ce que nous avons vendu à l'étranger, moins ce que nous avons acheté à l'étranger.

  • PIB par les revenus.

PIB= Rémunération des salariés + Excédent Brut d'Exploitation + Revenu Mixte + Impôts nets sur la production.

Enfin, toute richesse produite se transforme en revenu pour quelqu'un. Le PIB, c'est donc aussi la somme de tous les salaires versés aux travailleurs, plus tous les profits et bénéfices gardés par les entreprises, plus les revenus mixtes des petits patrons qui sont à la fois travailleurs et propriétaires (entrepreneurs), plus les impôts que l'État prélève sur la production.

Au Mali, c'est l'Institut National de la Statistique (INSTAT) qui calcule le PIB.

Donc, une fois le PIB créé dans un pays, la question qui se pose est la suivante :

Qui doit recevoir quoi, et combien, dans le partage de ce PIB ?

Lorsque l'on analyse la répartition du PIB selon l'optique des revenus, cela suscite un vif débat entre les économistes, à savoir les tenants de l’économie orthodoxe et ceux de l’économie hétérodoxe. Cette répartition se divise en deux dimensions, comme nous l'avons évoqué précédemment.

La première étape, dite de répartition primaire, est défendue par les économistes orthodoxes (libéraux, classiques, néoclassiques), pour qui le marché est le régulateur central. Autrement dit, le PIB se partage entre les agents économiques en fonction des facteurs qu’ils détiennent, de leurs efforts ou de leur productivité. Leur idée fondamentale : c’est le marché qui répartit de lui-même le PIB, sans qu'il y ait besoin d'une intervention de l’État.

En clair :

  • Si l'on possède du capital, on perçoit des intérêts.
  • Si l'on possède de la terre, on perçoit un loyer (ou une rente).
  • Si l'on fournit un travail, on perçoit un salaire,

Par conséquent, le rôle de l’État doit être minimal. Le marché est supposé capable d'assurer une répartition optimale, à condition d'être totalement libre. Cette vision repose sur l'idée que les rémunérations reflètent les différences de productivité et de talents.

Par exemple : comparons Seydou Keita (le footballeur malien qui a investi dans des entreprises comme usine de l’huile de cuisson) et un professeur d'université à la faculté des sciences économiques et de gestion de Bamako. Dans la logique orthodoxe, Seydou Keita génère une valeur marchande considérable sur le marché (il draine des millions et crée de la richesse à grande échelle) ; il est donc "normal" qu'il obtienne une part de PIB beaucoup plus grande que le professeur. C'est la loi de l'offre, de la demande et de la productivité sur le marché qui en a décidé ainsi, et non l’État.

   La deuxième étape : la répartition secondaire (ou de redistribution).

 Elle est défendue par les économistes hétérodoxes (keynésiens, marxistes, économistes atterrés), pour qui l’État occupe une place prépondérante.

Pour eux, le partage issu du libre marché est injuste ou génère des inégalités inacceptables. C’est pourquoi l’État doit intervenir pour atténuer ces disparités, au nom de la justice sociale.

L'inspiration marxiste (la critique originelle) : Pour les marxistes, l'inégalité fondamentale naît dès la production (à travers le partage de la plus-value entre les capitalistes et les travailleurs).

L'approche keynésienne (la correction par l'État) : Pour corriger ces déséquilibres, l'État dispose d'instruments puissants pour modifier la répartition primaire des richesses.

Comment l’État procède-t-il pour corriger ces inégalités ?

Il s'appuie sur divers mécanismes de redistribution :

  •  La progressivité de l'impôt (taxer les plus hauts revenus pour financer les services publics ou soutenir les plus modestes).
  •  Les prélèvements sociaux et les cotisations sociales.
  •  Le versement d'aides sociales et d'allocations pour les démunis.
  •  La fiscalité écologique (comme la taxation des émissions polluantes des usines ou taxe CO2).
  •  Les bourses d'études, les subventions et les régimes de protection sociale (comme l’AMO au Mali).
  •   Les impôts ciblant le patrimoine, etc.

