2025-05-22

La demande de monnaie et la théorie quantitative de la monnaie

Temps de lecture: 5 min

Une Contribution de M. Abdoulaye CAMARA (enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC)

Dans ma publication de la semaine précédente, j’avais abordé la demande de la monnaie sous l’angle des encaisses monétaires. Dans celle-ci, je mets le focus sur le processus d’apparition de l’idée d’une fonction de demande de monnaie. Cette idée trouve son origine dans l’interprétation en termes d’équilibre du marché de la monnaie par l’utilisation de la formule de l’équation quantitative de la monnaie.

Equation d’Irving FISHER

C’est dans son ouvrage « The Purchasing power of Money » (1911) que Fisher énonce l’équation des échanges sous la forme :

Où M représente la quantité nominale de monnaie en circulation, V la vitesse de circulation de la monnaie (nombre de fois qu’une même unité monétaire est en moyenne utilisée durant une période donnée) P le niveau général des prix et T le volume des transactions.

Cette équation exprime qu’il y a en permanence égalité entre le flux de monnaie en circulation dans la période ( ) et la valeur à prix courants des transactions effectuées ( )sur une période.

L’équation de Fisher est l’aboutissement formalisé de l’idée que le niveau général des prix dépend de la quantité de monnaie existante. Cette idée constitue de ce qui sera appellé la théorie quantitative. Présente chez Aristote et Xénophon dans l’antiquité, elle est retrouvée au XVè chez Copernic, au XVIè chez Jean Bodin, au XVIIè siècle chez John Locke, au XVIIIè chez David Hume, Richard Cantillon et Adam Smith et bien d’autres.

Pour Fisher, la monnaie est avant tout un intermédiaire des échanges : par nature, la monnaie doit circuler dans l’économie par le biais des diverses transactions qui ont lieu c’est-à-dire, pour effectuer des règlements relatifs à ces transactions. L’analyse de Fisher est macroéconomique : une analyse globale et l’objet de cette analyse est de déterminer la masse monétaire (quantité de monnaie en circulation) nécessaire pour assurer un volume donné de transactions marchandes.

L’équation quantitative de la monnaie sera ensuite reformulée par l’école de Cambridge sous la forme de demande de monnaie.

L’équation de CAMBRIDGE et la demande de monnaie

Sous l’impulsion d’Alfred Marshall et d’Arthur Cecile Pigou, l’équation de Fisher connaitra une modification de son écriture et de sa lecture sur deux (02) points : (1) d’une écriture en termes de transactions, l’école de Cambridge est passée à une écriture en termes de revenu ; et (2) d’une lecture en termes de vitesse de circulation à une lecture en termes de fonction de demande de monnaie. Ainsi, l’équation de Cambridge s’écrit comme suit :  et plus en privilégiant une analyse en valeur réelle  

, dénommé par Marshall le coefficient d’utilisation monétaire, représente par exemple pour Pigou la proportion de leurs ressources (revenu) que les agents maintiennent sous forme monétaire, pour des raisons de convenance transactionnelle et de précaution.

La lecture marshallienne de l’équation quantitative comme condition d’équilibre sur le marché de la monnaie le conduit à proposer la première formulation de demande de monnaie. En effet, la partie gauche de l’équation de Cambridge ( ) l’offre de monnaie en valeur réelle, Marshall considère comme exogène dans la mesure où elle est contrôlée directement (billets et pièces) ou indirectement (monnaie scripturale) par les autorités monétaires. En revanche, la partie droite,  est une fonction de demande de monnaie :

Pour l’école de Cambridge, la demande de monnaie d’encaisses réelles ( ) est une fonction croissante du revenu. Elle s’explique par la fonction intermédiaire des échanges de la monnaie, l’encaisse étant nécessaire pour réaliser les transactions, et le coefficient k est supposé donné par les habitudes de paiement et la structure du système bancaire.

M. Abdoulaye CAMARA

2025-05-15

La demande de monnaie parlons-en

 Contribution de M. Abdoulaye CAMARA, enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC.

