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Série : Economie en question (N°59)
Étienne-Gabriel Morelly (1717-1778) auteur du
Code de la nature en 1755 disait que « la propriété est la mère de tous
les crimes et d'obstacle à toute sociabilité ». À sa suite, Pierre-Joseph
Proudhon (1809-1865) soutenait que « toute propriété est du vol ».
Karl Marx (1818-1883) renchérissait en disant que le capitalisme prospérait sur
l’exploitation du prolétariat (les travailleurs) par les bourgeois
capitalistes. Et pour soutenir cette thèse, il a développé sa théorie de la
plus-value.
Création de la plus-value
Karl Marx a développé sa thèse en partant de
la division de la circulation des activités économiques déjà faite par Aristote
(-384 à -322) en chrématistique naturelle et en chrématistique mercantile.
La première forme de circulation – la
chrématistique naturelle – permet à toute personne de satisfaire ses besoins
par la vente de sa force de travail en échange d’autres biens et services.
Cette activité, selon l’auteur de la théorie de la plus-value est dépourvue de
toute forme d’exploitation des travailleurs. Car ces derniers vendent leurs
forces de travail (leurs marchandises « M ») contre de l’argent
« A » afin d’acquérir de nouvelles marchandises « M’ ». Dans cette forme d’échangent les travailleurs acquièrent la valeur totale
des efforts fournis. D’où le schéma M – A – M’.
Exemple : un enseignant donne des cours à domicile (il vend sa marchandise
ou sa force de travail « M » aux parents d’élèves) en contrepartie il
est payé par heure à 10.000 FCFA (argent « A ») qu’il va utiliser
pour acheter de l’essence (marchandise « M’ »). A ce stade, il
n’y a ni de plus-value, ni exploitation de l’enseignant !
Dans la deuxième forme de circulation – la
chrématistique mercantile – le capitaliste, disposant une somme d’argent (A)
achète une marchandise (M) qui devient son capital (K). En combinant ce K et la
force de travail (L) des travailleurs ; il produit un bien ou un service
(Q) qu’il vend à une somme d’argent A’ qui est logiquement supérieure à A. D’où le
nouveau schéma : A – M ou K – A’.
L’écart positif entre A’ et A est appelé par Marx la plus-value (A’- A = PV).
D’où vient cette plus-value ?
La réponse de Marx à cette interrogation est
implacable. Seul le travail crée de la valeur ! par conséquent, la
plus-value est créée exclusivement et entièrement par la force des
travailleurs. Sans cette force point de plus-value. Car pour lui, le capital
(K) seul ne peut être échangé contre de l’argent (A’) supérieur à sa valeur d’acquisition
initiale.
Exploitation des travailleurs
La plus-value étant créée selon Marx par
l’intervention du travail seulement dans le processus de production ; si
toute la plus-value n’est pas donnée aux travailleurs, il y a forcément
exploitation de ces derniers par le capitaliste. Dans la mesure où ce dernier
en apportant sa marchandise (son capital qui est improductif) capte indument
une partie de la plus-value créée par les travailleurs. Donc, il exploite
forcément les travailleurs.
Exemple : un enseignant donne cours dans une école privée. Les capitaux
sont apportés par le promoteur de l’école. Ce dernier paye l’enseignant au taux
horaire de 6.000 F CFA. Conformément à la thèse de Marx, cet enseignant fait en
réalité un cours qui vaut plus que 6.000 F CFA (par exemple 10.000 F CFA) ;
mais le promoteur s’accapare de 4.000 F CFA qui aussi sont logiquement le
fruit du travail de l’enseignant – car selon lui, seul le travail crée la plus-value
–. Donc, le promoteur vit exclusivement de l’exploitation de l'enseignant. Et pour
que cette exploitation cesse, l’enseignant doit être payé à 10.000 F CFA l’heure.
La thèse de la plus-value ainsi défendue par
K Marx prend à contrepied celle défendue par les économistes classiques qui l’ont
précédé, tels que D. Ricardo qui l’inspira, A Smiths etc. car pour ces derniers,
le salaire est la rémunération du travail effectué par le travailleur et par
conséquent, les travailleurs ne sont pas exploités par les capitalistes.
Au-delà des critiques et adhésions que cette
théorie de la plus-value soulève sur le plan éthique relativement au
fonctionnement des activités économiques spécifiquement sur les liens entre
travailleurs et employeurs ; il y a une réalité irréfragable qui demeure,
à savoir que les relations économiques sont quotidiennement les résultats de rapports de force. Est-ce que la présence de ceux-ci conduit toujours à une
exploitation d’une partie au profit d’une autre ? La réponse à cette question
demeure toujours irrésolue.
Madou CISSE / FSEG
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