2025-06-12

Approche keynésienne de la demande patrimoniale de la monnaie

 Temps de lecture : 9 min

Une Contribution de M. Abdoulaye CAMARA (enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC)

Cette voie a été ouverte par JM Keynes en 1936 et prolongée par M Friedman en 1956. De façon générale, si A Marshall expliquait l’encaisse de portemonnaie, J M Keynes explique l’encaisse de portefeuille et M Friedman l’encaisse de patrimoine.

L’analyse de John Maynard Keynes

Keynes s’est toujours préoccupé d’analyse monétaire, et sa pensée a évolué en trois étapes. Mais dans cet écrit on se limitera dans le vocabulaire Keynésien c’est-à-dire la préférence pour la liquidité exposée dans son livre « Théorie Générale ». Ce changement de termes est significatif pour Keynes parce que la monnaie est « l’actif liquide par excellence » et que la demande d’encaisses monétaires s’inscrit dans le cadre de la gestion d’un portefeuille d’actifs monétaires et financiers, traduisant une préférence pour les actifs les plus liquides.

Keynes retient trois motifs pour lesquels les agents désirent détenir des encaisses.

-          Le motif de transaction : ce motif correspond à une demande de monnaie en vue de la réalisation courante des échanges personnels et commerciaux. Il se décompose en deux. Un motif du revenu pour les ménages qui résulte du fait qu’un certain délai s’écoule entre le moment où le revenu est encaissé et le moment où il est décaissé sous forme de dépenses diverses ; pendant ce délai les ménages conservent une certaine quantité de monnaie. Les entreprises ont un motif d’entreprise qui correspond à la nécessité qu’elles ont de détenir une trésorerie pour équilibrer dans le temps les dépenses engagées dans la production et les recettes obtenues de la vente de leurs produits. Le motif de transaction détermine donc une demande d’encaisses actives liée à la fonction intermédiaire des échanges de la monnaie. Cette demande pour le motif de transaction dépend de façon croissante du revenu global. En effet, si le revenu augmente, la demande de monnaie accroit.

Exemple : admettons qu’un agent dépense tout son revenu et que la répartition de sa dépense soit uniforme : il n’y a pas un jour où il dépense plus.

S’il est payé 1000 UM par jour, il ne détient jamais plus de 1000 UM. Son encaisse moyenne sur la journée est de 500 UM. En effet, son encaisse de début de journée est 1000 UM et son encaisse de fin de journée est 0 F. soit (1000F + 0F)/2, soit 500 UM.

S’il est payé 2000 UM par jour, il détiendra en moyenne sur la journée 1000F. L’encaisse moyenne est donc une fonction croissante du revenu.

-          Le motif de précaution : ce motif de la préférence pour la liquidité est dû à l’incertitude pesant sur les revenus futurs et sur les dépenses futures. Comme pour la demande de transaction, la demande d’encaisses de précaution dépend du revenu et du laps de temps entre la perception de ces revenus. Plus le revenu augmente et plus la période s’écoulant entre la perception de deux revenus est importante et plus l’encaisse de précaution augmente.

-          Le motif de spéculation : ce troisième motif de la préférence pour la liquidité s’explique lui aussi par l’incertitude quant au niveau futur du taux de l’intérêt. Les agents économiques détiennent des encaisses spéculatives pour pouvoir acheter des titres, par exemple des obligations, lorsque le prix de ces titres sera avantageux.

Pour un spéculateur, l’achat d’un titre s’impose lorsqu’il pense que la valeur de ce titre va augmenter, c’est à dire lorsqu’il pense que le taux de l’intérêt va diminuer. Or, le taux de l’intérêt a des chances de baisser, s’il est à un niveau élevé ; dans cette hypothèse l’agent va réduire ses encaisses monétaires pour acheter des titres. A l’inverse, si le taux de l’intérêt est bas, l’agent va vendre ses titres et ses encaisses de spéculation seront élevées.

Exemple : soit, un emprunteur, qui émet en to des obligations au prix unitaire P de 1000 UM et rapporte un coupon fixe annuel de 100 UM. Le rendement de cette obligation est donc de 100/1000 soit 10%.

Admettons que le taux d’intérêt s’élevé à 12%. Que se passe-t-il ? D’une part, les détenteurs d’obligations vont essayer de les vendre dans la mesure où celles-ci ne rapportent que 10%, soit 100 alors UM placés à 12% rapporteraient 120 UM.