En conclusion, produire plus sera toujours le souhait des économistes, toutes écoles confondues. Mais répartir ce qui a été créé, c'est là que réside la divergence fondamentale entre l'orthodoxie économique et l'hétérodoxie économique. Pour la première, le marché s'occupe de la répartition du revenu national ; pour la seconde, c'est l'État qui s'en charge. Tout est une question d'objectivité quant à la production, et de subjectivité quant à la répartition (au nom de la justice sociale).

2026-10-29

Revenu réel et prix réel au service d’une économie sans monnaie

Temps de lecture : 3 minutes

Série : Economie en question (N°62)

L’analyse économique sans monnaie est la prouesse que la science économique a introduite en économie. Cette approche est loin d’être fortuite car elle donne écho à un principe central de la doxa orthodoxe à savoir la neutralité de la monnaie. Donc, si la monnaie n’est qu’un simple voile, l’analyse économique doit être logiquement centrée sur les valeurs réelles et non sur les valeurs nominales.

La théorie microéconomique du consommateur représentatif met l’accent sur deux valeurs réelles : le revenu réel et le prix réel ou prix relatif.

Le revenu réel – souvent assimilé au pouvoir d'achat – représente la quantité de biens et de services qu'il est possible d'acheter avec un revenu nominal donné. Si, par exemple, un salaire nominal est de 100 000 F CFA, pouvoir acheter avec cette somme un panier composé de 10 kg de viande, 20 kg de sucre et 4 cartons de savon ne reflète pas le même pouvoir d'achat que s'il permettait auparavant d'en acheter 15 kg, 22 kg et 5 cartons. On constate donc qu'à revenu nominal constant de 100 000 F CFA, la quantité de biens accessible diminue. Dans cette situation, raisonner en termes de revenu réel est bien plus pertinent que de s'en tenir au seul revenu nominal.

Un raisonnement économique fondé exclusivement sur les prix nominaux est loin d'être pertinent. Par exemple, si le kilo de viande coûte 4 000 F CFA et celui du poisson 2 000 F CFA, ces données prises isolément ne suffisent pas à éclairer la décision. En revanche, en raisonnant en termes de prix relatif, on peut établir qu'1 kg de viande équivaut à 2 kg de poisson.

Partant de ce constat, si le prix de la viande baisse à 3 000 F CFA (tandis que le poisson reste à 2 000 F CFA), le nouveau rapport s'établit à 1,5 kg de poisson pour 1 kg de viande. La viande devient donc relativement moins chère qu'auparavant par rapport à sa propre valeur initiale, ce qui peut inciter les consommateurs à substituer une partie de leur achat de poisson par de la viande.

Ces deux exemples, fondés respectivement sur le revenu réel et le prix réel, permettent de soutenir que l'analyse économique — et plus particulièrement microéconomique — en termes de valeurs réelles éclaire davantage la prise de décision que celle qui recourt aux valeurs nominales. D'où la nécessité, pour les économistes, d'intégrer ces grandeurs dans leurs analyses, ce qui favorise une meilleure compréhension des mécanismes d'une économie non monétarisée.

M. Madou CISSE / FSEG

2026-10-22

Baisse du prix du kilo de viande : des impacts certains, mais…

Temps de lecture : 3 minutes

L’inflation en économie est un mal nécessaire qu’il faut restreindre dans des proportions raisonnables. C’est pour cette raison que plusieurs banques centrales à travers le monde fixent des valeurs plafonds que le taux d’inflation ne peut dépasser sans provoquer une intervention de leur part visant à la maintenir autour de la cible fixée.

La maitrise de l’inflation conduit à la stabilisation du pouvoir d’achat des ménages toutes choses égales par ailleurs. Par définition, le pouvoir d’achat est la quantité de biens et services susceptible d’être acquise par un revenu donné.

Les récents compromis conclus entre les autorités de la transition malienne et l’Association des bouchers du Mali contribuent certainement à redonner du pouvoir d’achat aux ménages. Les bouchers ont accepté une baisse de 10% du prix unitaire du kilo de la viande de mouton et 7,14% de baisse sur le kilo de la viande de bœuf avec os et 6,25% de celui de la viande de bœuf sans os.

Cette baisse des prix unitaires du kilo de viande n’impacte pas de la même manière tous les ménages, selon qu'il s'agisse de foyers urbains de la classe moyenne ou de ménages ruraux.

