2025-10-09

Monnaie commune de l’AES, une analyse coût-bénéfice

 

Temps de lecture : 11 min

La concrétisation de la monnaie commune (Eco) des douze pays de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) à l’horizon 2027 mettrait de facto les trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) hors de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA). Dans un tel scénario qui est loin d’être hypothétique, que doivent faire les pays de l’AES ?

Si les pays de l’AES optent pour la création d’une monnaie commune, alors la problématique de la zone monétaire « optimale » refera surface. Dans une telle éventualité, il ne serait pas inopportun de savoir à quelles conditions la nouvelle zone monétaire « AES » serait optimale ?

Réponse de Robert Mundell

La réponse à la question cruciale posée ci-dessus a été donnée en 1961 par l’économiste canadien R. Mundell. Selon ce dernier, l’adoption d’une monnaie commune par plusieurs pays aboutit à une zone monétaire optimale, si les bénéfices liés à l’adoption de la monnaie commune sont supérieurs aux coûts qu’impose cette adoption.

La théorie de la zone monétaire optimale présentée par R. Mundell soutient que l’adoption d’une monnaie commune par différents pays produit un avantage microéconomique et un avantage macroéconomique. D’un point de vue microéconomique, la monnaie commune supprime en même temps les coûts de transaction liés au change ainsi que l’incertitude liée aux niveaux des taux de change. Ce double avantage relatif au taux de change ne peut que faciliter les échanges des biens et services, et la mobilité des capitaux entre les pays participant à l’union monétaire. Au plan macroéconomique, l’adoption de la monnaie commune permet aux pays membres d’accorder leurs politiques monétaires. Ce qui empêcherait chacun des pays de la zone monétaire de mettre en place des politiques monétaires de dévaluation compétitive.

Ces deux avantages microéconomique et macroéconomique doivent être mis en regard du principal coût qu’impose la mise en œuvre d’une monnaie commune. A savoir, l’impossibilité pour chaque pays de mettre en œuvre une politique monétaire solitaire. Car, dans une union monétaire, la politique monétaire est prise en charge par la banque centrale de l’union. Dans un tel cas, les pays de manière individuelle ne peuvent plus utiliser l’outil monétaire comme levier de politique économique afin de relancer leurs économies respectives ou de les freiner en cas de surchauffe. Pour le dire autrement, l’union monétaire fait perdre à chaque pays l’instrument de la politique monétaire !

Zone monétaire AES

Les pays de l’AES en quittant l’UMOA pour une monnaie commune AES rétablissent automatiquement les « frontières monétaires » vis-à-vis des douze pays de la CEDEAO qui seront détenteurs de l’Eco. Ce départ leur fait perdre le double avantage microéconomique déjà évoqué supra vis-à-vis des douze pays de la CEDEAO ; mais, en partant de l’UMOA, ils regagnent leur autonomie en termes de politique monétaire vis-à-vis de ladite zone.

Question : un tel scénario serait-il favorable aux pays de l’AES ?

Balance coûts-Bénéfices

Les données des transactions commerciales des pays de la zone AES montraient en 2023 et 2024 que les exportations de biens des trois (03) pays de l’AES couvraient respectivement 57,35% et 68% des importations totales qu’ils ont effectuées auprès des pays de la CEDEAO et du reste du monde. Sur la même période, les transactions inter pays de l'AES ne dépassaient pas une moyenne de 7% des exportations totales et moins de 5% des importations totales.

Il ressort des données disponibles que les deux premiers partenaires commerciaux en termes d’importations de biens et services du Mali et du Burkina Faso qui représentaient en 2024 près de 90% des importations de biens de l’espace AES sont la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Les deux pays ont fourni en moyenne près de 25% des importations de biens du Mali et du Burkina Faso en 2023 et environ 19% de leurs importations en 2024. Pendant que sur la période considérée, la Côte d’Ivoire achetait en moyenne moins de 5% des exportations du Mali et du Burkina Faso pendant que le Sénégal en achetait moins de 3%.

Ces données prouvent à suffisance que la balance commerciale de l’AES est déficitaire vis-à-vis des pays de la zone CEDEAO. Les exportations de biens de la zone AES ne couvrent qu’un peu plus de 60% de leurs importations totales de biens. Ce qui permet de déduire que près de 40% des importations de biens de l’AES doivent être couvertes par un stock supplémentaire de devises étrangères. Ce besoin en devises étrangères peut augmenter à la suite du départ des trois pays de l’AES de la zone UMOA. Car dans une telle éventualité, les importations de biens des pays membres de l’AES faites auprès de la Côte d’Ivoire et du Sénégal soit près de 25% en moyenne en 2023 seront désormais réglées en devise (c’est-à-dire en Eco). Cela augmenterait davantage – par rapport à la situation avant départ de l’UMOA – le stock de devises étrangères nécessaires pour régler les importations de biens des pays de l’AES.