Temps de lecture : 7 min

« La monnaie détenue par un agent économique est un élément de sa richesse ». Bien que récente dans l’analyse économique par rapport à d’autres thématiques, puisqu’elle n’est apparue qu’à la fin du XIXè siècle, la demande de monnaie a toujours suscité beaucoup d’intérêt. C’est pourquoi elle est à l’origine de nombreux débats dans la littérature économique. En effet, si les premières théories de la demande de monnaie n’ont privilégié que la fonction « intermédiaire des échanges » : la monnaie n’est pas détenue pour elle-même parce qu’elle n’est utile que pour effectuer des transactions (théorie quantitative de la monnaie, Ecole de Cambridge). Par contre, pour Keynes, elle est considérée comme un actif demandé pour plusieurs motifs.

De façon générale, l’ensemble de ces analyses cherche à étudier les facteurs qui justifient la détention de monnaie par des agents économiques, et les facteurs qui poussent ceux-ci à détenir une partie ou la totalité de leurs richesses sous forme liquide ou monétaire.

Les fondements de la demande de monnaie

Le terme demande de monnaie évoque à la fois un concept et une fonction. Si le concept de la demande de monnaie relève de la notion d’encaisse monétaire, l’idée d’une fonction de demande de monnaie résulte de l’interprétation de l’équation quantitative qui constitue les principales réflexions monétaires.

La notion d’encaisse monétaire

La demande de monnaie est une encaisse monétaire désirée. Il appartient à Léon Walras en 1874 d’avoir eu la première intuition de la demande de monnaie, lorsqu’il emploi l’expression d’encaisse désirée. Nous trouvons sous la plume de certains économistes anglo-saxons, le terme voisin de « cash balance » et dans l’œuvre de M Rueff la notion d’encaisse désirée elle-même.

L’encaisse monétaire d’un agent est la quantité de monnaie qu’il détient, quelle que soit la raison de cette détention. La demande de monnaie est donc une demande de détention de monnaie ; il s’agit de raisonner sur la monnaie détenue et non sur la monnaie utilisée. Pour parler comme G Bramoullé (1998), lorsqu’un agent utilise sa monnaie, il l’offre en échange des biens, des services ou des titres qu’il demande et s’il utilise toute sa monnaie, sa demande de monnaie est nulle. Ce n’est que lorsqu’il conserve de la monnaie « en caisse » qu’il effectue une demande de monnaie. Ainsi, l’agent qui retire des billets au guichet de sa banque pour effectuer un achat n’est pas un demandeur de monnaie : il transforme sa monnaie scripturale (monnaie par écriture) en monnaie manuelle ou fiduciaire pour mieux offrir sa monnaie. E James en 1965 va encore plus loin, pour lui, même si les billets sont empruntés, « l’emprunt suivi immédiatement d’une dépense ne saurait apparaitre comme une demande pure : l’offre suit de trop près la demande ». Par contre la monnaie peut être détenue pour être utilisée plus tard. D’où la monnaie est considérée comme une réserve de valeur.

La demande de monnaie est une encaisse nominale ou une encaisse réelle

La demande d’encaisse monétaire peut être formulée en termes nominaux c’est-à-dire exprimés en unité de compte (d’encaisse monétaire nominale), ou on peut l'exprimer en pouvoir d'achat (encaisse monétaire réelle) selon que les agents soient, ou non, soumis au phénomène d’illusion monétaire.

La demande de monnaie est une encaisse instantanée ou une encaisse moyenne

Si la demande de monnaie peut être appréciée à chaque instant, mais la plupart du temps le raisonnement se fait sur un intervalle de temps au lieu d’un temps bien précis. Dans le cas d’une analyse de période, la demande de monnaie peut prendre trois acceptions différentes : l’encaisse disponible en début de période, l’encaisse disponible en fin de période, ou l’encaisse moyenne sur la période. Cette dernière est l’acception la plus couramment utilisée, ce qui fait de la demande de monnaie une demande d’encaisse moyenne. Ainsi, un agent disposant en début de période d’une certaine dotation de signes monétaires dans laquelle il puise régulièrement pour effectuer ses dépenses, aura une demande de monnaie sur la période considérée, même s’il épuise toute sa dotation initiale : sa demande de monnaie sera donnée par le niveau moyen de son encaisse sur la période.