Les ménages de la classe moyenne achètent en moyenne 750 grammes de viande de bœuf (avec ou sans os) par jour, tandis que ceux du milieu rural en consomment 375 grammes.

Ces achats différenciés montrent clairement qu'une baisse du prix unitaire du kilo de viande impacte davantage les ménages urbains aisés que les ménages ruraux et les ménages pauvres des cités. Cela se traduit par un gain de pouvoir d'achat quotidien de 187,5 F CFA par ménage urbain, contre 93,75 F CFA pour les ménages ruraux.

Ces baisses permettraient de réaliser, en moyenne, une économie annuelle de 67 500 F CFA pour les ménages urbains et de 33 750 F CFA pour les ménages ruraux.

Les baisses de prix unitaires du kilo de viande obtenues constituent, sans conteste, une avancée ; mais les autorités doivent faire encore plus. Dans cette perspective, elles doivent s'employer à induire un choc d'offre positif pour la viande de bœuf (avec ou sans os). Pour cela, elles peuvent agir sur les leviers qui réduisent les coûts de production — notamment en intervenant plus fortement sur le prix des aliments du bétail.

Mais est-ce qu’une telle intervention de la part des Autorités de la transition est possible présentement, au vu de l'étroitesse des marges de manœuvre budgétaires existantes ?

Madou CISSE / FSEG

2026-10-15

Pourquoi le régime démocratique demeure le meilleur régime ?

Temps de lecture : 5 minutes

Une lecture du livre VIII de la République de Platon permet de noter les cinq (05) principaux régimes politiques qui peuvent être mis en œuvre dans un pays. Le classement de ces cinq (05) régimes est fait par ordre décroissant de valeur et de justice. Ces régimes sont dans l’ordre cité : l’aristocratie, la timocratie, l’oligarchie, la démocratie et enfin la tyrannie.

Partant de ce classement fait par Platon, le régime démocratique ou le pouvoir populaire occupe l’avant-dernière marche des régimes politiques en termes de valeur et d’administration de la justice.

Ce classement des régimes politiques fait par Platon semble être contredit par ces propos tenus par Winston Churchill le 11 novembre 1947 devant la Chambre des communes du Parlement britannique : « La démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé. »

Face à une telle rupture, une question demeure : quels avantages le régime démocratique présente-t-il par rapport aux autres régimes politiques déjà expérimentés ?

Principaux avantages du régime politique démocratique

Le régime démocratique s'appuie sur six piliers qui participent à son maintien et qui le différencie des autres régimes politiques.

Le premier pilier fait valoir le principe de la souveraineté du peuple, pour reprendre un concept clé analysé par Alexis de Tocqueville. Ce pilier correspond à ce que Platon identifiait déjà comme le trait distinctif de la démocratie, bien que le philosophe grec y vît un risque d'instabilité.

Une autre vertu du régime démocratique est la séparation des pouvoirs qu'il garantit ; car, pour paraphraser Montesquieu, l'un des pères des Lumières, “il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir”.

Le pouvoir du peuple par le peuple est normalement censé garantir et préserver les droits individuels et collectifs par la mise en place de règles préétablies, auxquelles sont soumis tous les citoyens sans distinction : en somme, assurer les principes de l'État de droit.

En assurant le pluralisme politique, la démocratie suppose la coexistence de plusieurs partis afin de rendre possible l'alternance pacifique du pouvoir.

Une autre caractéristique importante du régime démocratique est l'organisation d'élections régulières, libres et transparentes. Celles-ci permettent le renouvellement des classes dirigeantes.

Enfin, le sixième pilier ou avantage du régime démocratique est le respect des libertés fondamentales, à savoir la liberté de culte, la liberté d'expression, la liberté de la presse et la liberté d'association. Celles-ci doivent être garanties tant qu'elles demeurent circonscrites dans leurs sphères d'activité.

L’Afrique dans tout ça ?

Les piliers présentés supra permettent de dire dans le sillage de Winston Churchill que le régime démocratique est le meilleur par rapport à ceux qui ont été déjà expérimentés. Mais pourquoi ce régime semble ne pas combler les aspirations des pays africains ?

Je pense que la faillite du régime démocratique un peu partout en Afrique subsaharienne est due aux inégalités de conditions ou de chances criardes qui existent entre les couches sociales dans les pays africains.

Dans une telle optique, le problème est loin d’être consubstantiel au régime démocratique ; mais il réside plutôt dans les conditions de vie qui sont loin d'être égalitaires en Afrique. Par voie de conséquence, une démocratie réussie passera impérativement par un nivellement réel des niveaux des conditions de vie. Comme le disait Alexis de Tocqueville, l’égalité des chances est le premier principe dans la réussite d’un régime démocratique.

Donc casser le thermomètre ne fera pas baisser la température ; mais avoir un médecin compétent capable d’interpréter les valeurs du thermomètre est mieux afin de faire de bonnes prescriptions dont l’administration fera effectivement baisser la fièvre du malade.

Madou CISSE / FSEG

2026-10-08

Que faire pour que le Mali se développe économiquement ?

 Temps de lecture : 4 minutes

Le développement économique suppose, de manière cumulative, une augmentation des revenus de la population, accompagnée d'un meilleur accès à l'éducation et d'une amélioration continue du niveau de vie.

Je trouve que l'atteinte d'un tel objectif passe par la satisfaction de deux conditions essentielles : la première est l'existence d'une élite vertueuse, et la seconde, l'adoption de politiques économiques orientées principalement vers l'efficacité économique.

Le premier pas vers le développement exige l'avènement d'une classe dirigeante guidée par la vertu politique — cette vertu que Montesquieu définissait comme le ressort fondamental de la démocratie. Sans cette condition première, que je tiens pour nécessaire, toute perspective de développement économique demeure illusoire.

Un pays, quel qu'il soit — africain, américain, asiatique ou européen —, fera du surplace économique s'il est gangréné par le vice de la corruption, surtout lorsqu'elle est impulsée par les élites politiques et économiques.

C’est pour cette raison que je considère la pratique de la vertu politique comme le premier principe du développement économique. Par conséquent, sans vertu politique l’amorce d’un développement économique est quasiment impossible.

Une fois que la première condition est remplie, l’adoption de l’idéologie économique devient déterminante. Et cette étape est loin d’être fortuite, car c’est elle qui conditionne tout le processus de production d’une économie.

En économie, deux principaux objectifs qui s’opposent généralement peuvent être défendus : L’objectif de l’efficacité économique et celui de la justice sociale. Le premier objectif privilégie la maximisation de la production tandis que le second s’oriente vers la réduction des inégalités sociales.

En général, les pays africains, dont le Mali, font de mauvais arbitrages dans le choix de leurs objectifs économiques. Je pense sincèrement que pour les pays où la pratique de la vertu politique à la Montesquieu est loin d’être la règle, le choix de l’objectif de la justice sociale demeure un mauvais choix.

Cela étant dit, je pense que les pays africains, dont le Mali, doivent d'abord opter pour l'efficacité économique en créant plus de richesses. Afin d'atteindre cet objectif, ils doivent privilégier l'économie de marché plutôt qu'un renforcement excessif de l'intervention de l'État à travers des nationalisations.

L’hydre de la corruption étant présente dans nos pays, nationaliser devient synonyme de gabegie. Alors que si l’initiative est privée, ces pratiques délétères sont rapidement circonscrites au profit de l’efficacité.

En définitive, je pense que pour amorcer un véritable développement économique au Mali, il faut d’abord mettre tout en œuvre pour favoriser l’émergence d’une élite politique et économique vertueuse, puis opter sans hésitation pour l’efficacité économique. C’est seulement après avoir atteint un niveau de richesse conséquent que la lutte pour plus de justice sociale pourra être pleinement menée par un État qui, sans être producteur, exercera avec brio ses fonctions régaliennes – diplomatie, justice, sécurité, défense, finances et budget –, auxquelles j’ajoute son rôle de régulateur des marchés, principalement animés par des capitaux privés.

M. Madou CISSE / FSEG

2026-10-01

Les pays de l’AES doivent-ils plafonner les prix des loyers ?

 Temps de lecture : 3 minutes

Le 22 avril 2026, le Gouvernement nigérien, par le décret n°2026-248 a décidé d’encadrer et de plafonner les prix des loyers de types F2 (une chambre et un salon) et F3 (deux chambres et un salon).