D’autre part, personne ne désirerait en acheter, puisque 1000 UM peuvent être placés plus avantageusement.

On observe alors une augmentation de l’offre de l’obligation par rapport à sa demande. Cette hausse d’offre va faire baisser le prix de l’obligation sur le marché boursier, jusqu’à ce que toutes les formes de placement procurent un même rendement.

Comme le rendement = (coupon)/Prix, on peut écrire 0,12 = 100/P

D’où P = 100/0,12 = 833,33. Le prix de l’obligation est passé donc de 1000 à 833,33.

Ainsi lorsque le taux d’intérêt augmente, la valeur des titres diminue. Si les agents anticipent une augmentation du taux d’intérêt, d’une part, ceux qui possèdent des titres vont essayer de les vendre, puisque si le taux anticipé est supérieur au taux actuel, le prix courant de leurs titres va diminuer. D’autres part, ceux qui n’en détiennent pas ne vont pas acheter et vont donc préférer constituer des encaisses de spéculation afin de pouvoir en acheter plus tard. Par conséquent, quand le taux d’intérêt est très bas, les encaisses de spéculation sont très importantes.

En revanche, si le taux d’intérêt tombe à 8%, le prix de l’obligation va augmenter. En effet, sa demande s’élève dans la mesure où elle rapporte 100 UM soit 10% alors que 1000 UM placés à 8% ne rapportent que 80 UM. Le prix augmente jusqu’à un niveau rendant équivalent toutes les formes de placement. Soit 100/0,08 = 1250.

Ainsi, quand le taux d’intérêt actuel est très haut, une majorité des agents anticipent une baisse de ce taux, ils vont donc acheter des titres car si les taux diminuent, les cours des titres augmenteront. Par conséquent, les encaisses de spéculation vont diminuer.

Pour achever la présentation de la préférence pour la liquidité, il faut préciser que pour Keynes, la liaison inverse entre la demande de monnaie et le taux de l’intérêt est bornée par l’existence d’un taux d’intérêt minimum. A ce niveau minimum, la préférence pour la liquidité est maximum, et selon l’expression de Robertson, les agents tombent dans une trappe à liquidités, la demande d’encaisses de spéculation tendent vers l’infini.

M. Abdoulaye CAMARA

2025-06-05

Pourquoi le taux de chômage de 3,5% ne peut être qualifié de taux de chômage naturel ?

Temps de lecture : 6 min

Toute économie dispose à tout moment des stocks de facteurs de production qui sont utilisés pour l’atteinte de fins économiques spécifiques, telles que la production, la consommation, l’investissement etc. Ces facteurs de production sont le travail, le capital et la terre. Ils sont combinés pour produire des biens et services qui sont à leur tour utilisés pour servir les besoins de consommation et d’investissement de l’économie.

Ces stocks de facteurs de production sous l’hypothèse d’une utilisation normale conduiraient à l’établissement d’un optimum que l’orthodoxie économique appelle le plein emploi économique. Partant d’hypothèses spécifiques dont les plus importantes sont l’organisation concurrentielle pure et parfaite des marchés réels – Biens et services ; capital et travail – ; la rationalité parfaite des producteurs et des consommateurs ; l’absence d’externalités (positives et négatives) et la flexibilité des prix (prix des biens et services ; salaires des travailleurs et les taux d’intérêt) les orthodoxes parviennent à établir cet optimal ou plein emploi économique.

Cet optimum qui est en réalité hypothétique (pour ne pas dire idyllique) comme l’existence de la structure de marché concurrentiel pur et parfait pour être considéré comme une réalité factuelle des économies nationales. Car à cet optimum ou plein emploi les conditions suivantes sont établies :

Sur le marché des biens et services ou des produits : les stocks sont quasiment nuls. Il n’y a pas de pénurie ni d’excès. Les entreprises fonctionnent à plein régime. Ce qui conduit à une stabilité des prix sur ce marché.

Sur le marché du capital : l’offre de capital (épargne) est en parfaite adéquation avec la demande de capital (investissement). Donc, les stocks de capital sont inexistants sur ce marché aussi. Il n’y a pas de surplus de capital ni de déficit. Le prix d’équilibre (le taux d’intérêt d’équilibre) sur ce marché permet de réaliser tous les investissements viables ainsi que certaines dépenses importantes de consommation.