Alors que faire pour amoindrir le choc du départ de l’AES de l’UMOA ? (1) chercher à établir un mécanisme de convertibilité entre les monnaies des deux zones (CEDEAO et AES). Un tel mécanisme permettrait aux deux zones de ne pas passer par une devise étrangère dans le cadre de leurs transactions des biens et services et des capitaux. Ce qui allégerait le stock de devises à mobiliser par les pays de l’AES qui présentent des balances commerciales déficitaires vis-à-vis de la zone Eco. (2) les pays de l’AES doivent promouvoir davantage le consommé local. En optant pour une telle stratégie, cela réduirait de manière sensible leurs déficits commerciaux vis-à-vis de leurs principaux partenaires commerciaux (la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Ghana, le Nigéria, la chine et l’Inde). Dans cette perspective, chercher à augmenter les capacités de production et de raffinage des infrastructures pétrolières du Niger dans le cadre d’un programme confédéral de développement ; afin de bénéficier à toute la zone AES les économies d’échelle qui pourraient être créées à l’échelle de la confédération. (4) opter pour un taux de change géré. Un tel taux laissera quelques marges de manœuvre aux autorités monétaires de l’AES dans l’utilisation du levier de la politique monétaire.

La dépendance économique des pays de l’AES des pays de la zone CEDEAO qui peut être expliquée en partie par leur continentalité et le faible niveau de développement de leurs tissus industriels permet d’affirmer qu’un départ de la zone UMOA leur serait préjudiciable au plan microéconomique en élevant leurs coûts de transactions et en instaurant une réelle incertitude quant au taux de change. Par contre, la zone AES pourrait récupérer le levier de politique monétaire. En mettant les gains et les coûts de leur départ de la zone UMOA sur les plateaux d’une balance Roberval, elle penchera à lumière des seuls chiffres du commerce extérieur de la zone AES à court terme du côté des coûts liés à leur départ. A long terme, à la suite d’un développement réel du secteur productif de la zone AES, les bénéfices pourraient poindre le nez à l’horizon. D’ici là, le véritable danger qui guetterait la zone monétaire de l’AES est une possible « Ecoïsation » de l’économie de ladite zone. Si un tel scénario se réalisait, nous assisterions à l’accomplissement de la loi de Gresham dans la mesure où la mauvaise monnaie pour les Etats de l’AES à savoir l’Eco chasserait de la circulation la bonne monnaie celle qui sera adoptée par les pays de l’AES comme monnaie commune.

Madou CISSE

FSEG

2025-10-02

Prohibition de l’importation de la farine de blé et des pâtes alimentaires au Mali, un vrai sophisme économique

Les prohibitions commerciales font partie des pratiques sophistiques combattues sans ménagement par les économistes orthodoxes – des Classiques à la nouvelle économie Classique en passant par les Monétaristes – partisans de la liberté de circulation, donc du laissez-faire.

La preuve de leur opposition aux pratiques commerciales restrictives ou prohibitives transparaissait déjà dans ces propos savamment écrits en 1854 par Frédéric Bastiat : « Je ne suis pas de ceux qui disent : La protection s’appuie sur des intérêts. – Je crois qu’elle repose sur des erreurs, ou, si l’on veut, sur des vérités incomplètes. Trop de personnes redoutent la liberté pour que cette appréhension ne soit pas sincère. » Sophismes économiques, Petits pamphlets I, page 1.

Pourtant, malgré le rabâchage des inefficacités occasionnées par la mise en œuvre des pratiques restrictives ou prohibitives de la part des économistes orthodoxes, ces pratiques sont toujours omniprésentes dans nos économies contemporaines. Pour preuve, les autorités maliennes de la transition ont interdit depuis le 11 août 2023 l’importation de la farine de blé et des pâtes alimentaires jusqu’à nouvel ordre par le biais de l’arrêté interministériel n°2023-1960 /MIC-MEF-SG.

En réalité, tous les décideurs ou Hommes politiques qui mettent en œuvre les mesures restrictives (à travers les taxes ou les quotas) ou prohibitives sont toujours de bonne foi ! Mais malheureusement, l’économie est loin d’être simplement une question de bonne foi ! Car ne dit-on pas que les souffrances des Hommes résultent de leurs erreurs ?