La demande de monnaie : encaisse active vs encaisse oisive (thésaurisée)

Dans l’exemple précèdent, les agents sont censés utiliser complètement leur dotation initiale de monnaie ; mais il est possible qu’à la fin de la période, il reste une quantité de monnaie inutilisée. Angell (1937) a alors proposé de qualifier de monnaie active la quantité de signes monétaires utilisées, et de monnaie oisive celle qui ne l’est pas. Dans le même d’ordre d’idée, Newlyn (1962) propose ainsi de réserver l’appellation de monnaie d’active aux signes monétaires utilisées dans les seules transactions génératrices de revenu. Ce qui permet de soutenir que les épargnes faites par les agents économiques auprès des institutions financières ne peuvent être considérées comme de la monnaie oisive.

M. Abdoulaye CAMARA

 

2025-05-08

Le prix plancher et le marché du travail des « aides ménagères » au Mali

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°26)

La précédente « Série : Economie en question (N°25) » m’a permis de présenter le prix plafond. Dans la présente Série, je mets l’accent sur le prix plancher.

Contrairement au prix plafond qui s’adresse aux vendeurs (en les obligeant à vendre à un prix inférieur au prix d’équilibre du marché) ; le prix plancher s’adresse aux acheteurs. Eh bien ! vous avez bien lu, le prix plancher vise les « acheteurs » ! Effectivement, le prix plancher est le prix minimal qu’un acheteur est obligé de payer pour acheter un produit (bien ou service).

Ce prix aura un effet sur le fonctionnement du marché uniquement quand il est fixé par les autorités à un niveau supérieur au prix assurant l’équilibre du marché. Le prix planche vise à faire le « bonheur » des vendeurs en fixant un prix de vente supérieur à celui atteint par l’équilibre du marché.

Quels effets le prix plancher a-t-il sur un marché ?

Ce prix aussi en biaisant le bon fonctionnement des marchés concurrentiels produit des effets pervers. Ces effets sont principalement la création d’un excès d’offre, une baisse de prix des produits qui y sont soumis (existence de marché NOIR) ; et le gaspillage des ressources de l’économie dont la plus importante est le temps.

Une application au Marché du travail

Sur le marché du travail par exemple, le prix plancher porte le nom de « salaire minimum interprofessionnel garanti » au Mali. Il est formellement interdit au Mali sauf cas exceptionnel de payer mensuellement un travailleur en dessous de ce salaire ou prix plancher du travail qui est de 40.000 F CFA (231 F CFA par heure) au Mali en 2025.

Le marché des « aides ménagères » au Mali par exemple coche globalement toutes les cases instituant une structure de marché concurrentielle. Ceci étant le cas, le salaire d’équilibre sur ce marché fluctue entre 10.000 F CFA à 15.000 F CFA à Bamako en fonction des périodes de l’année.

Inutile de dire que ce prix d’équilibre est inférieur au prix plancher fixé par les autorités maliennes, soit 40.000 F CFA. Que se passerait-il si, les autorités maliennes décident de l’application effective du salaire plancher de 40.000 F CFA ?

Comme l’économie positive le présente supra : (1) une augmentation du chômage sur ce marché à la suite de deux effets combinés. Les ménages se trouvant dans l’incapacité de payer le salaire plancher vont remercier leurs « aides ménagères ». En plus, certaines personnes qui n’étaient pas prêtes à travailler au prix d’équilibre du marché vont vouloir maintenant intégrer le marché du travail des « aides ménagères ». (2) l’exacerbation du chômage va logiquement pousser certaines « aides ménagères » à accepter des salaires mensuels beaucoup plus faibles que le salaire plancher. Et donc, les pousser à accepter le travail au noir. (3) Cette intervention par le truchement du salaire plancher sur le marché de travail des « aides ménagère » induira aussi du gaspillage de ressources dans la mesure où les personnes qui cherchent du boulot vont passer plus de temps à chercher du travail et aussi celles qui ne trouveront pas de travail seront des ressources inutilisées. Alors que celles-ci pouvaient travailler si les autorités n’avaient pas intervenu en fixant le salaire plancher de 40.000 F CFA.