Sur le marché du travail : contrairement aux deux marchés réels présentés précédemment, le stock de travail ne peut jamais être nul même quand l’économie est au plein emploi. Parce qu’il va toujours y avoir des travailleurs qui vont abandonner leur travail soit pour des convenances personnelles ; soit pour des raisons de saison ; soit parce qu’ils arrivent pour la première fois sur le marché du travail ; soit parce que leurs compétences sont en déphasage avec les métiers disponibles dans l’économie. Par contre, au plein emploi, en dehors de ces causes indépendantes toto genere du fonctionnement de l’économie ; tout stock de travail imputable à l’atonie du marché du travail ne peut être signalé.

Ce stock théorique de travailleurs qui existerait même en situation d’équilibre général ou plein emploi serait compris entre 4% et 6% dans les pays développés. Lors de sa récente sortie, Le Ministre des Finances du Mali a soutenu que le taux de chômage au Mali en Mai 2025 faisait 3,5%. Ce taux de chômage est-il le stock de travailleurs non imputable à l’atonie du marché du travail ? Ou intègre-t-il une part de stocks de travailleurs pouvant être imputée au fonctionnement conjoncturel de l’économie malienne ?

Je trouve que ce taux de chômage ne peut être considéré comme le taux de chômage de plein emploi du Mali. De même qu’une seule hirondelle ne peut faire le printemps, le seul taux de chômage ainsi incriminé ne doit être considéré comme le seul indicateur susceptible de caractériser la situation de plein emploi économique des facteurs de production au Mali. Car un coup d’œil rapide sur l’économie malienne permet de conclure que même si le taux de chômage annoncé par Le Ministre des Finances est faible ; le fonctionnement des deux autres marchés réels (produits et capital) au Mali semble présenter plus d’instabilité. Donc, des équilibres de sous-emploi. Mes propos sont d’ailleurs corroborés par l’intervention du Ministre des Finances prouvant l’efficacité de leurs différentes mesures économiques dans la lutte contre l’inflation. Car, si l’économie malienne était au plein emploi, leurs interventions allaient exacerber la hausse des prix des biens et services ou inflation au Mali.

Donc, pensez que le taux de chômage de 3,5% est le taux de chômage naturel au Mali semble plus relever du fantasme que d’une réflexion économique pouvant être qualifiée de scientifique.

Madou CISSE

FSEG

2025-05-29

La discrimination tarifaire

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°27)

Une analyse de la billetterie du Parc National du Mali (disponible sur leur site Internet) montre qu’il existe un [t]arif unique d'entrée Parc et Zoo (sic) fixé à 1.000 F CFA et un tarif scolaire (de la maternelle en terminale) faisant 500 F CFA.

De cette tarification, je note que pour le même service, les « élèves » et les « autres » ne paient pas le même montant. Les premiers payant pour le même service la moitié de ce que paient les « autres ». Est-ce à dire que cet écart de prix peut être expliqué par des écarts de coûts (transport, distribution, publicitaire etc.) que supporte le Parc National du Mali pour être en capacité de fournir ses services aux deux groupes ainsi stratifiés ? La réponse est non ! Cet écart de prix ne peut pas être expliqué par les écarts de coûts. En conséquence, je peux soutenir que le Parc National du Mali vend le même service à différents prix (ici 500 F CFA et 1000 F CFA) et à différents consommateurs (ici les « élèves » et les « autres »). Ce mode de tarification porte le nom de discrimination tarifaire ou discrimination par les prix.

Ce mode de discrimination fut théorisé de manière complète par Artur Cecil Pigou en 1920. Pour lui, la mise en œuvre de la discrimination tarifaire ne devient possible que si les conditions suivantes sont simultanément remplies chez une entreprise à savoir (1) disposer d’un pouvoir de marché (2) être capable d’empêcher la revente de son bien ou service.

La discrimination tarifaire peut être implémentée sous trois (03) principales formes. Deux sont qualifiées de « discrimination parfaite », et une porte le nom de discrimination imparfaite.

La première forme de discrimination « parfaite » ou discrimination de 1er degré. Dans ce cas, le vendeur étant capable de discerner le montant maximal qu’un acheteur potentiel est prêt à débourser pour acheter son bien ou service, fixe le prix de vente en fonction de ce montant (ou disponibilité à payer). Mais à condition que cette disponibilité à payer ne soit pas plus faible que le coût de production de la quantité vendue au consommateur.

