Temps de lecture : 7 min
Actuellement, il n’est pas rare de voir des nuées humaines
autour des stations-service à Bamako ainsi que dans d’autres grandes villes du
Mali. Leur objectif peut être résumé en quatre mots : « avoir de l’essence » !
Ces scènes spectaculaires et quasi quotidiennes sont la résultante des
perturbations de la chaine logistique d’approvisionnement en carburant de tout
le pays par le fait de bandits armés. Ces derniers s’attaquant aux convois d’hydrocarbures.
Quelle analyse l’économie positive fait-elle d’une telle situation ?
Point de vue de l’économie positive
L’économie positive soutient que sur le marché des biens
et services la variation d’un déterminant autre que le prix du bien ou du service
entraine un déplacement parallèle soit de la courbe d’offre soit de la courbe de
la demande par rapport à sa position initiale ceteris paribus. En plus, elle
admet que si c’est l’offre qui baisse en ayant en face une demande inchangée ;
cela conduit inéluctablement à une pénurie.
L’économie positive a toujours aussi soutenu que dans un
tel contexte – baisse de l’offre en présence d’une demande inchangée ou pénurie
– le nouvel équilibre se fait avec un prix de vente du bien ou du service supérieur
à celui du précédent équilibre.
L’économie positive enfin soutient que, quelle que soit la
cause de la pénurie, elle est source de trois (03) principales formes d’inefficacité.
(1) le gaspillage de temps. En situation de pénurie, les agents économiques
(surtout les ménages et les entreprises) passent plus de temps qu’à l’accoutumée à
chercher le produit. Ce qui constitue un véritable gaspillage de la principale
ressource d’une économie à savoir le temps. (2) une allocation inefficace du
produit en question. En fonction de la solidité des relations que peut avoir
chaque citoyen avec les fournisseurs du produit ; certains peuvent avoir ledit
produit en quantité excédentaire pendant que d’autres ne parviennent même pas à
avoir une quantité infime. (3) mise en place de marchés illégaux ou marchés
noirs. La pénurie conduit à la création de marchés noirs échappant à tout
contrôle légal ; ce qui constituera une source de manque à gagner direct et
important pour les finances publiques.
Confirmation des préceptes de l’économie positive
Actuellement, sur le marché malien de l’essence, c’est la
courbe d’offre de l’essence qui enregistre un déplacement parallèle par rapport
à sa position précédente. Car les bandits armés en proférant des menaces d’attaques
contre les citernes d’hydrocarbure dissuadent certains importateurs. Ce qui
conduit à une baisse du nombre d’offreurs. Or le nombre d’offreurs est un
déterminant majeur de l’offre d’essence. Une baisse du nombre des importateurs
d’essence entraine logiquement une baisse de l’offre de ce produit. Cette baisse
crée alors un gap entre les quantités offertes et les quantités demandées, qui elles, sont restées inchangées. C’est la supériorité de la demande d’essence au Mali sur
l’offre d’essence consécutive à un rétrécissement de cette dernière que les
économistes appellent « pénurie d’essence ». C’est exactement
ce qui est constaté sur le marché malien de l’essence présentement dans les différentes
grandes villes du Mali.
Avant la crise, les stations-service qui offraient le
litre de l’essence à 700 F CFA (comme les stations-service NDC, fixent
actuellement 775 F CFA le prix plafond). C’est exactement un tel comportement
aussi que l’économie positive avait prédit. A savoir l’établissement d’un nouveau
prix d’équilibre supérieur à celui qui était fixé avant la période de pénurie.
Quid des autres sources d’inefficacité ? (1) Il n’est
pas rare de passer des heures à attendre son tour devant les stations-service
afin d’être ravitaillé. Ces heures consacrées à la recherche de carburant sont
consacrées en temps « normal » à d’autres activités socio-économiques ;
qui ne peuvent être malheureusement exécutées tant que la pénurie perdure !
(2) Ce qui est sûr, les citoyens qui ont des relations sociales avec les gérants
ou pompistes des stations-service offrant l’essence vont logiquement être en
situation excédentaire ; tandis que ceux qui n’ont point de tels avantages
peuvent être en situation déficitaire. (3) En ces temps de pénurie d’essence,
il n’est pas rare de voir le litre vendu sur le marché noir ou informel à des prix
variant de 1.500 F CFA à 2.000 F CFA par endroit. Situation exactement prédite
par les préceptes de l’économie positive une fois encore de plus !
Que faire maintenant ?
La pénurie d’essence est une réalité implacable dans les
villes maliennes. Et tant que la chaine logistique d’approvisionnement reste
perturbée, l’offre d’essence restera insuffisante par rapport à la demande toutes
choses égales par ailleurs ! Alors, que faire dans ces conditions ? L’économie
positive répond sans détour. Elle préconise un déplacement parallèle de la
courbe de demande. Autrement dit, elle soutient une baisse pure et simple de la
demande d’essence. Dans le cas d’espèce, il faut : (1) que les agents
économiques optent pour des comportements sobres en exécutant que les
utilisations contraintes de l’essence. (2) que les autorités rationnent l’essence
en fixant des quantités maximales journalières par type d’utilisateur. Afin d’atteindre ce
dernier objectif, les autorités doivent saisir toutes les opportunités d’incitation
concourant à l’atteinte de celui-ci.
Madou CISSE
FSEG
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire