2025-07-24

Temps de lecture : 6 min

Une Contribution de M. Abdoulaye CAMARA (enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC)

Economie d’endettement vs économie de marché

Une distinction forgée par John R Hicks en 1974 lorsqu’il s’exprimait sur « la crise de la pensée keynésienne ». Selon Hicks, « ces deux catégories ne sont pas seulement des notions empiriques, mais il voit dans leur introduction la source d’un profond renouvellement de la théorie monétaire ». Toute économie réelle combine nécessairement les deux formes de financement. Ainsi, les entreprises sont classées en deux secteurs. Si les unes satisfont leurs besoins de liquidités grâce à la détention d’actifs liquides, les autres sont soutenues par le système d’emprunt automatique.

Quelles sont les caractéristiques de ces deux formes de financement ?

Les États-Unis vont être les premiers à pratiquer l’économie de marché. Dans une économie de marché, les agents se procurent des ressources en émettant des titres sur les marchés des capitaux. Ces titres, émis par des agents non financiers comme par les institutions financières, sont souscrits principalement par les ménages, et le crédit bancaire ne joue qu’un rôle d’appoint (en complément). Dans une telle économie ou le rôle du crédit est marginal, l’investissement nécessite la constitution d’une épargne préalable et l’autofinancement des entreprises est souvent important. En revanche, l’Etat est très endetté, et les titres de la dette publique alimentent le marché des capitaux. Ce dernier, dans ces conditions, est un vaste marché, très liquide, ouvert à tous les agents, notamment aux banques. Quand les banques doivent faire face à des fuites suite à l’octroi de crédit, elles utilisent leur liquidité préexistante, mais mobilisent également leur portefeuille de titres. La vente, sur le marché monétaire (à savoir le marché interbancaire), d’une partie de ces titres leur permet de se procurer des réserves en monnaie centrale.

La banque centrale peut également intervenir sur ce marché dans le cadre de sa politique monétaire (surtout pour mener des politiques monétaires non conventionnelles). En achetant ou en vendant des titres, elle modifie la liquidité bancaire, et donc l’offre de crédit, selon la logique du multiplicateur.

Le fonctionnement d’une économie d’endettement est tout autre. Et à ne pas confondre avec l’économie endettée. Une  économie d'endettement est fondée sur une structure d’endettement à deux niveaux, à savoir, des entreprises auprès des banques, et des banques auprès de la banque centrale (comme dans le cas du Mali et presque tous les pays africains).

L’économie d’endettement représente un système de financement ou les crédits bancaires sont prépondérants car les entreprises ne trouvent pas sur les marchés financiers les ressources dont elles ont besoin. L’économie ainsi fondée sur la finance indirecte, ou les banques interviennent comme intermédiaires entre agents avec des  besoins de financement et agents à capacité de financement. Les banques ne peuvent cependant pas seulement transmettre aux agents emprunteurs des fonds préalablement collectés auprès des épargnants, en transformant les échéances.

En effet, une des caractéristiques de l’économie d’endettement est l’insuffisance d’épargne par rapport à l’investissement désiré. De fait, les entreprises sont endettées auprès du système bancaire, tout comme le système bancaire est endetté auprès de l’institut d’émission (la Banque Centrale). Les banques répondent à toutes les demandes de crédit à condition que celles-ci paraissent solvables (on retrouve le caractère endogène de la création monétaire). Dans ce contexte, le refinancement sur le marché monétaire auprès des autres banques ou des agents non financiers, ne suffit pas à répondre à leurs besoins de liquidité, et les banques doivent faire appel au refinancement de la banque centrale pour y satisfaire. Pour se procurer de la monnaie centrale, les banques empruntent auprès de la banque centrale, alors qu’en économie de marché, elles vendraient des titres sur le marché monétaire. La banque centrale ne peut se soustraire à cette demande de refinancement sous peine de compromettre la stabilité du système financier. Elle apparait ainsi comme le préteur en dernier ressort « contraint ».

En économie d’endettement, on retrouve le mécanisme du diviseur, puisque le système impose l’existence d’un prêteur en dernier ressort, par l’intermédiaire du refinancement de la banque centrale. Pendant qu’en économie de marché, c’est le mécanisme du multiplicateur qui prévaut.

M. Abdoulaye CAMARA

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