La deuxième forme de discrimination « parfaite » ou discrimination du 3ème degré. Pour cette forme de discrimination, le vendeur segmente son marché en fonction des caractéristiques ou statuts spécifiques des acheteurs. Partant de cette segmentation, il applique sa politique tarifaire discriminatoire de manière parfaite (comme le réussit avec brio le Parc National du Mali).

La discrimination « imparfaite » ou discrimination du 2ème degré. Le vendeur étant dans l’incapacité de discerner la disponibilité à payer de ses clients peut mettre en place un menu de prix. Avec, ce menu, les montants moyens payés par les acheteurs décroissent en fonction des quantités payées. Cette forme de discrimination permet à chaque client de révéler son propre « type » que le vendeur ne savait pas au préalable. D’où l’usage de l’expression discrimination imparfaite.

Madou CISSE

FSEG

2025-05-22

La demande de monnaie et la théorie quantitative de la monnaie

Temps de lecture: 5 min

Une Contribution de M. Abdoulaye CAMARA (enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC)

Dans ma publication de la semaine précédente, j’avais abordé la demande de la monnaie sous l’angle des encaisses monétaires. Dans celle-ci, je mets le focus sur le processus d’apparition de l’idée d’une fonction de demande de monnaie. Cette idée trouve son origine dans l’interprétation en termes d’équilibre du marché de la monnaie par l’utilisation de la formule de l’équation quantitative de la monnaie.

Equation d’Irving FISHER

C’est dans son ouvrage « The Purchasing power of Money » (1911) que Fisher énonce l’équation des échanges sous la forme :

Où M représente la quantité nominale de monnaie en circulation, V la vitesse de circulation de la monnaie (nombre de fois qu’une même unité monétaire est en moyenne utilisée durant une période donnée) P le niveau général des prix et T le volume des transactions.

Cette équation exprime qu’il y a en permanence égalité entre le flux de monnaie en circulation dans la période ( ) et la valeur à prix courants des transactions effectuées ( )sur une période.

L’équation de Fisher est l’aboutissement formalisé de l’idée que le niveau général des prix dépend de la quantité de monnaie existante. Cette idée constitue de ce qui sera appellé la théorie quantitative. Présente chez Aristote et Xénophon dans l’antiquité, elle est retrouvée au XVè chez Copernic, au XVIè chez Jean Bodin, au XVIIè siècle chez John Locke, au XVIIIè chez David Hume, Richard Cantillon et Adam Smith et bien d’autres.

Pour Fisher, la monnaie est avant tout un intermédiaire des échanges : par nature, la monnaie doit circuler dans l’économie par le biais des diverses transactions qui ont lieu c’est-à-dire, pour effectuer des règlements relatifs à ces transactions. L’analyse de Fisher est macroéconomique : une analyse globale et l’objet de cette analyse est de déterminer la masse monétaire (quantité de monnaie en circulation) nécessaire pour assurer un volume donné de transactions marchandes.

L’équation quantitative de la monnaie sera ensuite reformulée par l’école de Cambridge sous la forme de demande de monnaie.

L’équation de CAMBRIDGE et la demande de monnaie

Sous l’impulsion d’Alfred Marshall et d’Arthur Cecile Pigou, l’équation de Fisher connaitra une modification de son écriture et de sa lecture sur deux (02) points : (1) d’une écriture en termes de transactions, l’école de Cambridge est passée à une écriture en termes de revenu ; et (2) d’une lecture en termes de vitesse de circulation à une lecture en termes de fonction de demande de monnaie. Ainsi, l’équation de Cambridge s’écrit comme suit :  et plus en privilégiant une analyse en valeur réelle  

, dénommé par Marshall le coefficient d’utilisation monétaire, représente par exemple pour Pigou la proportion de leurs ressources (revenu) que les agents maintiennent sous forme monétaire, pour des raisons de convenance transactionnelle et de précaution.