Parmi la panoplie de raisons pouvant être évoquées pour justifier la mise en œuvre de telles mesures sophistiques, je retiens celles-ci : la promotion des intérêts nationaux, l’indépendance du pays vis-à-vis de l’étranger, la sauvegarde du travail national et la protection des industries nationales naissantes face à la concurrence étrangère.

Toutes ces raisons évoquées supra peuvent être considérées comme louables ! Défendre son pays contre les agressions surtout externes est une très bonne chose. Sauf, qu’au plan économique, la défense du pays ne peut être ramenée à l’échelle de la défense militaire. Surtout quand le pays a souscrit au crédo du libéralisme économique et social.

Pourquoi la prohibition de l’importation de la farine de blé et des pâtes alimentaires relève-t-elle du sophisme économique ? Et Quelles sont les conséquences inéluctables d’une telle pratique pour un pays comme le Mali ?

Prohibition commerciale côté pile et côté face

A vue d’œil une prohibition de l’importation est une bonne chose. Sous un tel angle, la prohibition permet de restreindre les entrées des produits incriminés. Ce qui du coup contribue à redonner du pouvoir de marché aux entreprises domestiques, car la prohibition les met à l’abri de la concurrence étrangère. Pour la même demande, la prohibition contribue ainsi à booster la demande des produits des entreprises domestiques ; dans la mesure où celles-ci peuvent désormais satisfaire la demande résiduelle laissée vacante par les entreprises étrangères ne pouvant plus avoir accès au marché domestique. Dans le but de satisfaire cette demande résiduelle, les entreprises domestiques accroissent logiquement leurs capacités de production. Cette augmentation de capacités productives des entreprises nationales doit déboucher normalement sur une hausse de leurs niveaux d’embauche. Cette hausse de la demande de travail venant desdites entreprises devrait in fine produire la baisse du niveau de chômage du pays. Cette baisse du niveau de chômage serait plus significative d’autant plus que l’empreinte du secteur bénéficiant de la prohibition serait importante sur le marché national du travail.

C’est l’analyse côté face de la prohibition qui permet de révéler au grand jour la réalité sophistique de l’interdiction de l’importation des produits comme dans le cas malien. Tous les supposés « bienfaits économiques » de la prohibition présentés supra « côté pile » occultent avec fracas les consommateurs des produits. Toute cette analyse est déroulée par les supporteurs de la prohibition ou des mesures restrictives qui ont à leur tête les producteurs et leurs lobbies en ignorant purement et simplement les consommateurs. Inutile de soutenir qu’une économie n’est pas composée exclusivement de producteurs qui ont en face d’eux un Etat. En plus, l’analyse de la prohibition côté pile considère le travail comme une fin en soi et non un moyen. Et enfin, les fervents supporteurs de la prohibition (principalement les producteurs et leurs lobbies) apprécient mal l’impact de la prohibition sur la richesse du pays. Ces différentes erreurs d’appréciation servent de soubassement aux raisonnements sophistiques promouvant la prohibition de l’importation des produits.

Dégâts de la prohibition

Les producteurs maliens de farine et de pâtes alimentaires et leurs lobbies demandent la protection vis-à-vis de la concurrence extérieure parce qu’ils ne sont pas capables d’y faire face. En acceptant de donner une suite favorable à leur demande de prohibition, les décideurs politiques (qui peuvent être de très bonne foi) valident automatiquement la création de la rareté sur les marchés des produits visés. En quelque sorte ils donnent leurs quitus pour la diminution de la richesse des maliens. Au Mali, en 2022, les importations de pâtes alimentaires ont culminé à un peu plus de 16.094 tonnes pour une valeur marchande de près de 7,07 milliards de francs CFA. Dans la même année, ce sont près de 19.605,5 tonnes de farines de froment et de méteil qui ont été importées par les opérateurs économiques maliens pour une valeur estimée à un peu plus de 7,5 milliards de nos francs. En prohibant l’importation de ces deux produits, les autorités amputent la richesse des maliens de ces valeurs. En voulant rétorquer à l’analyse précédente, d’aucuns pourront dire que les entreprises nationales en prenant le relais vont satisfaire le gap ; en ce moment, il n’y aura pas de perte de richesse. Une telle réflexion doit être mise en face de la question suivante : comment les entreprises étrangères après avoir supporté les coûts de transport et de dédouanement parviennent-elles à se hisser au niveau des producteurs nationaux sur le territoire malien ? La réponse est évidente, c’est parce que les entreprises domestiques sont probablement inefficaces. Si tel est le cas, l’interrogation suivante s’impose : est-ce que les producteurs nationaux de farine et de pâtes alimentaires peuvent instaurer le niveau de farine et de pâtes alimentaires pré-prohibition sans augmenter à long terme leurs prix unitaires ? J’en doute.