Ces mesures d’encadrement et de plafonnement des prix visent principalement à lutter contre la vie chère selon les autorités nigériennes.

Que disent alors les préceptes de l’économie positive sur les effets du plafonnement des prix ?

Le prix plafond par définition est le prix maximal auquel un bien ou un service doit être vendu. Donc, c’est un prix qui vise les offreurs. Pour qu’un tel prix produise les effets escomptés, il faut qu’il soit fixé à un niveau inférieur au prix d’équilibre du marché ; sinon, son instauration sur un marché n’aura aucun effet probant.

Dans le cas du Niger, le prix plafond instauré par le décret n°2026-248 a été fixé au maximum à 20 000 F CFA, un montant largement inférieur au prix d’équilibre du marché, qui s'élevait au moins à 50 000 F CFA. Par conséquent, cette mesure imposée par les autorités nigériennes va fortement influencer les conditions d’évolution du marché en question.

Comment le plafonnement des prix des loyers va-t-il influencer l’évolution du marché des loyers de types F2 et F3 ?

Les conclusions des préceptes de l’économie positive sont claires quant aux conséquences du contrôle des prix. Elles soutiennent que le prix plafond en créant un écart entre le prix plafond et le prix fixé par le jeu de l’offre et de la demande conduit (1) à une diminution de la quantité offerte ; (2) à une mauvaise allocation des logements ; (3) à un gaspillage de ressources et enfin (4) à l’apparition d’un marché noir.

Il ne faut donc pas être surpris de constater, dans le cas du Niger, ces effets délétères imputables au plafonnement des prix des loyers imposé par les autorités. C'est en raison de ces effets néfastes que les prix plafonds sont déconseillés. En effet, leur imposition sur le marché génère des coûts économiques supérieurs aux gains que ces prix sont censés apporter, comme dans le cas du Niger dont l’objectif ultime est la lutte contre la vie chère.

Madou CISSE / FSEG

2026-07-30

Théorie de la valeur économique : des mercantilistes aux marginalistes

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°61)

Qu’est-ce qui fonde économiquement parlant la valeur d’un bien ou d’un service ? Par exemple pourquoi le diamant a plus de valeur économique que l’eau potable ?

Des mercantilistes à D. Ricardo la théorie de la valeur a été basée soit sur la quantité d’or ou d’argent qu’un bien ou service peut acquérir (les mercantilistes), soit sur la quantité de terre nécessaire à la production (les physiocrates), soit sur la quantité de travail direct contribuant à la production d’un bien ou service (A. Smith), soit sur la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa production (D. Ricardo), soir sur la quantité d’effort épargné (F. C. Bastiat). Toutes ces théories sont dites « approche objective de la valeur ».

La question de la théorie de la valeur économique d’un bien ou d’un service a été définitivement résolue au milieu du 19ème siècle par les économistes marginalistes. Ces derniers y sont parvenus (1) en abandonnant la piste de l’approche objective de la valeur ; (2) en adoptant l’approche subjective de la valeur défendue en premier par J. B Say en 1883. Celle-ci soutenant que la valeur économique d’un bien ou d’un service dépend exclusivement de son utilité.

A la suite de Say, les marginalistes – spécifiquement L Walras – ont définitivement établi que la valeur économique d’un bien ou d’un service dépend de deux principaux facteurs que sont : (1) son utilité et (2) sa rareté. Ce qui permet d’inférer que deux biens ou services qui ont le même niveau de rareté peuvent ne pas avoir la même valeur économique si l’un présente une utilité marginale plus grande que l’autre !

C’est cette approche subjective de la valeur économique des biens et services qui a assené le coup de grâce au paradoxe de la valeur de l’eau et du diamant. Car l’abondance de l’eau implique logiquement un niveau d’utilité supplémentaire moindre par rapport au diamant qui est rare.

Madou CISSE / FSEG

Le PIB est créé par tous, mais profite-t-il à tous?

Ecrit par   M. OUSMANE SANOGO Mastérant en Economie Appliquée au Développement (MEAD)  FSEG de Bamako Temps de lecture: 9 minutes En scien...