2026-03-12

EDM et l’Etat du Mali, que faire ?

 Temps de lecture : 5 min

La société Energie du Mali est une société industrielle et commerciale. Les deux adjectifs qualificatifs ainsi utilisés pour la caractériser en disent long sur l’hybridité de cette société au plan économique. Ces deux substantifs prouvent que pour fournir de l’électricité à ses clients, l’EDM doit évoluer sur les segments de la production, du transport et de la distribution de l’électricité.

Et si le principal problème d’électricité du Mali tire principalement ses sources de cette hybridité organisationnelle de l’EDM ?

Au plan économique, les segments de la production et du transport de l’électricité utilisent des facilités essentielles – c’est-à-dire des installations ou des équipements dont la duplication ne peut être considérée comme raisonnablement efficace d’un point de vue économique – il s’agit des centrales thermiques, des centrales hydroélectriques, des câbles, des poteaux dans le cas de l’EDM. Ces facilités essentielles générant principalement des coûts fixes induisent des économies d’échelle (baisse du coût total moyen de production au fur et à mesure que le niveau de production augmente). Celles-ci à leur tour conduisent généralement à l’érection d’un monopole naturel.

Le segment de la distribution c’est-à-dire la gestion des derniers mètres du réseau électrique qui sont en contact direct avec les clients finals ne peut être qualifié de monopole naturel. L’évidence de cette conclusion réside dans l’absence de facilités essentielles sur ce segment. Et c’est sur ce dernier segment que toute l’activité commerciale de l’EDM se concentre principalement vis-à-vis de ses clients finals (ménages et entreprises). Ce segment joue un rôle central dans le raccordement de ses clients, la gestion des factures et d’autres prestations personnalisées.

Les développements ainsi présentés permettent de conclure que l’EDM en tant que société industrielle et commerciale chevauche deux entités aux caractéristiques économiques différentes. La première étant soumise aux conditions d’organisation d’un monopole naturel et la seconde aux caractéristiques d’une structure oligopolistique.

Cette ambivalence de l’emprise de l’EDM sur ces deux (02) entités est à la base du dysfonctionnement structurel de cette société dont les soubresauts se font sentir présentement (hormis des problèmes de manque de vertu inhérents aux comportements quotidiens de l’Homme malien du 21ème siècle).

Dans un tel contexte, je pense sincèrement que les mesures conjoncturelles ne seront que des coupe-feux. Dit autrement, seules des mesures structurelles appropriées peuvent éteindre le feu au lieu de le couper !

Je propose trois principales mesures. (1) Le démantèlement structurel de la société Energie du Mali en deux sociétés distinctes dont les capitaux seront majoritairement ouverts aux actionnaires privés. La première s’occupant de la production et du transport de l’électricité car ces deux segments sont des monopoles naturels. Une deuxième société intervenant sur le segment de la distribution. Celle-ci détenue par la « nouvelle » EDM dont le capital sera exclusivement privé. (2) Ouvrir ce dernier segment à la concurrence car il est structurellement oligopolistique. (3) Mettre en place une autorité indépendante chargée de la régulation des nouvelles entités ayant vu le jour.

En optant pour de telles mesures une chose sera sûre et certaine l’électricité ne deviendra plus comme « le maïs frais du sahel » au Mali et son prix réel sera obligatoirement réduit du fait des vertus de la concurrence qui seront à l’œuvre parce que l’ère de la liberté et de la responsabilité aura sonné.

Madou CISSE / FSEG

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