Une autre argutie présentée par les prohibitionnistes est la promotion du travail national. Un tel raisonnement considère le travail comme un but ou une finalité et non un moyen. C’est comme si la tâche ultime des décideurs est d’augmenter le temps de travail. Ils oublient que leur principale tâche consiste à créer les conditions pouvant permettre l’accroissement de la richesse nationale et non le contraire ! Je note deux sophismes dans un tel argumentaire. En accédant à la demande des producteurs les autorités publiques au lieu « d’augmenter le travail » peuvent même le diminuer. Dans le cas du Mali, l’importation qui représente les achats de produits (farine et pâtes alimentaires) étrangers par les commerçants maliens est carrément enrayée. Ce qui veut dire que les autorités ont fait leur choix entre le secteur industriel et le secteur commercial. Par conséquent, elles décident de détruire le travail déjà bien établi dans le secteur du commerce au profit d’un hypothétique travail au niveau du secteur industriel. Je n’ai aucune envie de dire au lecteur que le signe du solde issu de ce processus n’est pas de prime abord en faveur des prohibitionnistes.

Un autre sophisme lié à cette argutie de la sauvegarde du « travail national » prend appui sur le fait que la prohibition dérègle l’allocation des facteurs de production (travail, capital et terre) dans l’économie malienne. En admettant que la concurrence empêcherait les producteurs nationaux à utiliser pleinement toutes leurs capacités de production déjà installées ; et qu’avec la prohibition qu’ils y parviendraient. Dans une telle éventualité, ils pourraient embaucher jusqu’à une pleine utilisation de leurs capacités respectives. Une chose est sûre et certaine, cette pleine utilisation serait impossible sans le « coup de pouce » des autorités. Ce qui laisse penser que le travail a été attiré vers un secteur en dehors de tout déplacement naturel de ce facteur. Ce processus de fonctionnement biaisé de l’économie malheureusement ne se limiterait pas au facteur travail. Ce qui se passerait une fois que les capacités installées avant la prohibition seraient pleinement utilisées, de nouvelles installations verront le jour dans le secteur protégé. Et ces installations ne verraient jamais le jour sans la prohibition. Et tous ces mouvements de travail et capital ainsi décrits seraient faits au détriment des autres emplois alternatifs qui seraient leurs destinations naturelles si la prohibition n’avait pas vu le jour. En définitive, la richesse globale du pays se contractera sans aucun doute. Et la faute à qui ? La faute à la prohibition !

Un dernier argument en défaveur de la prohibition est la tentation de son extension à d’autres secteurs. Dans les pays à économie de marché comme le Mali, presque tous les secteurs sont ouverts à la concurrence. En accordant un privilège à un secteur, les autorités politiques doivent se préparer à recevoir une avalanche de doléances venant d’autres secteurs, voulant eux aussi se mettre à l’abri de la concurrence. De vous à moi, quel producteur aime la concurrence dans ce bas monde ? Dans une telle perspective, les décideurs en accordant ce privilège destructeur aux producteurs de farine et de pâtes alimentaires doivent s’attendre à d’autres demandes venant de secteurs concurrentiels. Je regarde personnellement du côté des producteurs avicoles qui sont dos au mur ! Et en ce moment, quels arguments faut-il présenter à ceux-ci pouvant servir de base de rejet de leurs doléances qui deviennent du coup légitime dans un pays à économie de marché ?

Il ne fallait pas prohiber

Toute décision économique génère des coûts et des bénéfices. La prohibition n’est point au-dessus de ce principe économique. En vérité, une mesure prohibitive génère plus de coûts que de bienfaits. C’est vrai que la prohibition fait l’affaire des producteurs qui sont mis à l’abri de la concurrence étrangère. Ce qui pourrait leur permettre d’augmenter leurs prix en restreignant leurs productions et donc augmenter leurs profits. Tous les supposés bienfaits attribués à la prohibition ne sont que des sophismes économiques. Car au lieu d’augmenter le travail national (qui n’est même pas une fin en soi) le détruit en déréglant leurs affectations naturelles. Au lieu d’augmenter la taille du gâteau (richesse nationale) la comprime à travers les inefficacités qui la caractérisent. En fin, à travers l’effet de contagion qu’elle génère, elle peut conduire fatalement le pays dans le sillon tortueux du totalitarisme économique dont les préceptes ont été mis en échec par la liberté économique depuis belle lurette.

