2026-05-28

Parlons d’externalités

Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°55)

Parmi les causes de défaillance des marchés – traitées ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2024/08/serie-economie-en-question-n6-les.html – y figurent en bonne place les externalités.

La présence des externalités dans une activité écarte cette dernière de l’atteinte de son niveau de fonctionnement optimal. C’est pour cette raison que les tenants de la l’économie orthodoxe ne rechignent pas à l’idée d’une régulation desdites activités.

Il y a externalité dans une activité quand le comportement d’un agent impacte – négativement ou positivement – celui d’un autre et que l’impact causé par ce comportement n’est pas pris en charge par un mécanisme de compensation.

Un exemple d’une externalité positive : une augmentation du taux de vaccination des enfants contre une maladie transmissible augmente mécaniquement le niveau global de protection de la communauté contre ladite maladie. Sauf que le bien-être généré par cette couverture vaccinale accrue ne fait l’objet d’aucune compensation financière. Dit autrement, les enfants vaccinés qui contribuent à casser la chaine de transmission de la maladie ne bénéficient pas de compensation financière !

Un exemple d’une externalité négative : une usine qui rejette dans le fleuve Niger ses eaux usées alourdit par ce comportement les coûts de purification de l’eau du fleuve Niger pour une entreprise en agrobusiness se servant de cette eau pour arroser ses plantes. S’il n’y a pas de compensation financière consécutive au comportement de l’usine ; il y a alors existence d’une externalité négative.

Les deux formes externalités (positives et négatives) n’impactent pas les activités économiques et sociales de la même manière. Si les externalités négatives rendent supérieurs les coûts sociaux aux coûts privés ; les externalités positives font baisser les premiers par rapports aux seconds.

La conséquence directe de l’impact de ces externalités sur les coûts sociaux fait qu’une externalité négative conduit à une surconsommation des ressources tandis que les externalités positives contribuent à une sous consommation des ressources. C’est pour cette raison, quand il y a externalité ; qu’elle soit positive ou négative, l’intervention extérieure dans l’activité doit être encouragée.

Madou CISSE / FSEG


2026-05-21

Aléa moral : une application à l’aviculture

Temps de lecture : 4 min

Dans le précédent numéro de mon blog publié la semaine passée et disponible ici https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/05/asymetrie-dinformation-que-faire-face.html, j’ai mis en évidence que dans toute activité humaine où il y a : (1) divergence d’intérêts ; (2) asymétrie d’information de type aléa moral et (3) existence de réponses institutionnelles via les contrats ou d’autres moyens incitatifs doit être traitée selon les préceptes établis par la théorie de l’agence ou théorie du Principal-Agent.

Rémunération : théorie du Principal-Agent

Le présent numéro met l’accent sur les recommandations faites par ladite théorie relativement aux formes de rémunération à mettre en place quand les trois principales conditions déjà énumérées sont remplies.

La théorie soutient qu’il existe deux principales formes de rémunération pouvant être mises en œuvre dans les situations où un Principal ou propriétaire confie à un Agent ou employé l’exécution d’une tâche.

Le Principal peut décider de fixer un salaire mensuel ou hebdomadaire à l’Agent ou tout autre type de rémunération fixe. Dans cette éventualité, le propriétaire rend automatiquement indépendante la rémunération du travailleur de sa productivité. Dans ce premier type de rémunération, les conclusions de la théorie sont implacables. Elle soutient sans ambiguïté qu’en fixant un montant fixe de rémunération à l’employé, ce dernier ne fournira pas les efforts nécessaires susceptibles de maximiser les résultats issus de la tâche à exécuter. Il pourrait se contenter juste des niveaux d’efforts en dessous desquels le principal peut le renvoyer ! Dit autrement, avec une rémunération fixe, l’Agent fera le service minimum.

La meilleure forme de rémunération que recommande la théorie et qui doit être mise en place par le Principal est de lier la rémunération de l’Agent à sa productivité. Cette liaison dans sa forme la plus aboutie conduit à la franchise.

Aviculture et rémunération des travailleurs

L’aviculture comme dans toutes les activités de production, la relation Principal-Agent est indispensable.

La rémunération des gardiens des bâtiments avicoles au Mali par exemple s’inscrit logiquement dans ce type de relation. Au Mali, malheureusement, les propriétaires optent le plus souvent pour la première forme de rémunération que la théorie déconseille fermement. Car avec une telle forme de rémunération, le gain collectif (part du propriétaire dans la recette totale et celle de l’employé) demeure minimisé.

Tandis qu’en optant pour une rémunération du gardien positivement corrélée à sa productivité, le gain collectif issu du bâtiment avicole sera maximisé. En tout cas avec cette forme de rémunération, le gardien fournira les efforts nécessaires conduisant à maximiser ses avoirs et par ricochets ceux du Principal aussi.

Madou CISSE / FSEG

2026-05-14

Asymétrie d’information : que faire face aux aide-ménagères ?

 Temps de lecture : 5 min

Selon vous, quels sont les points communs entre les deux (02) situations suivantes : (a) les actionnaires d’une banque malienne confient la gestion de leur banque à un Directeur Général (DG) et (b) une malienne confie l’exécution de ses travaux ménagers à une aide-ménagère ou « bonne » ?

