2025-11-20

Orthodoxie économique vs hétérodoxie économique

Temps de lecture : 7min

Série : Economie en question (N°35)

Quand il s’agit de proposer des politiques économiques, les économistes de par leurs ancrages idéologiques et méthodologiques se scindent en deux camps principaux : les économistes orthodoxes (ou mainstream) et les économistes hétérodoxes.

Au plan idéologique, l’orthodoxie économique considère que :

  • (1) les activités économiques sont animées par des acteurs possédant une rationalité parfaite (qu’elle appelle à dessein les homo-œconomicus) ;
  • (2) les homo-œconomicus dans toutes leurs activités économiques sont maximisateurs et soumis à des contraintes. S’ils sont consommateurs, ils maximisent leurs utilités (issues de la consommation des biens et services ; de l’arbitrage entre travail et loisir ; de l’arbitrage entre la consommation présente et la consommation future ou capital) ; s’ils sont producteurs ils maximisent leurs profits (pour atteindre cet objectif, ils doivent arbitrer entre les quantités de travail et de capital nécessaires à la production de leurs biens et services) ;
  • (3) l’économie mainstream considère que les agents économiques (homo-œconomicus) évoluent sur des marchés concurrentiels qui peuvent atteindre l’équilibre après ajustement de l’offre et de la demande rendu possible par la flexibilité des prix. C’est partant de cette dernière hypothèse que l’orthodoxie économique parvient à étudier les principaux marchés – biens et services, travail, capital, monnaie, change – en admettant toujours l’existence sur ces différents marchés des courbes d’offre et de demande. C’est en s’appuyant sur cette idéologie du marché capable de s’autoréguler (concurrence oblige) que les économistes orthodoxes s’opposent généralement à l’intervention d’acteurs extérieurs tels que les Etats sur les marchés.

Au plan méthodologique

Les économistes orthodoxes font (1) des analyses micro-fondées. Car pour eux, un agent économique (homo-œconomicus) est représentatif de tous les autres agents économiques. Ce qui leur permet d’inférer du comportement de cet agent représentatif ceux de tous les acteurs économiques impliqués dans une activité économique (consommation et production). (2) ils utilisent généralement des outils d’analyses d’inférences mathématiques, statistiques et économétriques basés des données quantitatives. (3) leurs recherches sont principalement hypothético-déductives.

Positionnement idéologique des économistes hétérodoxes

L’hétérodoxie économique naît de la remise en cause des idéologies orthodoxes ainsi que leurs approches méthodologiques. L’un des premiers à faire cela fut John Maynard Keynes.

A l’instar de Karl Polanyi, les économistes hétérodoxes soutiennent que l’économie doit toujours être « encastrée » dans les structures sociales, politiques et culturelles de la société. C’est sur cette base que :

  • (1) ils rejettent sans ménagement l’hypothèse de la rationalité parfaite des orthodoxes en lui substituant la rationalité limitée ou procédurale– du coup, les agents économiques ne sont plus des homo-œconomicus mais des homo sapiens ;
  • (2) ils n’adhèrent pas non plus à l’idéologie exclusive de la maximisation sous contraintes ; car pour eux d’autres objectifs peuvent être visés par les agents économiques, par exemple l’atteinte d’objectifs sociaux ;
  • (3) ils considèrent enfin, que les marchés sont loin d’être organisés de manière parfaitement concurrentielle ; bien au contraire, pour eux, l’économie est dominée principalement par des structures de marchés relevant de la concurrence imparfaite (monopole, oligopoles à produits homogènes ou à produits hétérogènes et la concurrence monopolistique). Et que cette forme d’organisation peut donner des pouvoirs importants aux acteurs qui vont leur permettre de contrôler les prix par un ajustement des quantités. D’où, pour les hétérodoxes, l’autorégulation des marchés est une chimère ! Par conséquent, les interventions extérieures doivent être la règle afin d’aiguillonner les marchés vers l’efficacité d’allocation des ressources de l’économie.

Au plan méthodologique

Les hétérodoxes prônent la pluralité des méthodes qui passe par l’usage de multiples sources de données (qualitatives et quantitatives). Ils combinent les outils qualitatifs et quantitatifs d’analyses et de traitement des données. Leurs approches de recherche peuvent être déductive, inductive ou abductive.