Madou CISSE

FSEG

2025-07-31

Pourquoi la courbe d’offre du marché des biens et services peut-elle être constante ou décroissante ?

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°31)

La courbe d’offre du marché des biens et services est-elle croissante ? décroissante ? constante ? ou inexistante ?

La bonne réponse à cette série de questions est, ça dépend !

Ça dépend de quoi ? (1) de la structure du marché des biens et services sur laquelle évoluent les entreprises ; (2) de l’horizon temporel retenu.

Si la structure du marché est monopolistique, il n’y a même pas question de courbe d’offre de marché pour le monopolaire. Car l’offre de biens et services du marché se définit comme étant les quantités de biens ou de services que les entreprises présentes sur le marché souhaitent vendre pour tout niveau de prix donné. Alors que sur une structure de marché de monopole le prix n’est point une donnée, mais il est fixé par le monopolaire (il est faiseur de prix). Donc, sur une telle structure de marché, la courbe d’offre du marché qui coïncide avec celle du monopoleur est quasi inexistante.

Par contre, si les entreprises évoluent sur une structure de marché concurrentiel (parfait ?) qui est un marché atomisé du côté de l’offre des biens et services ; alors, le prix devient une donnée pour toutes les entreprises qui y sont présentes. Elles ne disposent pas individuellement de pouvoir de marché. Sur une telle structure de marché, et en fonction de l’horizon temporel retenu, la courbe d’offre du marché peut être constante (horizontale) ; décroissante (inclinée vers le bas) ou croissante (inclinée vers le haut).

A courte terme, il est évidemment admis que sur le marché concurrentiel des biens et services les entreprises n’ont pas suffisamment le temps d’entrer ou de sortir du marché. Ceci étant, toute augmentation de la production (respectivement toute baisse de celle-ci), ne peut qu’entraîner une augmentation du coût marginal de production de l’entreprise (respectivement une baisse de celui-ci). C’est de cette augmentation du coût marginal de production qu’est inférée la croissance de la courbe d’offre du marché concurrentiel des biens et services à court terme. Donc, à court terme, sur une structure de marché concurrentiel, la courbe d’offre du marché est croissante (inclinée vers le haut).

A long terme, la libre entrée et la libre sortie des entreprises sur le marché deviennent possibles. Dans cette perspective, l’entrée de nouvelles entreprises sur le marché peut impacter les coûts de production de toutes les entreprises évoluant sur le marché du bien ou du service concerné. Si, l’entrée de nouvelles entreprises impacte les coûts de production à la hausse (existence d’externalités négatives par exemple) ; cela conduirait à une courbe d’offre de maché habituelle c’est-à-dire croissante, donc, une courbe d’offre de marché inclinée vers le haut.

Dans l’éventualité où, l’entrée de nouvelles entreprises impacte les coûts de production de toutes les entreprises présentes sur le marché à la baisse (par exemple, existence d’externalités positives) cela conduirait à une courbe de marché inhabituelle qui serait décroissante (donc, inclinée vers le bas).

Dans le cas où l’entrée de nouvelles entreprises sur le marché n’impacte pas du tout les coûts de production des entreprises déjà installées (cas d’une hypothèse d’école) ; la courbe d’offre du marché de biens et services demeurerait constante (donc, horizontale).

En définitive, pensez que la courbe d’offre du marché de biens et services est toujours croissante (c’est-à-dire inclinée vers le haut) est la règle qui semble être confirmée par des cas exceptionnels dans lesquels, la courbe d’offre du marché des biens et services peut être inhabituellement constante ou décroissante.

Madou CISSE

FSEG

2025-07-24

Economie d’endettement vs économie de marché

Temps de lecture : 6 min

Une Contribution de M. Abdoulaye CAMARA (enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC)

Une distinction forgée par John R Hicks en 1974 lorsqu’il s’exprimait sur « la crise de la pensée keynésienne ». Selon Hicks, « ces deux catégories ne sont pas seulement des notions empiriques, mais il voit dans leur introduction la source d’un profond renouvellement de la théorie monétaire ». Toute économie réelle combine nécessairement les deux formes de financement. Ainsi, les entreprises sont classées en deux secteurs. Si les unes satisfont leurs besoins de liquidités grâce à la détention d’actifs liquides, les autres sont soutenues par le système d’emprunt automatique.

Quelles sont les caractéristiques de ces deux formes de financement ?