La lecture marshallienne de l’équation quantitative comme condition d’équilibre sur le marché de la monnaie le conduit à proposer la première formulation de demande de monnaie. En effet, la partie gauche de l’équation de Cambridge ( ) l’offre de monnaie en valeur réelle, Marshall considère comme exogène dans la mesure où elle est contrôlée directement (billets et pièces) ou indirectement (monnaie scripturale) par les autorités monétaires. En revanche, la partie droite,  est une fonction de demande de monnaie :

Pour l’école de Cambridge, la demande de monnaie d’encaisses réelles ( ) est une fonction croissante du revenu. Elle s’explique par la fonction intermédiaire des échanges de la monnaie, l’encaisse étant nécessaire pour réaliser les transactions, et le coefficient k est supposé donné par les habitudes de paiement et la structure du système bancaire.

M. Abdoulaye CAMARA

2025-05-15

La demande de monnaie parlons-en

 Contribution de M. Abdoulaye CAMARA, enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC.

Temps de lecture : 7 min

« La monnaie détenue par un agent économique est un élément de sa richesse ». Bien que récente dans l’analyse économique par rapport à d’autres thématiques, puisqu’elle n’est apparue qu’à la fin du XIXè siècle, la demande de monnaie a toujours suscité beaucoup d’intérêt. C’est pourquoi elle est à l’origine de nombreux débats dans la littérature économique. En effet, si les premières théories de la demande de monnaie n’ont privilégié que la fonction « intermédiaire des échanges » : la monnaie n’est pas détenue pour elle-même parce qu’elle n’est utile que pour effectuer des transactions (théorie quantitative de la monnaie, Ecole de Cambridge). Par contre, pour Keynes, elle est considérée comme un actif demandé pour plusieurs motifs.

De façon générale, l’ensemble de ces analyses cherche à étudier les facteurs qui justifient la détention de monnaie par des agents économiques, et les facteurs qui poussent ceux-ci à détenir une partie ou la totalité de leurs richesses sous forme liquide ou monétaire.

Les fondements de la demande de monnaie

Le terme demande de monnaie évoque à la fois un concept et une fonction. Si le concept de la demande de monnaie relève de la notion d’encaisse monétaire, l’idée d’une fonction de demande de monnaie résulte de l’interprétation de l’équation quantitative qui constitue les principales réflexions monétaires.

La notion d’encaisse monétaire

La demande de monnaie est une encaisse monétaire désirée. Il appartient à Léon Walras en 1874 d’avoir eu la première intuition de la demande de monnaie, lorsqu’il emploi l’expression d’encaisse désirée. Nous trouvons sous la plume de certains économistes anglo-saxons, le terme voisin de « cash balance » et dans l’œuvre de M Rueff la notion d’encaisse désirée elle-même.

L’encaisse monétaire d’un agent est la quantité de monnaie qu’il détient, quelle que soit la raison de cette détention. La demande de monnaie est donc une demande de détention de monnaie ; il s’agit de raisonner sur la monnaie détenue et non sur la monnaie utilisée. Pour parler comme G Bramoullé (1998), lorsqu’un agent utilise sa monnaie, il l’offre en échange des biens, des services ou des titres qu’il demande et s’il utilise toute sa monnaie, sa demande de monnaie est nulle. Ce n’est que lorsqu’il conserve de la monnaie « en caisse » qu’il effectue une demande de monnaie. Ainsi, l’agent qui retire des billets au guichet de sa banque pour effectuer un achat n’est pas un demandeur de monnaie : il transforme sa monnaie scripturale (monnaie par écriture) en monnaie manuelle ou fiduciaire pour mieux offrir sa monnaie. E James en 1965 va encore plus loin, pour lui, même si les billets sont empruntés, « l’emprunt suivi immédiatement d’une dépense ne saurait apparaitre comme une demande pure : l’offre suit de trop près la demande ». Par contre la monnaie peut être détenue pour être utilisée plus tard. D’où la monnaie est considérée comme une réserve de valeur.

La demande de monnaie est une encaisse nominale ou une encaisse réelle

La demande d’encaisse monétaire peut être formulée en termes nominaux c’est-à-dire exprimés en unité de compte (d’encaisse monétaire nominale), ou on peut l'exprimer en pouvoir d'achat (encaisse monétaire réelle) selon que les agents soient, ou non, soumis au phénomène d’illusion monétaire.