Principales écoles de pensées

Les économistes orthodoxes appartiennent du point de vue idéologique à une des écoles suivantes : l’école Classique ; néo-classique ou marginaliste ; l’école monétariste ; la nouvelle économie classique (NEC).

Les économistes hétérodoxes puisent leurs idéologies des enseignements d’une des principales écoles de pensée suivantes : les marxistes ; les keynésiens, les post-keynésiens ; les néo-keynésiens ; les nouveaux keynésiens (ou nouvelle économie keynésienne (NEK)) ; les institutionnalistes ; les ultralibéraux (école autrichienne) etc.

Les orthodoxes et les hétérodoxes bâtissent toutes leurs réflexions économiques (les politiques économiques) partant de leurs idéologies respectives présentées ci-dessus. Leurs réflexions sur des thématiques spécifiques ne doivent pas être en porte à faux avec les principes fondateurs de leurs ancrages idéologiques. C’est pour cela que sur le marché de la monnaie par exemple, les orthodoxes soutiennent la neutralité de la monnaie pendant que les hétérodoxes prônent le contraire.

Madou CISSE / FSEG

2025-11-13

Pénurie de carburant : les autorités doivent « casser » la dynamique des anticipations autoréalisatrices des consommateurs

Temps de lecture : 7 min

Le dérèglement des chaines d’approvisionnement en carburant des grandes villes du sud du Mali par le fait de groupes de bandits armés a créé des situations de pénurie d’essence et de gasoil dans ces villes.

La situation de pénurie est constatée en économie sur le marché d’un produit si sa demande excède son offre de manière durable. Et c’est ce que je constate sur le marché malien du carburant (essence et gasoil) dans certaines grandes villes maliennes depuis deux (02) mois. Malheureusement, la dynamique de la pénurie peine à être résorbée.

Séquences de la pénurie

L’économie positive enseigne que le revenu des acheteurs, le prix du produit, le prix des autres produits (substituables ou complémentaires), le nombre des acheteurs, les préférences des acheteurs, les anticipations des acheteurs, la localisation spatiale du produit sont les principaux déterminants de la demande de ce produit.

La demande des produits pétroliers (essence et gasoil par exemple) ne fait pas exception à cette détermination.

Une analyse séquentielle de la situation de pénurie des produits pétroliers dans les villes maliennes me permet de constater que l’attaque des convois de citernes par des bandits armés s’interprète à la lumière des préceptes de l’économie positive par un déplacement de la courbe d’offre – conséquence directe de la baisse du nombre des offreurs des produits pétroliers– ce qui conduit à une baisse des quantités offertes de ces produits pour une demande des consommateurs maliens inchangée. Après ce premier choc (lié à l’offre), malheureusement, un second choc de demande s’est greffé aux conséquences du déplacement de la courbe d’offre. Il s’agit dans cette nouvelle phase une variation dans les anticipations des consommateurs maliens de produits pétroliers. Ce changement dans les anticipations des consommateurs s’interprète par une augmentation de la demande (déplacement de la courbe de demande) pour toute offre donnée.

La combinaison de ces deux chocs successifs premièrement une baisse importante de l’offre par rapport à son niveau d’avant crise ; deuxièmement une importante augmentation de la demande impulsée par les anticipations des consommateurs maliens a conduit à la situation de quasi chaos à laquelle les maliens assistent présentement devant les stations-service.

Le venin des anticipations autoréalisatrices

Avant le retour à la normale se traduisant par un déplacement de la courbe d’offre vers son niveau d’équilibre d’avant crise ; je constate que le seul levier que les autorités peuvent actionner est celui de la courbe de demande. Dit autrement, elles peuvent déplacer la courbe de demande des produits pétroliers des grandes villes vers sa position d’avant crise. Comment ?

Les autorités maliennes doivent « casser » impérativement les anticipations des consommateurs maliens qui sont principalement des anticipations autoréalisatrices – en se ruant vers les stations-service dans le but d’éviter d’éventuel manque de carburant, les consommateurs maliens de produits pétroliers par un tel comportement contribuent à l’exacerbation de la pénurie – afin d’être capables de déplacer la courbe de demande des produits pétroliers.