Les États-Unis vont être les premiers à pratiquer l’économie de marché. Dans une économie de marché, les agents se procurent des ressources en émettant des titres sur les marchés des capitaux. Ces titres, émis par des agents non financiers comme par les institutions financières, sont souscrits principalement par les ménages, et le crédit bancaire ne joue qu’un rôle d’appoint (en complément). Dans une telle économie ou le rôle du crédit est marginal, l’investissement nécessite la constitution d’une épargne préalable et l’autofinancement des entreprises est souvent important. En revanche, l’Etat est très endetté, et les titres de la dette publique alimentent le marché des capitaux. Ce dernier, dans ces conditions, est un vaste marché, très liquide, ouvert à tous les agents, notamment aux banques. Quand les banques doivent faire face à des fuites suite à l’octroi de crédit, elles utilisent leur liquidité préexistante, mais mobilisent également leur portefeuille de titres. La vente, sur le marché monétaire (à savoir le marché interbancaire), d’une partie de ces titres leur permet de se procurer des réserves en monnaie centrale.

La banque centrale peut également intervenir sur ce marché dans le cadre de sa politique monétaire (surtout pour mener des politiques monétaires non conventionnelles). En achetant ou en vendant des titres, elle modifie la liquidité bancaire, et donc l’offre de crédit, selon la logique du multiplicateur.

Le fonctionnement d’une économie d’endettement est tout autre. Et à ne pas confondre avec l’économie endettée. Une  économie d'endettement est fondée sur une structure d’endettement à deux niveaux, à savoir, des entreprises auprès des banques, et des banques auprès de la banque centrale (comme dans le cas du Mali et presque tous les pays africains).

L’économie d’endettement représente un système de financement ou les crédits bancaires sont prépondérants car les entreprises ne trouvent pas sur les marchés financiers les ressources dont elles ont besoin. L’économie ainsi fondée sur la finance indirecte, ou les banques interviennent comme intermédiaires entre agents avec des  besoins de financement et agents à capacité de financement. Les banques ne peuvent cependant pas seulement transmettre aux agents emprunteurs des fonds préalablement collectés auprès des épargnants, en transformant les échéances.

En effet, une des caractéristiques de l’économie d’endettement est l’insuffisance d’épargne par rapport à l’investissement désiré. De fait, les entreprises sont endettées auprès du système bancaire, tout comme le système bancaire est endetté auprès de l’institut d’émission (la Banque Centrale). Les banques répondent à toutes les demandes de crédit à condition que celles-ci paraissent solvables (on retrouve le caractère endogène de la création monétaire). Dans ce contexte, le refinancement sur le marché monétaire auprès des autres banques ou des agents non financiers, ne suffit pas à répondre à leurs besoins de liquidité, et les banques doivent faire appel au refinancement de la banque centrale pour y satisfaire. Pour se procurer de la monnaie centrale, les banques empruntent auprès de la banque centrale, alors qu’en économie de marché, elles vendraient des titres sur le marché monétaire. La banque centrale ne peut se soustraire à cette demande de refinancement sous peine de compromettre la stabilité du système financier. Elle apparait ainsi comme le préteur en dernier ressort « contraint ».

En économie d’endettement, on retrouve le mécanisme du diviseur, puisque le système impose l’existence d’un prêteur en dernier ressort, par l’intermédiaire du refinancement de la banque centrale. Pendant qu’en économie de marché, c’est le mécanisme du multiplicateur qui prévaut.

M. Abdoulaye CAMARA

2025-07-17

+0,5% de pouvoir d’achat réel apporté par les majorations de la valeur du point d’indice

 Temps de lecture : 6 min

Le communiqué du Conseil des Ministres du 09 juillet 2025 (disponible à l’adresse https://sgg-mali.ml/ccm/communiqu-du-conseil-des-ministres-du-09-juillet-2025.pdf) présente en son point 2 un projet de décret portant majoration des traitements indiciaires des fonctionnaires de l’Etat et des Collectivités territoriales, des salaires de base du personnel de l’administration relevant du Code du Travail, du personnel enseignant contractuel de l’Etat et du personnel enseignant contractuel des Collectivités territoriales.

Focus sur la valeur du point d’indice

Les futures majorations présentées dans ledit projet de décret concrétisent en partie la mise en œuvre du Pacte de Stabilité sociale et de Croissance, signé le 25 août 2023 entre le Gouvernement, le Patronat et les Organisations syndicales.