La demande de monnaie est une encaisse instantanée ou une encaisse moyenne

Si la demande de monnaie peut être appréciée à chaque instant, mais la plupart du temps le raisonnement se fait sur un intervalle de temps au lieu d’un temps bien précis. Dans le cas d’une analyse de période, la demande de monnaie peut prendre trois acceptions différentes : l’encaisse disponible en début de période, l’encaisse disponible en fin de période, ou l’encaisse moyenne sur la période. Cette dernière est l’acception la plus couramment utilisée, ce qui fait de la demande de monnaie une demande d’encaisse moyenne. Ainsi, un agent disposant en début de période d’une certaine dotation de signes monétaires dans laquelle il puise régulièrement pour effectuer ses dépenses, aura une demande de monnaie sur la période considérée, même s’il épuise toute sa dotation initiale : sa demande de monnaie sera donnée par le niveau moyen de son encaisse sur la période.

La demande de monnaie : encaisse active vs encaisse oisive (thésaurisée)

Dans l’exemple précèdent, les agents sont censés utiliser complètement leur dotation initiale de monnaie ; mais il est possible qu’à la fin de la période, il reste une quantité de monnaie inutilisée. Angell (1937) a alors proposé de qualifier de monnaie active la quantité de signes monétaires utilisées, et de monnaie oisive celle qui ne l’est pas. Dans le même d’ordre d’idée, Newlyn (1962) propose ainsi de réserver l’appellation de monnaie d’active aux signes monétaires utilisées dans les seules transactions génératrices de revenu. Ce qui permet de soutenir que les épargnes faites par les agents économiques auprès des institutions financières ne peuvent être considérées comme de la monnaie oisive.

M. Abdoulaye CAMARA

 

2025-05-08

Le prix plancher et le marché du travail des « aides ménagères » au Mali

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°26)

La précédente « Série : Economie en question (N°25) » m’a permis de présenter le prix plafond. Dans la présente Série, je mets l’accent sur le prix plancher.

Contrairement au prix plafond qui s’adresse aux vendeurs (en les obligeant à vendre à un prix inférieur au prix d’équilibre du marché) ; le prix plancher s’adresse aux acheteurs. Eh bien ! vous avez bien lu, le prix plancher vise les « acheteurs » ! Effectivement, le prix plancher est le prix minimal qu’un acheteur est obligé de payer pour acheter un produit (bien ou service).

Ce prix aura un effet sur le fonctionnement du marché uniquement quand il est fixé par les autorités à un niveau supérieur au prix assurant l’équilibre du marché. Le prix planche vise à faire le « bonheur » des vendeurs en fixant un prix de vente supérieur à celui atteint par l’équilibre du marché.

Quels effets le prix plancher a-t-il sur un marché ?

Ce prix aussi en biaisant le bon fonctionnement des marchés concurrentiels produit des effets pervers. Ces effets sont principalement la création d’un excès d’offre, une baisse de prix des produits qui y sont soumis (existence de marché NOIR) ; et le gaspillage des ressources de l’économie dont la plus importante est le temps.

Une application au Marché du travail

Sur le marché du travail par exemple, le prix plancher porte le nom de « salaire minimum interprofessionnel garanti » au Mali. Il est formellement interdit au Mali sauf cas exceptionnel de payer mensuellement un travailleur en dessous de ce salaire ou prix plancher du travail qui est de 40.000 F CFA (231 F CFA par heure) au Mali en 2025.

Le marché des « aides ménagères » au Mali par exemple coche globalement toutes les cases instituant une structure de marché concurrentielle. Ceci étant le cas, le salaire d’équilibre sur ce marché fluctue entre 10.000 F CFA à 15.000 F CFA à Bamako en fonction des périodes de l’année.

Inutile de dire que ce prix d’équilibre est inférieur au prix plancher fixé par les autorités maliennes, soit 40.000 F CFA. Que se passerait-il si, les autorités maliennes décident de l’application effective du salaire plancher de 40.000 F CFA ?

Comme l’économie positive le présente supra : (1) une augmentation du chômage sur ce marché à la suite de deux effets combinés. Les ménages se trouvant dans l’incapacité de payer le salaire plancher vont remercier leurs « aides ménagères ». En plus, certaines personnes qui n’étaient pas prêtes à travailler au prix d’équilibre du marché vont vouloir maintenant intégrer le marché du travail des « aides ménagères ». (2) l’exacerbation du chômage va logiquement pousser certaines « aides ménagères » à accepter des salaires mensuels beaucoup plus faibles que le salaire plancher. Et donc, les pousser à accepter le travail au noir. (3) Cette intervention par le truchement du salaire plancher sur le marché de travail des « aides ménagère » induira aussi du gaspillage de ressources dans la mesure où les personnes qui cherchent du boulot vont passer plus de temps à chercher du travail et aussi celles qui ne trouveront pas de travail seront des ressources inutilisées. Alors que celles-ci pouvaient travailler si les autorités n’avaient pas intervenu en fixant le salaire plancher de 40.000 F CFA.