En définitive, l’interventionnisme extérieur sur un marché concurrentiel en tentant de contrôler ses prix, quelle que soit la raison ne peut que rapetisser la taille du « gâteau » économique. Par contre, il peut devenir salutaire sur les structures de marché de concurrence imparfaite (monopole, oligopole et concurrence monopolistique).

Madou CISSE

FSEG

2025-05-01

Le prix plafond !

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°25)

La présente « Série : Economie en question » met la focale sur les aspects théoriques de la mise en œuvre du prix plafond.

Le prix plafond désigne le prix nominal maximal auquel un vendeur est autorisé à vendre un bien ou un service spécifique. Ce prix est imposé au vendeur par une autorité extérieure au fonctionnement du marché (par exemple un Gouvernement).

A quelles conditions le prix plafond peut avoir des effets positifs sur le fonctionnement d’un marché ?

(1)    Ce prix n’aura aucun impact s’il est fixé à un niveau supérieur au prix courant du marché (c’est-à-dire le prix auquel le bien ou le service est déjà vendu avant l’intervention de l’autorité). Donc, pour qu’il ait des effets probants, le prix plafond doit être fixé en dessous du prix courant du marché. Par exemple, si le kilo du sucre est vendu à 700 F CFA, seul un niveau de prix plafond inférieur à ce montant peut avoir des effets probants sur le fonctionnement du marché du sucre.

(2)   Le prix plafond a des effets s’il est imposé sur un marché dont le fonctionnement n’est pas concurrentiel (existence de défaillance de marché ; les défaillances de marché sont traitées ici : https://cequejepensemali.blogspot.com/2024/08/serie-economie-en-question-n6-les.html ). Autrement dit, le prix plafond devient utile quand l’écart entre le prix courant du marché et le prix qui aurait pu être fixé en situation de concurrence est important. Et le prix plafond contribuera à réduire cet écart.

Que se passerait-il malgré que le marché soit concurrentiel, une autorité fixe un prix plafond sur ce marché ?

Si le marché est concurrentiel, cela suppose qu’il n’y a pas d’écart entre le prix courant du marché et le coût unitaire de production du bien ou du service vendu sur ce marché. Si malgré tout, une autorité fixe un prix plafond ; cela veut dire qu’elle oblige les vendeurs à vendre en dessous de leurs coûts unitaires de production (c’est-à-dire à faire des pertes). Ce qui ne peut être soutenable de leur part. Ils vont majoritairement arrêter la vente du bien ou du service soumis au prix plafond. Conséquence logique de ce retrait massif des vendeurs, c’est la baisse de la quantité à vendre sur le marché. Cela poussera le prix courant à la hausse (à un niveau supérieur à celui qui prévalait avant l’intervention de l’autorité sur le marché). Comme il y a interdiction de vendre au-dessus du prix plafond ; les ventes vont maintenant se faire au « NOIR » (le marché souterrain). Conséquence médiate de ce phénomène, c’est la mauvaise allocation du bien ou du service qui voit le jour parmi les consommateurs (ceux qui sont informés et qui sont riches peuvent avoir plus de ce dont ils ont besoin ; tandis que les moins informés et les pauvres vont galérer).

En définitive, l’intervention d’une autorité sur un marché concurrentiel (par exemple, le marché de détail du sucre ; le marché de détail de l’huile ; le marché de détail du lait) conduirait à une diminution de la quantité à vendre et à un niveau de prix plus important. Pour dire tout net, elle conduit à moins de bien-être économique. Par contre, si le marché est défaillant, son intervention ne peut être que salutaire. Comme cela est le cas sur les marchés monopolistique (par exemple, le marché de l’électricité), oligopolistique (par exemple, le marché du transport interurbain) et concurrentiel monopolistique (par exemple, le marché du carburant).

