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La société Energie du Mali est une société industrielle et
commerciale. Les deux adjectifs qualificatifs ainsi utilisés pour la
caractériser en disent long sur l’hybridité de cette société au plan
économique. Ces deux substantifs prouvent que pour fournir de l’électricité à
ses clients, l’EDM doit évoluer sur les segments de la production, du transport
et de la distribution de l’électricité.
Et si le principal problème d’électricité du Mali tire
principalement ses sources de cette hybridité organisationnelle de l’EDM ?
Au plan économique, les segments de la production et du
transport de l’électricité utilisent des facilités essentielles – c’est-à-dire
des installations ou des équipements dont la duplication ne peut être considérée
comme raisonnablement efficace d’un point de vue économique – il s’agit des
centrales thermiques, des centrales hydroélectriques, des câbles, des poteaux dans
le cas de l’EDM. Ces facilités essentielles générant principalement des coûts
fixes induisent des économies d’échelle (baisse du coût total moyen de
production au fur et à mesure que le niveau de production augmente). Celles-ci à
leur tour conduisent généralement à l’érection d’un monopole naturel.
Le segment de la distribution c’est-à-dire la gestion des
derniers mètres du réseau électrique qui sont en contact direct avec les
clients finals ne peut être qualifié de monopole naturel. L’évidence de cette
conclusion réside dans l’absence de facilités essentielles sur ce segment. Et c’est
sur ce dernier segment que toute l’activité commerciale de l’EDM se concentre
principalement vis-à-vis de ses clients finals (ménages et entreprises). Ce
segment joue un rôle central dans le raccordement de ses clients, la gestion
des factures et d’autres prestations personnalisées.
Les développements ainsi présentés permettent de conclure
que l’EDM en tant que société industrielle et commerciale chevauche deux
entités aux caractéristiques économiques différentes. La première étant soumise
aux conditions d’organisation d’un monopole naturel et la seconde aux
caractéristiques d’une structure oligopolistique.
Cette ambivalence de l’emprise de l’EDM sur ces deux (02) entités
est à la base du dysfonctionnement structurel de cette société dont les
soubresauts se font sentir présentement (hormis des problèmes de manque de
vertu inhérents aux comportements quotidiens de l’Homme malien du 21ème
siècle).
Dans un tel contexte, je pense sincèrement que les mesures
conjoncturelles ne seront que des coupe-feux. Dit autrement, seules des mesures
structurelles appropriées peuvent éteindre le feu au lieu de le couper !
Je propose trois principales mesures. (1) Le démantèlement
structurel de la société Energie du Mali en deux sociétés distinctes dont les
capitaux seront majoritairement ouverts aux actionnaires privés. La première
s’occupant de la production et du transport de l’électricité car ces deux
segments sont des monopoles naturels. Une deuxième société intervenant sur le
segment de la distribution. Celle-ci détenue par la « nouvelle » EDM dont
le capital sera exclusivement privé. (2) Ouvrir ce dernier segment à la concurrence
car il est structurellement oligopolistique. (3) Mettre en place une autorité
indépendante chargée de la régulation des nouvelles entités ayant vu le jour.
En optant pour de telles mesures une chose sera sûre et
certaine l’électricité ne deviendra plus comme « le maïs frais du
sahel » au Mali et son prix réel sera obligatoirement réduit du fait des
vertus de la concurrence qui seront à l’œuvre parce que l’ère de la liberté et
de la responsabilité aura sonné.
Madou CISSE / FSEG
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