« Casser » les anticipations autoréalisatrices

Le coup de grâce peut être porté aux attitudes d’anticipations autoréalisatrices des consommateurs maliens des produits pétroliers principalement par le moyen du rationnement. Je pense qu’en plus de l’interdiction de l’usage des bidons par les ménages ; les autorités doivent passer à l’étape de fixation de quotas journalier par type d’engin. Par exemple, les voitures personnelles (plaque d’immatriculation à fond blanc, 10.000 F CFA ; plaque d’immatriculation à fond rouge 25.000 F CFA) ; les motos 2.000 F CFA pour les Jakarta ; 5.000 F CFA pour celles qui interviennent dans la production (Télimani, Kata-Kata-ni etc.). Les camions et autres gros porteurs peuvent être autorisés à faire le plein. Pour les entreprises, des autorisations spéciales délivrées par leurs différentes chambres doivent leur permettre d’atteindre leurs objectifs quotidiens de demande de carburant.

Les gains du rationnement

Je trouve que la mise en œuvre de telles mesures de rationnement serait utile car, elle permet (1) d’instaurer des comportements de sobriété chez les consommateurs tant voulus par les autorités (2) d’extraire une part importante de la population active malienne de devant les stations-services en les injectant davantage dans la production (3) de réduire significativement le temps de latence des consommateurs devant les stations-service (4) de faire baisser la pression sur les différentes stations-service tout en prolongeant l’intervalle de temps de ravitaillement des stations-service et donc, par ricochet allonger de quelques jours les intervalles de temps pouvant séparer le convoiement des citernes.

Quelle garantie ai-je pour soutenir que « casser » les anticipations autoréalisatrices des consommateurs maliens des produits pétroliers par le mode de rationnement décrit supra marchera ? La réponse se trouve dans la proposition suivante : les maliens sont raisonnables pour ne pas dire rationnels et ils ne peuvent que répondre favorablement aux incitations comme tous les consommateurs de par le monde.

Madou CISSE

FSEG

2025-11-06

Le capital, c’est quoi pour les économistes ?

Temps de lecture : 2 min

Série : Economie en question (N°34)

La fonction de production néoclassique fait dépendre les quantités des biens et services produites dans une économie des quantités de facteurs travail et capital utilisées. Si la conceptualisation du facteur travail est claire et ne pose pas de problème ; celle du capital (si l’économiste n’est pas attentif) peut être souvent source de beaucoup de confusion !

Alors qu’est-ce que le capital pour les économistes ?

Pour donner la réponse à la question posée, je paraphrase les Economistes Classiques en soutenant que le capital représente le détournement de tout bien ou service  de la consommation présente vers la production et la consommation future.

C’est partant de cette définition que les économistes ont toujours considéré que tous les biens et services qui sont utilisés dans la production, donc « détournés » de la consommation présente pour un temps bien sûr doivent porter le nom capital.

C’est l’application pratique de la définition précédente qui conduit à l’éclosion de moult formes de capital qui sont toutes obtenues en accolant au nom capital des adjectifs qualificatifs. Ce qui conduit à la formation par exemple, de capital physique, capital financier, capital productif, capital improductif, capital humain, capital immobilier, capital monétaire etc.

Quand un économiste dit « capital » sans adjectif qualificatif épithète accolé au mot capital, cela signifie toujours qu’il fait référence à tous les biens et services qui ont été détournés de la consommation immédiate et dirigées vers la production de nouveaux biens et services qui pourront être consommés dans le futur. Et s’il veut être spécifique, il utilisera l’épithète spécifique qui cadre avec l’objectif à atteindre.

Madou CISSE

FSEG

2025-10-30

La théorie des avantages comparatifs, une théorie vraie et rigoureuse

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°33)

Esther Duflo dans le livre qu’elle a co-écrit avec son mari, Abhijit V. Banerjee « Économie utile pour des temps difficiles » raconte l’anecdote où Stanisław Ulam (1909 – 1984) Mathématicien défia Paul Anthony Samuelson (1915 –2009) Economiste de lui donner une théorie en sciences sociales qui soit à la fois vraie et rigoureuse. En guise de réponse le « dernier Economiste Généraliste » lui cita la théorie des avantages comparatifs (TAC) de David Ricardo (1772 – 1823).

La théorie des avantages comparatifs figure sur la short liste des théories économiques les plus populaires. Et pourtant, elle semble être la théorie la moins comprise de toutes ! Elle est devenue une théorie économique passe partout ! Pendant que sa compréhension se noie dans les fantasmes.