Madou CISSE

FSEG

2025-04-24

L’élasticité-prix croisée de la demande un outil très puissant

 

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°24)

Que se passera-t-il en termes de demande de moto Jakarta si le litre de l’essence est vendu par les stations de services à 1.500 F CFA ? Euh bien ! tout porte à croire que la demande de moto Jakarta risque de se contracter au Mali. Et cette contraction se fera dans quelle proportion ?

Les économistes pour pouvoir mesurer le pourcentage de contraction de la demande de moto Jakarta consécutive à une augmentation du prix de l’essence utilise l’outil de l’élasticité prix croisée de la demande.

Cette élasticité mesure la sensibilité de la demande d’un premier bien ou service à la variation de 1% du prix d’un autre bien ou service toutes choses égales par ailleurs. En d’autres termes, l’élasticité prix croisée répond à la question de savoir : de combien la demande d’un bien ou d’un service nommé X variera en pourcentage si le prix d’un autre bien ou service Y varie de 1% toutes les choses étant égales par ailleurs dans l’économie.

Si l’élasticité prix croisée est nulle, alors les deux biens ou services concernés par le test sont indépendants. Cela signifie qu’une variation du prix de l’un n’a aucune influence sur la demande de l’autre. Songez par exemple à la demande de stylos à bille et le prix des voitures 4X4. Est-ce que la demande de stylos à bille baissera parce que le prix unitaire des voitures 4X4 a augmenté ? et vice versa.

Si l’élasticité prix croisée conduit à une valeur négative, dans une telle éventualité, les deux biens ou services testés sont dits complémentaires. Pour de tels biens ou services, toute augmentation (respectivement diminution) de prix du premier bien ou service induira une baisse (respectivement augmentation) de la demande du second bien ou service et vice versa. C’est le cas, de la demande de moto Jakarta et de la variation du prix de litre de l’essence au Mali.

Si l’élasticité prix croisée est positive, cela signifie certainement que les deux biens ou services testés sont des substituts. Avec ces types de biens ou services, toute augmentation (respectivement diminution) du prix de l’un entrainera une augmentation (respectivement une diminution) de la demande de l’autre bien ou service toutes les choses étant égales par ailleurs dans l’économie. Cela pourrait être le cas de la demande de poisson séché et le prix de la viande de bœuf au Mali. Il serait logique de penser qu’au Mali, toute augmentation du prix du kilogramme de la viande de bœuf se traduirait par une baisse de la quantité demandée de cette viande au profit d’une hausse de la demande de poisson séché toutes choses demeurant égales par ailleurs dans l’économie.

L’outil de l’élasticité prix croisée devient incontournable pour déterminer étant données les habitudes de consommation d’une communauté si les biens ou services consommés sont complémentaires, substituables ou indépendants. Cet outil permet aussi de préciser si les demandes des biens ou services consommés sont élastiques, inélastiques ou neutres suivant que sa valeur absolue soit plus grande que l’unité, soit plus petite que l’unité soit égale à l’unité.

Madou CISSE

FSEG

2025-04-17

Elasticité revenu de la demande et les produits « France au revoir », l’explication

Temps de lecture : 5 min

Série : Economie en question (N°23)

Les économistes constatent que quand les ménages deviennent riches, ils abandonnent la consommation de certains biens ou services et en consomment de nouveaux. Une agrégation d’un tel comportement est aussi notable au niveau de chaque pays. Plus un pays devient riche, plus sa demande de certains biens ou services diminue ; tandis que celle d’autres augmente. C’est exactement ce phénomène qui explique l’histoire d’amour qui lie le Mali aux biens (spécifiquement les voitures) « France au revoir ».

L’outil qu’utilisent les économistes est l’élasticité revenu de la demande pour mesurer le lien entre la demande des biens et services et les revenus des ménages. Cet outil, par définition mesure la sensibilité de la demande d’un bien ou d’un service en pourcentage consécutive à une variation de 1% du revenu des ménages toutes choses demeurant égales par ailleurs.