En définitive, l’interventionnisme extérieur sur un marché concurrentiel en tentant de contrôler ses prix, quelle que soit la raison ne peut que rapetisser la taille du « gâteau » économique. Par contre, il peut devenir salutaire sur les structures de marché de concurrence imparfaite (monopole, oligopole et concurrence monopolistique).

Madou CISSE

FSEG

2025-05-01

Le prix plafond !

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°25)

La présente « Série : Economie en question » met la focale sur les aspects théoriques de la mise en œuvre du prix plafond.

Le prix plafond désigne le prix nominal maximal auquel un vendeur est autorisé à vendre un bien ou un service spécifique. Ce prix est imposé au vendeur par une autorité extérieure au fonctionnement du marché (par exemple un Gouvernement).

A quelles conditions le prix plafond peut avoir des effets positifs sur le fonctionnement d’un marché ?

(1)    Ce prix n’aura aucun impact s’il est fixé à un niveau supérieur au prix courant du marché (c’est-à-dire le prix auquel le bien ou le service est déjà vendu avant l’intervention de l’autorité). Donc, pour qu’il ait des effets probants, le prix plafond doit être fixé en dessous du prix courant du marché. Par exemple, si le kilo du sucre est vendu à 700 F CFA, seul un niveau de prix plafond inférieur à ce montant peut avoir des effets probants sur le fonctionnement du marché du sucre.

(2)   Le prix plafond a des effets s’il est imposé sur un marché dont le fonctionnement n’est pas concurrentiel (existence de défaillance de marché ; les défaillances de marché sont traitées ici : https://cequejepensemali.blogspot.com/2024/08/serie-economie-en-question-n6-les.html ). Autrement dit, le prix plafond devient utile quand l’écart entre le prix courant du marché et le prix qui aurait pu être fixé en situation de concurrence est important. Et le prix plafond contribuera à réduire cet écart.

Que se passerait-il malgré que le marché soit concurrentiel, une autorité fixe un prix plafond sur ce marché ?

Si le marché est concurrentiel, cela suppose qu’il n’y a pas d’écart entre le prix courant du marché et le coût unitaire de production du bien ou du service vendu sur ce marché. Si malgré tout, une autorité fixe un prix plafond ; cela veut dire qu’elle oblige les vendeurs à vendre en dessous de leurs coûts unitaires de production (c’est-à-dire à faire des pertes). Ce qui ne peut être soutenable de leur part. Ils vont majoritairement arrêter la vente du bien ou du service soumis au prix plafond. Conséquence logique de ce retrait massif des vendeurs, c’est la baisse de la quantité à vendre sur le marché. Cela poussera le prix courant à la hausse (à un niveau supérieur à celui qui prévalait avant l’intervention de l’autorité sur le marché). Comme il y a interdiction de vendre au-dessus du prix plafond ; les ventes vont maintenant se faire au « NOIR » (le marché souterrain). Conséquence médiate de ce phénomène, c’est la mauvaise allocation du bien ou du service qui voit le jour parmi les consommateurs (ceux qui sont informés et qui sont riches peuvent avoir plus de ce dont ils ont besoin ; tandis que les moins informés et les pauvres vont galérer).

En définitive, l’intervention d’une autorité sur un marché concurrentiel (par exemple, le marché de détail du sucre ; le marché de détail de l’huile ; le marché de détail du lait) conduirait à une diminution de la quantité à vendre et à un niveau de prix plus important. Pour dire tout net, elle conduit à moins de bien-être économique. Par contre, si le marché est défaillant, son intervention ne peut être que salutaire. Comme cela est le cas sur les marchés monopolistique (par exemple, le marché de l’électricité), oligopolistique (par exemple, le marché du transport interurbain) et concurrentiel monopolistique (par exemple, le marché du carburant).

Madou CISSE

FSEG

EDM et l’Etat du Mali, que faire ?

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