Cristiano Ronaldo (CR7) est un joueur de football très athlétique. En admettant que CR7 doit jouer dans les disciplines suivantes : Football (un contre un), sprint de cent mètres, tennis (simples messieurs), marathon et enfin le bras de fer contre le professeur d’économie du Lycée Dougoukolo Konaré de Kayes (LDKK). Il est loisible de penser que CR7 dominera le professeur d’économie dans les cinq (05) disciplines sportives retenues. Donc, CR7 est plus fort que le prof dans les toutes les disciplines ainsi présentées !

Question : est-ce que CR7 doit-il opter pour les cinq (05) disciplines ou faire autrement ?

Comme il est meilleur que le prof d’économie dans les cinq (05) disciplines retenues, il est tentant de conseiller CR7 de se performer quotidiennement dans les cinq. Donc, continuer toujours à écraser notre prof d’économie ! Une telle approche est-elle efficace (maximum de gain possible au minimum de coût ?) pour CR7 lui-même ? et pour le prof d’économie ?

C’est en répondant à cette question que toute la subtilité de la TAC va poindre le nez. Suivant les conclusions du modèle hypothético-déductif présenté par Ricardo, il est préférable pour CR7 de ne pas du tout chercher à se performer dans les cinq (05) disciplines mais choisir une ou deux disciplines par exemple.

Pour aider CR7 à choisir sa discipline, la TAC lui suggère de choisir la discipline dans laquelle il est le plus performant relativement aux autres. Dit autrement, CR7 doit choisir la discipline sportive parmi les cinq (05) qui lui assure le niveau de coût (dans le cas d’espèce le coût physique principalement) le plus faible mis en perspective par rapport à ceux qu'il supporte dans les autres disciplines.

Ce choix va lui permettre d’engranger plus de performance et permettre aussi à notre prof de choisir une discipline dans laquelle il est le meilleur par rapport aux quatre autres disciplines en termes de coûts. Ainsi CR7 et le prof d’économie vont atteindre ensemble un niveau collectif de bien-être qui serait plus important que si chacun d’eux se performait indifféremment dans les cinq (05) disciplines sportives.

Pensez qu’un pays X qui dispose d’un tissu industriel moins développé qu’un pays Y ne peut pas faire des transactions commerciales « win-win » avec ce dernier, n’a rien à voir avec la théorie des avantages comparatifs. Par contre, perdre de vue la principale intuition de la TAC conduit à confondre les conclusions de la TAC avec celles de la théorie des avantages absolus qui sont très loin d’être vraies et rigoureuses.

Madou CISSE

FSEG

2025-10-23

Rendements d’échelle et économies d’échelle deux concepts importants de la théorie du producteur

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°32)

Dans un processus de production de biens ou services, à partir de quel niveau de production faut-il arrêter la production ?

La réponse à la question ainsi posée est donnée par deux concepts : les rendements d’échelle et les économies d’échelle.

Le premier cité utilise le volume de production pour décider du niveau de production à partir duquel la production doit être arrêtée et le second quant à lui s’appuie sur l’évolution du coût total moyen de production pour en décider.

Les rendements d’échelle mesurent l’impact d’une augmentation des facteurs de production (travail et capital) dans les mêmes proportions sur le volume de production. Ils peuvent être soit croissants, soit constants soit décroissants. Les économies d’échelle existent quand le coût total moyen baisse au fur et à mesure que la production augmente.

En guise de réponse à la question posée, une entreprise doit toujours augmenter son volume de production tant qu’une augmentation dans les mêmes proportions des facteurs de production augmente plus que proportionnellement son volume de production (donc, quand il y a existence de rendements d’échelle croissants). Il est utile de comprendre en creux que quand les rendements d’échelle sont décroissants la production doit être arrêtée au niveau de production précédemment atteint.

En utilisant le concept d’économie d’échelle, une entreprise doit augmenter son niveau de production tant que son processus de production génère des économies d’échelle. Par contre, la production doit être stoppée quand l’entreprise enregistre dans son processus de production des déséconomies d’échelle (surtout quand cette situation conduit à des profits négatifs) !

Il faut noter que les rendements d’échelle croissants conduisent à l’existence des économies d’échelle. Mais la réciproque n’est pas toujours vraie ! Car les économies d’échelle peuvent exister sans une existence préalable des rendements d’échelle croissants.