Spécifiquement, ledit projet de décret présente trois (03) valorisations successives sur cinq (05) ans de la valeur du point d’indice, allant du 1er janvier 26 au 1er janvier 2030 pour une incidence financière estimée à 103.965.177.710 francs CFA sur cinq ans soit une incidence annuelle de près de 20,8 milliards de francs CFA.

La valeur du point d’indice augmentera de +22 F CFA sur la période du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2027 passant de 400 F CFA à 422 F CFA. Elle haussera pour compter du 1er janvier 2028 au 31 décembre 2029 de +23,21 F CFA par rapport aux 422 F CFA pour être fixée à 445,21 F CFA. Enfin, en janvier 2030, elle prendra un embonpoint de +24,48655 F CFA par rapport aux 445,21 F CFA de la précédente période pour être calée définitivement à 469,69655 F CFA.

Valorisation du point d’indice et pouvoir d’achat

L’analyse des futures augmentations promises par le Gouvernement de la Transition permet de noter que la valeur du point d’indice passera en cinq (05) ans de 400 F CFA à 469,69655 F CFA. Ce qui représente une hausse de 17,42% en cinq ans pour une augmentation annuelle moyenne de 3,484% de ladite valeur.

Ce gain de pouvoir d’achat annuel (soit +3,484%) par les fonctionnaires d’Etat et des Collectivités va être logiquement rogné par l’inflation. Sur la période 2020-2024 (soit cinq ans), le taux d’inflation annuel moyen au Mali a été 2,98% (https://fr.tradingeconomics.com/mali/inflation-cpi ). Ce niveau d’inflation me permet de soutenir qu’en définitive, le gain réel de pouvoir d’achat consécutif aux différentes majorations serait de +0,5% toutes choses égales par ailleurs. Evidemment, ce gain de pouvoir d’achat n’intègre pas les gains liés aux deux avancements catégoriels auxquels les fonctionnaires peuvent prétendre durant les cinq (05) ans que prendront les valorisations de la valeur du point d’indice. Même si c’est inutile de rappeler que ces mesures catégorielles d’augmentation des salaires sont marginales en termes d’impact réel sur le niveau de vie des fonctionnaires à court terme.

Une autre problématique importante que ces différentes majorations de la valeur du point d’indice mettent sur la table est relative à un éventuel impact de ces majorations sur le niveau de l’inflation au Mali (l’inflation créée par la demande).

Dans la mesure où les préceptes de l’économie standard soutiennent qu’une augmentation du niveau des salaires à productivité constante des travailleurs conduit à une hausse de l’inflation. Dans le cas d’espèce, est-ce que ces augmentations de la valeur du point d’indice peuvent-elles booster le potentiel productif des agents publics ? Je réponds par la négative.

Ces majorations en réalité ne sont pas fixées à la suite d’un dialogue relatif au partage de la valeur ajoutée créée dans le pays ; mais elles sont en réalité le fruit d’un bras de fer gagné par les travailleurs. En d’autres termes, ces augmentations sont déconnectées des productivités des bénéficiaires et du niveau des valeurs ajoutées créées dans le pays durant les dernières années.

Face à un tel tableau, je trouve que c’est légitime de craindre des épisodes d’inflation consécutifs aux différentes majorations ou une baisse significative des dépenses d’investissement que devraient faire normalement les différents gouvernements qui vont se succéder et cela même si les taux de majorations accordés semblent être en phase avec les taux de croissance de l’économie malienne enregistrés jusqu’à présent.

Madou CISSE

FSEG

2025-07-10

L’approche patrimoniale de la monnaie : l’analyse de M. Friedman

Temps de lecture : 4 min

Une Contribution de M. Abdoulaye CAMARA (enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC)

Milton Friedman (1912- 2006) fut le chef de file de ce qu’on a appelé le monétarisme, connu aussi sous le nom de l’Ecole de Chicago. C’est de cette Ecole également qu’est issue la Nouvelle Ecole Classique (NEC), connue aussi sous le nom de l’Ecole des Anticipations Rationnelles dont chef de file fut Robert E Lucas (1937-2023).

Vingt ans après la théorie générale de Keynes, M. Friedman propose une nouvelle théorie de la demande de monnaie. C'est la même démarche que celle de Keynes, puisqu’elle relève de la théorie de la demande d'actifs. Il s’agit d’élargir l’arbitrage entre actifs monétaires et actifs financiers à un arbitrage entre tous les actifs, y compris les actifs réels, entrant dans la composition du patrimoine.