Si la valeur prise par cette mesure est négative, les économistes soutiennent que le bien ou le service ainsi testé est un bien ou service inférieur. Pour de tels biens ou services, toute augmentation des revenus des consommateurs entraîne une baisse de leur demande. Des exemples de biens inférieurs par excellence de par le monde sont les biens d’occasion (voitures, meubles, électroménagers etc.). Au fur et à mesure que le revenu d’un consommateur augmente, sa demande de ces types de biens ou services diminue aussi.

Quand la mesure de l’élasticité revenu de la demande est positive, le bien ou service impliqué dans le test est dit bien ou service supérieur ou normal. Pour ces types de biens ou services, toute augmentation du revenu des consommateurs induit une hausse de la demande de ces types de biens ou services. Spécifiquement pour ces types de biens et services, si la valeur est plus petite que l’unité (1), alors le bien ou le service est dit normal de première nécessité. Ce qui suppose que le revenu et la demande évoluent dans le même sens mais que la variation du revenu en termes de proportion est plus importante que celle de la demande. Des biens de ce type au Mali sont par exemple le riz, le mil etc. par contre, si la valeur de l’élasticité revenu est plus grande que l’unité (1) pour un bien ou service, ce dernier est qualifié normal de luxe. Ce qui suppose que la variation de la demande en termes de proportion est plus grande que celle du revenu. La demande d’éducation, de loisir etc. sont des exemples de services normaux de luxe dans tous les pays.

En définitive, si le test d’élasticité revenu conduit à l’unité (1), le bien ou le service est dit normal neutre. Ce qui signifie que la variation de la demande et celle du revenu évoluent dans le même sens et dans les mêmes proportions. Un excellent exemple de service normal neutre est le logement. Cela signifie que, quand le revenu augmente de 1% la demande de logement aussi s’apprécie de 1% toutes choses égales par ailleurs.

Retenons quand même que la sensibilité de la demande d’un bien ou d’un service par rapport à la variation du revenu n’est pas liée aux caractéristiques intrinsèques du bien ou du service en question, mais elle dépend largement des habitudes de consommation des ménages de chaque zone géographique. Que pensez-vous de l’impact de l’augmentation dans les mêmes proportions du revenu des ménages maliens et français sur la demande de poulet au Mali et en France ?

Madou CISSE

FSEG

2025-04-10

Quand le Mali devient une victime collatérale des taxes de l’administration américaine


Temps de lecture : 8 minutes 

« Quand deux éléphants se battent l’herbe en souffre. » Ce dicton présente dans toute sa splendeur les impacts négatifs de la bataille commerciale opposant les Etats-Unis à la Chine et les autres pays occidentaux principalement. Cette lutte enclenchée depuis le premier mandat de l’actuel occupant de la maison blanche entre dans sa deuxième « saison » avec une virulence jamais égalée auparavant. Dans cette deuxième « saison » de ce bras de fer commercial, au lieu de faire le sniper, les autorités américaines ont fait sortir le bazooka en tirant sur tout ce qui bouge !

Dans cette deuxième « saison » les autorités américaines ont fait fort ! (1) une taxe plancher de 10% sur tous les produits importés aux Etats-Unis. (2) des taxes majorées fixées en fonction de la tête des clients (au nombre de 175 pays dont 48 pays africains). Les clients les moins taxés sont ceux qui sont frappés à hauteur de 10% comme le Mali et le Niger. Le taux plafond pour ces taxes majorées est de 50% auquel doivent être soumises les importations provenant du territoire Saint-Pierre-et-Miquelon augmentées des 10% la taxe plancher (soit 60% en tout). Quant à la Chine ses importations en direction des Etats-Unis sont majorées de 34% en plus des 20% déjà imposés lors du premier passage de l’actuel président américain dans le bureau ovale. Soit 54%, ce qui fait de la Chine le deuxième partenaire commercial des USA le plus imposé.