Madou CISSE

FSEG

2025-10-16

Pénurie d’essence au Mali : l’économie positive a tout prédit

 Temps de lecture : 7 min

Actuellement, il n’est pas rare de voir des nuées humaines autour des stations-service à Bamako ainsi que dans d’autres grandes villes du Mali. Leur objectif peut être résumé en quatre mots : « avoir de l’essence » ! Ces scènes spectaculaires et quasi quotidiennes sont la résultante des perturbations de la chaine logistique d’approvisionnement en carburant de tout le pays par le fait de bandits armés. Ces derniers s’attaquant aux convois d’hydrocarbures. Quelle analyse l’économie positive fait-elle d’une telle situation ?

Point de vue de l’économie positive

L’économie positive soutient que sur le marché des biens et services la variation d’un déterminant autre que le prix du bien ou du service entraine un déplacement parallèle soit de la courbe d’offre soit de la courbe de la demande par rapport à sa position initiale ceteris paribus. En plus, elle admet que si c’est l’offre qui baisse en ayant en face une demande inchangée ; cela conduit inéluctablement à une pénurie.

L’économie positive a toujours aussi soutenu que dans un tel contexte – baisse de l’offre en présence d’une demande inchangée ou pénurie – le nouvel équilibre se fait avec un prix de vente du bien ou du service supérieur à celui du précédent équilibre.

L’économie positive enfin soutient que, quelle que soit la cause de la pénurie, elle est source de trois (03) principales formes d’inefficacité. (1) le gaspillage de temps. En situation de pénurie, les agents économiques (surtout les ménages et les entreprises) passent plus de temps qu’à l’accoutumée à chercher le produit. Ce qui constitue un véritable gaspillage de la principale ressource d’une économie à savoir le temps. (2) une allocation inefficace du produit en question. En fonction de la solidité des relations que peut avoir chaque citoyen avec les fournisseurs du produit ; certains peuvent avoir ledit produit en quantité excédentaire pendant que d’autres ne parviennent même pas à avoir une quantité infime. (3) mise en place de marchés illégaux ou marchés noirs. La pénurie conduit à la création de marchés noirs échappant à tout contrôle légal ; ce qui constituera une source de manque à gagner direct et important pour les finances publiques.

Confirmation des préceptes de l’économie positive

Actuellement, sur le marché malien de l’essence, c’est la courbe d’offre de l’essence qui enregistre un déplacement parallèle par rapport à sa position précédente. Car les bandits armés en proférant des menaces d’attaques contre les citernes d’hydrocarbure dissuadent certains importateurs. Ce qui conduit à une baisse du nombre d’offreurs. Or le nombre d’offreurs est un déterminant majeur de l’offre d’essence. Une baisse du nombre des importateurs d’essence entraine logiquement une baisse de l’offre de ce produit. Cette baisse crée alors un gap entre les quantités offertes et les quantités demandées, qui elles, sont restées inchangées. C’est la supériorité de la demande d’essence au Mali sur l’offre d’essence consécutive à un rétrécissement de cette dernière que les économistes appellent « pénurie d’essence ». C’est exactement ce qui est constaté sur le marché malien de l’essence présentement dans les différentes grandes villes du Mali.

Avant la crise, les stations-service qui offraient le litre de l’essence à 700 F CFA (comme les stations-service NDC, fixent actuellement 775 F CFA le prix plafond). C’est exactement un tel comportement aussi que l’économie positive avait prédit. A savoir l’établissement d’un nouveau prix d’équilibre supérieur à celui qui était fixé avant la période de pénurie.

Quid des autres sources d’inefficacité ? (1) Il n’est pas rare de passer des heures à attendre son tour devant les stations-service afin d’être ravitaillé. Ces heures consacrées à la recherche de carburant sont consacrées en temps « normal » à d’autres activités socio-économiques ; qui ne peuvent être malheureusement exécutées tant que la pénurie perdure ! (2) Ce qui est sûr, les citoyens qui ont des relations sociales avec les gérants ou pompistes des stations-service offrant l’essence vont logiquement être en situation excédentaire ; tandis que ceux qui n’ont point de tels avantages peuvent être en situation déficitaire. (3) En ces temps de pénurie d’essence, il n’est pas rare de voir le litre vendu sur le marché noir ou informel à des prix variant de 1.500 F CFA à 2.000 F CFA par endroit. Situation exactement prédite par les préceptes de l’économie positive une fois encore de plus !