Patrimoine et revenu permanent

Pour Friedman, le patrimoine ou la richesse W est défini de façon très large comme la valeur présente de tous les revenus que peut recevoir l’individu. Ce patrimoine peut être composé de différents actifs parmi lesquels Friedman distingue les actifs monétaires, les actifs financiers, les actifs réels, mais aussi ceux des actifs humains, c’est-à-dire de sa capacité productive, de son capital humain. Si  represente ces revenus attendus et qu’on les actualise par le taux d’intérêt nominal i sur un horizon infini, la valeur du patrimoine est donnée par : W =

Le revenu pris en compte dans cette approche n’est pas le revenu courant (perçu pendant la période), mais celui que l’on peut dépenser sans s’appauvrir, dénommé revenu permanent (c'est un stock résultant de l'accumulation de ressources pendant toute la vie).

Revenu permanent et demande de monnaie

Milton Friedman privilégiait le revenu permanent (un indicateur de la richesse et du niveau de vie habituel) plutôt que le revenu courant, car il le considère comme plus stable et représentatif des ressources à long terme d'un individu. Ainsi, la consommation n'est pas proportionnelle au revenu courant, elle est proportionnelle au revenu permanent. Un individu ne modifie pas sa consommation habituelle parce que son revenu varie accidentellement (appelé revenu transitoire ou éphémère). Il adapte sa consommation à ce qu'il considère être son standing de vie habituel, son revenu permanent. Il n'y a donc pas de lien stable entre consommation et revenu courant.

Chez Friedman, la monnaie entre en concurrence avec tous les actifs composant le patrimoine et produisant un revenu et pas seulement les titres pour le motif de spéculation comme chez Keynes. Par exemple, si les rendements des obligations ou des actions baissent, la demande de monnaie augmente. Si l'inflation anticipée augmente la valeur des actifs détenus ne se déprécie pas alors que celle de la monnaie diminue, donc il est plus rentable de détenir des actifs réels que de la monnaie (on se débarrasse de la monnaie parce qu'elle perd de sa valeur).

M. Friedman a établi en définitive que c’est le revenu permanent  qui est représentatif du patrimoine qui devient la variable explicative de la demande de monnaie des ménages.

M. Abdoulaye CAMARA

2025-07-03

La loi de l’utilité marginale décroissante explique celle de la demande des biens et services

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°30)

Le concept d’utilité est central dans la compréhension de la théorie du consommateur. Cette théorie bâtie avec l’objectif de cerner le comportement de demande des biens et services des ménages, se décline principalement en deux acceptions principales à savoir l’utilité totale et l’utilité marginale.

L’utilité marginale dont l’unité de mesure est l’« util » mesure de manière subjective l’apport en termes d’utilité de la consommation d’une unité supplémentaire à la satisfaction totale ou utilité totale d’un consommateur.

Cette utilité est décroissante. Le principe de la décroissance de l’utilité marginale s’appuie en réalité sur le fonctionnement physiologique des êtres humains qui en consommant arrivent à un état de satiété au-delà duquel, toute consommation supplémentaire d’un bien ou d’un service peut les nuire. Pour atteindre ce point de satiété, chaque unité supplémentaire du bien ou du service consommé par le consommateur contribue moins à la formation de l’utilité totale que l’unité du bien ou service précédemment consommée. Ce principe de la décroissance de l’utilité marginale conduit à la loi de l’utilité marginale décroissante.

C’est partant de la loi de l’utilité marginale décroissante que les économistes infèrent celle de la décroissance de la demande des biens et services. Comment ?

Si l’utilité marginale représente la satisfaction subjective obtenue par un consommateur à la suite de la consommation d’une unité supplémentaire d’un produit, et si au fur et à mesure que le produit consommé par le consommateur devient abondant, et que la satisfaction tirée par ce consommateur de chaque unité supplémentaire consommée du produit abondant diminue, il est apodictique de conclure alors que le consommateur sera de moins en moins enclin à donner plus de valeur aux unités supplémentaires du produit en question. Si la valeur du produit est mesurée par le prix, donc, ce dernier déclinera logiquement quand le produit devient de plus en plus abondant parce que l’utilité associée à chaque unité supplémentaire du produit baisse pour le consommateur. Par conséquent, il existera une relation inverse entre la valeur de l’utilité (à savoir le prix) et l’abondance du produit (la quantité disponible du produit). D’où la source de la loi de la demande ainsi présentée.

C’est pour cela que les économistes à l’image de P. A Samuelson soutiennent qu’en arrière-plan de la courbe de demande se trouve toujours la courbe de l’utilité marginale. En d’autres termes, la décroissance de la courbe de demande des biens et services tire sa source primordiale de la loi de l’utilité marginale décroissante.

Madou CISSE

FSEG

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