Face à une telle salve de tarifs douaniers des Etats-Unis, la question suivante mérite d’être légitiment posée. Quelles sont les raisons sous-jacentes justifiant un tel degré d’agression des fondements du commerce mondial de la part d’un pays qui représente près de 15% des importations mondiales de produits ?

Comme réponse à la question posée ci-dessus, c’est l’atteinte de l’équilibre de la balance commerciale des Etats-Unis qui est brandie par les autorités américaines. Si tel est le but ultime de ces mesures, alors pourquoi ne pas cibler exclusivement les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis qui présentent des balances commerciales bilatérales excédentaires ? Heureusement que ces pays sont même connus. Le top trois de ces pays en 2024 est pour un déficit commercial américain estimé à près de 1.000 de dollars américains : la Chine (+263 milliards de dollars) ; le Mexique (+179 milliards de dollars) ; le Canada (+102 milliards de dollars) à ce podium, les 27 pays de l’Union Européenne peuvent avoir un strapontin avec la réalisation d’un excédent commercial de 161,2 milliards de dollars vis-à-vis des Etats-Unis.

Un pays comme le Mali présente une balance commerciale bilatérale avec les Etats-Unis abyssalement déficitaire. En 2024, ce déficit a été estimé par l’INSTAT Mali à un peu plus de 97 milliards de francs CFA. Si c’est seulement l’équilibre de la balance commerciale qui est l’objectif visé par ces mesures, le Mali et beaucoup d’autres pays africains ne devraient pas être ciblés par les différentes taxes qui font au moins 20% pour tous les 48 pays africains concernés. Mais malheureusement, ils sont tous imposés ! Donc, l’objectif de l’équilibre de la balance commerciale ne me convainc pas. Je pense que la majorité des pays 48 africains ciblés par les taxes majorées et la taxe plancher de 10% sont des victimes collatérales de la guerre commerciale opposant les Etats-Unis et la Chine.

Au-delà des visées d’équilibre commercial, l’actuelle administration américaine vise à torpiller les efforts de développement économique des autorités chinoises. Conscientes de l’importance de la demande américaine dans le PIB chinois, une baisse de celle-ci produira logiquement des effets récessifs importants. Ceci est autant plus logique que l’économie chinoise dont la croissance est principalement tirée par les exportations des produits ne pourra atteindre ces objectifs quand ses produits sont ainsi taxés.

Je pense encore que les autorités américaines, dans le but de rendre aussi inefficace l’installation des entreprises chinoises dans d’autres pays pouvant leur servir de base arrière pour atteindre le marché américain et ainsi échappées aux 54% de taxes imposés n’ont pas hésité d’imposer une taxe plancher de 10% pour tous les pays, accompagnée d’une majoration de taxes de plus en plus élevée en fonction du degré de relations commerciales pouvant exister entre ces pays ciblés et la Chine. Je pense que le Mali fait partie des victimes collatérales par ce truchement. Car en 2024, le premier partenaire non africain du Mali était la Chine avec des importants estimées par l’INSTAT Mali à un plus de 600 milliards de francs CFA.

Non, l’actuelle administration américaine n’est pas anti-mondialisation. Elle connait parfaitement que le libre échange est plus efficace que toutes les autres formes connues d’organisation des activités commerciales ; en plus elle sait pertinemment que ce mode de fonctionnement fait toujours des gagnants et des perdants. Et en connaissance de cause, elle a estimé que les Etats-Unis ont été perdants depuis la libéralisation de l’économie mondiale à partir des années 80 et surtout vis-à-vis de la Chine. Dans le but de faire pencher la balance de leur côté et conformément à l’idéologie MAGA (Make America Great Again) ; l’administration américaine n’a pas dédaigné de secouer le cocotier tout en prenant soin de ne jamais l’arracher afin de pousser tous ses principaux partenaires à des négociations bilatérales. Même si pour le moment, la principale cible à savoir la Chine semble ne pas prête à s’assoir à la table de négociation. Bien au contraire, elle se rebiffe !


Madou CISSE
FSEG

EDM et l’Etat du Mali, que faire ?

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