Que faire maintenant ?

La pénurie d’essence est une réalité implacable dans les villes maliennes. Et tant que la chaine logistique d’approvisionnement reste perturbée, l’offre d’essence restera insuffisante par rapport à la demande toutes choses égales par ailleurs ! Alors, que faire dans ces conditions ? L’économie positive répond sans détour. Elle préconise un déplacement parallèle de la courbe de demande. Autrement dit, elle soutient une baisse pure et simple de la demande d’essence. Dans le cas d’espèce, il faut : (1) que les agents économiques optent pour des comportements sobres en exécutant que les utilisations contraintes de l’essence. (2) que les autorités rationnent l’essence en fixant des quantités maximales journalières par type d’utilisateur. Afin d’atteindre ce dernier objectif, les autorités doivent saisir toutes les opportunités d’incitation concourant à l’atteinte de celui-ci.

Madou CISSE

FSEG

2025-10-09

Monnaie commune de l’AES, une analyse coût-bénéfice

 

Temps de lecture : 11 min

La concrétisation de la monnaie commune (Eco) des douze pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à l’horizon 2027 mettrait de facto les trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) hors de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA). Dans un tel scénario qui est loin d’être hypothétique, que doivent faire les pays de l’AES ?

Si les pays de l’AES optent pour la création d’une monnaie commune, alors la problématique de la zone monétaire « optimale » refera surface. Dans une telle éventualité, il ne serait pas inopportun de savoir à quelles conditions la nouvelle zone monétaire « AES » serait optimale ?

Réponse de Robert Mundell

La réponse à la question cruciale posée ci-dessus a été donnée en 1961 par l’économiste canadien R. Mundell. Selon ce dernier, l’adoption d’une monnaie commune par plusieurs pays aboutit à une zone monétaire optimale, si les bénéfices liés à l’adoption de la monnaie commune sont supérieurs aux coûts qu’impose cette adoption.

La théorie de la zone monétaire optimale présentée par R. Mundell soutient que l’adoption d’une monnaie commune par différents pays produit un avantage microéconomique et un avantage macroéconomique. D’un point de vue microéconomique, la monnaie commune supprime en même temps les coûts de transaction liés au change ainsi que l’incertitude liée aux niveaux des taux de change. Ce double avantage relatif au taux de change ne peut que faciliter les échanges des biens et services, et la mobilité des capitaux entre les pays participant à l’union monétaire. Au plan macroéconomique, l’adoption de la monnaie commune permet aux pays membres d’accorder leurs politiques monétaires. Ce qui empêcherait chacun des pays de la zone monétaire de mettre en place des politiques monétaires de dévaluation compétitive.

Ces deux avantages microéconomique et macroéconomique doivent être mis en regard du principal coût qu’impose la mise en œuvre d’une monnaie commune. A savoir, l’impossibilité pour chaque pays de mettre en œuvre une politique monétaire solitaire. Car, dans une union monétaire, la politique monétaire est prise en charge par la banque centrale de l’union. Dans un tel cas, les pays de manière individuelle ne peuvent plus utiliser l’outil monétaire comme levier de politique économique afin de relancer leurs économies respectives ou de les freiner en cas de surchauffe. Pour le dire autrement, l’union monétaire fait perdre à chaque pays l’instrument de la politique monétaire !

Zone monétaire AES

Les pays de l’AES en quittant l’UMOA pour une monnaie commune AES rétablissent automatiquement les « frontières monétaires » vis-à-vis des douze pays de la CEDEAO qui seront détenteurs de l’Eco. Ce départ leur fait perdre le double avantage microéconomique déjà évoqué supra vis-à-vis des douze pays de la CEDEAO ; mais, en partant de l’UMOA, ils regagnent leur autonomie en termes de politique monétaire vis-à-vis de ladite zone.

Question : un tel scénario serait-il favorable aux pays de l’AES ?

Balance coûts-Bénéfices

Les données des transactions commerciales des pays de la zone AES montraient en 2023 et 2024 que les exportations de biens des trois (03) pays de l’AES couvraient respectivement 57,35% et 68% des importations totales qu’ils ont effectuées auprès des pays de la CEDEAO et du reste du monde. Sur la même période, les transactions inter pays de l'AES ne dépassaient pas une moyenne de 7% des exportations totales et moins de 5% des importations totales.