Dans les deux cas de figure ainsi présentés, on peut noter que le Directeur Général et la « bonne » travaillent tous les deux sous les ordres d’autorités qui leur sont hiérarchiquement supérieures – pour le DG, ce sont les actionnaires et pour la « bonne » c’est sa Patronne. En plus, dans leurs relations respectives (Actionnaires-Directeur Général d’un côté et Patronne-« bonne » de l’autre) ; l’existence de divergence d’intérêts ne peut être écartée. Par exemple, pendant que le DG désirerait améliorer sa propre condition (à travers son salaire, son logement, sa voiture, etc.), les actionnaires veulent plus de dividende. De même pour la « bonne » ; quand cette dernière désirait faire le minimum de travaux puis se reposer, la patronne escompterait sur un rendement maximal. Un autre point commun entre les deux situations est que le DG et la « bonne » sont les seuls à décider les efforts nécessaires qu’ils veulent déployer au quotidien dans l’accomplissement de leurs tâches respectives (aléa moral).

Dans les activités quotidiennes de la vie, des situations semblables à celles du DG et de la « bonne » sont légion. Ce sont des situations dans lesquelles il y a (1) divergence d’intérêts entre les parties ; (2) détention d’information privée – ou asymétrie d’information de type aléa moral.

Théorie de l’agence ou théorie du Principal-Agent

Heureusement, pour de telles situations, la bonne nouvelle est qu’il existe des mécanismes incitatifs que les actionnaires ou la Patronne peuvent mettre en place pour gommer ces divergences d’intérêts et amener leurs travailleurs respectifs à agir comme ils le souhaiteraient.

En sciences économiques, les préceptes développés par la théorie de l’agence ou théorie du Principal-Agent sont mobilisés pour apporter des solutions aux défaillances causées par de telles situations.

Cette théorie est toujours mobilisée dans les cas où il y a (1) divergence d’intérêts ; (2) asymétrie d’information de type aléa moral et (3) existence de réponses institutionnelles via les contrats ou d’autres moyens incitatifs.

Dans le but d’inciter le DG et la « bonne » à fournir les efforts nécessaires conduisant au rendement maximal de leurs parts ; les actionnaires et la Patronne doivent leur assurer des conditions de travail dans lesquelles ils constatent que la fourniture de l’effort optimal est la seule situation qui peut leur assurer à eux-mêmes le bien-être le plus élevé !

Concrètement, les actionnaires et la Patronne doivent permettre que le DG et la « bonne » soient les premiers bénéficiaires des retombées de toutes les initiatives qu’ils prendront dans le cadre de l’exécution quotidienne de leurs tâches respectives.

A la lumière des solutions que préconise la théorie de l’agence, dans toute relation Principal-Agent, comme celle qui existe entre Patronne et « bonne », la pire des choses à faire dans une telle situation est l’usage de la menace. Par contre, seules les mesures incitatives appropriées doivent avoir voix au chapitre pour un déploiement de l’effort optimal de la part de l’Agent à savoir la « bonne » qui est malheureusement la seule dépositaire de cet effort.

Madou CISSE / FSEG

2026-05-07

La polygamie ou le dilemme du prisonnier

Temps de lecture : 3 min

La vie est comme une scène de jeux à ciel ouvert. Un jeu suppose l’existence de quatre principales choses. Les règles du jeu, les joueurs, les actions ou stratégies à entreprendre et les paiements (positifs ou négatifs). Dans la vie de tous les jours, les Hommes sont en interactions perpétuelles et pour atteindre leurs objectifs, ils sont obligés de mettre en œuvre diverses stratégies qui leur apportent des gains ou pertes appelés les paiements. Et tout cet écosystème est soumis dans son fonctionnement à diverses règles relevant des us et coutumes ou du droit positif.

Les Hommes en participant de manière quotidienne aux différents jeux, atteignent ce que les théoriciens des jeux appellent « équilibre » ; situation dans laquelle chaque joueur joue sa meilleure stratégie ou meilleure action.

Parmi la multitude de jeux qui existe et à laquelle les Hommes participent au quotidien, il y a un jeu qui est devenu célèbre par sa capacité à décrire moult situations de la vie réelle. Ce jeu est appelé très à propos « le dilemme du prisonnier ».

Toute situation de la vie réelle dans laquelle les joueurs en interaction ne coopèrent pas pour faire émerger une solution consensuelle doit être considérée comme un jeu non coopératif. Songez par exemple aux antagonismes qui existent entre coépouses dans les foyers polygames; ou aux oppositions entre partis politiques ou aux différends entre pays en temps de guerre etc.

Si en plus de cette non coopération entre les joueurs, la solution à laquelle les joueurs aboutissent est moins optimale (moins meilleure) que celle qu’ils pouvaient avoir s’ils coopéraient ; alors le jeu en question portera le sobriquet de « dilemme du prisonnier ».

Par exemple, dans un foyer polygame, généralement, au lieu que les coépouses créent un climat de coopération entre elles ; les femmes du foyer s’inscrivent dans un jeu non coopératif. En optant pour un tel choix, la situation du foyer deviendrait moins stable que si les femmes avaient opté pour la coopération (jeu coopératif). Une telle situation présente exactement les conditions d’équilibre dépeintes par la théorie du dilemme du prisonnier.

Ce même résultat où la coopération entre les parties est meilleure – car conduisant à de meilleures conditions que la non coopération – est visible dans les pays en guerre ou entre pays en guerre. Dans la mesure où l’instauration d’un jeu coopératif conduirait à moins de souffrance que celle d’un jeu non coopératif où chaque partie s’arcboute à ses positions tout en évitant de pleinement saisir les conditions de coopération possibles.

Madou CISSE / FSEG

Marché de l’appel voix mobile : des marges de manœuvres existent toujours en termes de baisse de prix unitaire

Temps de lecture : 4 min Le secteur des télécommunications à l’image de toutes les industries de réseaux va de pair avec l’existence de ma...