2026-06-04

Les forages d’eau « gratuits » et la dure réalité des externalités négatives

Temps de lecture : 5 min

Dans ma publication de la semaine précédente sur les spécificités théoriques des externalités disponible ici, https://cequejepensemali.blogspot.com/2026/05/parlons-dexternalites.html j’y avais affirmé que les externalités négatives imposent une surconsommation des ressources pendant que les externalités positives induisent toujours leur sous consommation.

La théorie économique sur l’impact des externalités sur le fonctionnement des activités est on ne peut plus claire. Elle soutient qu’en présence d’externalités négatives, il faut que les coûts sociaux induits par leur présence soient internalisés. Cette idée appliquée à la pollution environnementale a donné naissance au célèbre principe du « pollueur-payeur » qui tire ses sources des travaux pionniers du Maître de Cambridge (Angleterre) Arthur Cecil Pigou au début du 20ème siècle.

Forage « gratuit » mais…

Au Mali, il n’est pas rare de voir des personnes de « bonne de volonté » dans nos quartiers et villages faire des forages et les mettre gracieusement à la disposition des populations. Cette pratique bien que louable sur plan le social présente beaucoup d’inefficacité d’un point de vue économique.

Un forage mis gratuitement à la disposition des populations d’une zone devient inefficace économiquement parce que cette pratique impose automatiquement des coûts sociaux inhérents aux externalités négatives.

En optant pour la gratuité d’accès au forage et sans limitation d’usage, comme la théorie le prévoit avec acuité entraine une surconsommation de l’eau disponible. Dans ce cas spécifique, les usagers du forage « gratuit » surutilisent le forage. Cette pratique conduit toujours à un amortissement accéléré du forage (pompe, tuyaux, et les autres installations connexes). Un tel environnement conduit inéluctablement à l’arrêt définitif du service car les externalités négatives seront à l’œuvre !

Que faire alors ?

Ce qu’il ne faut jamais faire, c’est de laisser le forage sans la moindre régulation. Ceci dit, il faut toujours instaurer soit une régulation visant le prix soit une régulation par les quotas.

La régulation par le prix doit permettre de fixer un montant minimal ou social – qui est normalement inférieur au prix du marché de l’eau dans la localité d’implantation du forage – Ce niveau de prix loin d’être optimal du point de vue du marché a quand-même le mérite d’internaliser une partie des coûts sociaux qu’imposent les utilisateurs du forage.

La régulation par le truchement des quotas journaliers et par usager du forage aboutit elle aussi à tailler dans les effets externes liés aux externalités négatives. Cette pratique des quotas demande des efforts de collecte d’information de la part du mécène sur les différents utilisateurs réels et potentiels du forage afin qu’elle devienne efficace comme mesure.

Une autre variante de la méthode des quotas consiste à fixer une plage horaire au cours de laquelle la fourniture de l’eau devient possible et en dehors de cette plage la fourniture n’est plus possible.

En définitive, faire un forage « gratuit » pour une population donnée ne serait jamais une activité pérenne sans aucune forme de régulation à cause des externalités négatives qu’une telle activité impose. Car en faisant fi de la régulation, tôt ou tard (à long terme) la fourniture de l’eau du forage cessera parce qu’aucune fraction des coûts sociaux imposés par les comportements des usagers n’est internalisée ce qui devient un terreau fertile pour la surconsommation de l’eau du forage « gratuit ».

M. Madou CISSE / FSEG

Les forages d’eau « gratuits » et la dure réalité des externalités négatives

Temps de lecture : 5 min Dans ma publication de la semaine précédente sur les spécificités théoriques des externalités disponible ici, htt...