Il ressort des données disponibles que les deux premiers partenaires commerciaux en termes d’importations de biens et services du Mali et du Burkina Faso qui représentaient en 2024 près de 90% des importations de biens de l’espace AES sont la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Les deux pays ont fourni en moyenne près de 25% des importations de biens du Mali et du Burkina Faso en 2023 et environ 19% de leurs importations en 2024. Pendant que sur la période considérée, la Côte d’Ivoire achetait en moyenne moins de 5% des exportations du Mali et du Burkina Faso pendant que le Sénégal en achetait moins de 3%.

Ces données prouvent à suffisance que la balance commerciale de l’AES est déficitaire vis-à-vis des pays de la zone CEDEAO. Les exportations de biens de la zone AES ne couvrent qu’un peu plus de 60% de leurs importations totales de biens. Ce qui permet de déduire que près de 40% des importations de biens de l’AES doivent être couvertes par un stock supplémentaire de devises étrangères. Ce besoin en devises étrangères peut augmenter à la suite du départ des trois pays de l’AES de la zone UMOA. Car dans une telle éventualité, les importations de biens des pays membres de l’AES faites auprès de la Côte d’Ivoire et du Sénégal soit près de 25% en moyenne en 2023 seront désormais réglées en devise (c’est-à-dire en Eco). Cela augmenterait davantage – par rapport à la situation avant départ de l’UMOA – le stock de devises étrangères nécessaires pour régler les importations de biens des pays de l’AES.

Alors que faire pour amoindrir le choc du départ de l’AES de l’UMOA ? (1) chercher à établir un mécanisme de convertibilité entre les monnaies des deux zones (CEDEAO et AES). Un tel mécanisme permettrait aux deux zones de ne pas passer par une devise étrangère dans le cadre de leurs transactions des biens et services et des capitaux. Ce qui allégerait le stock de devises à mobiliser par les pays de l’AES qui présentent des balances commerciales déficitaires vis-à-vis de la zone Eco. (2) les pays de l’AES doivent promouvoir davantage le consommé local. En optant pour une telle stratégie, cela réduirait de manière sensible leurs déficits commerciaux vis-à-vis de leurs principaux partenaires commerciaux (la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Ghana, le Nigéria, la chine et l’Inde). Dans cette perspective, chercher à augmenter les capacités de production et de raffinage des infrastructures pétrolières du Niger dans le cadre d’un programme confédéral de développement ; afin de bénéficier à toute la zone AES les économies d’échelle qui pourraient être créées à l’échelle de la confédération. (4) opter pour un taux de change géré. Un tel taux laissera quelques marges de manœuvre aux autorités monétaires de l’AES dans l’utilisation du levier de la politique monétaire.

La dépendance économique des pays de l’AES des pays de la zone CEDEAO qui peut être expliquée en partie par leur continentalité et le faible niveau de développement de leurs tissus industriels permet d’affirmer qu’un départ de la zone UMOA leur serait préjudiciable au plan microéconomique en élevant leurs coûts de transactions et en instaurant une réelle incertitude quant au taux de change. Par contre, la zone AES pourrait récupérer le levier de politique monétaire. En mettant les gains et les coûts de leur départ de la zone UMOA sur les plateaux d’une balance Roberval, elle penchera à lumière des seuls chiffres du commerce extérieur de la zone AES à court terme du côté des coûts liés à leur départ. A long terme, à la suite d’un développement réel du secteur productif de la zone AES, les bénéfices pourraient poindre le nez à l’horizon. D’ici là, le véritable danger qui guetterait la zone monétaire de l’AES est une possible « Ecoïsation » de l’économie de ladite zone. Si un tel scénario se réalisait, nous assisterions à l’accomplissement de la loi de Gresham dans la mesure où la mauvaise monnaie pour les Etats de l’AES à savoir l’Eco chasserait de la circulation la bonne monnaie celle qui sera adoptée par les pays de l’AES comme monnaie commune.

Madou CISSE

FSEG

Marché de l’appel voix mobile : des marges de manœuvres existent toujours en termes de baisse de prix unitaire

Temps de lecture : 4 min Le secteur des télécommunications à l’image de toutes les industries de réseaux va de pair avec l’existence de ma...