2025-07-10

L’approche patrimoniale de la monnaie : l’analyse de M. Friedman

Temps de lecture : 4 min

Une Contribution de M. Abdoulaye CAMARA (enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC)

Milton Friedman (1912- 2006) fut le chef de file de ce qu’on a appelé le monétarisme, connu aussi sous le nom de l’Ecole de Chicago. C’est de cette Ecole également qu’est issue la Nouvelle Ecole Classique (NEC), connue aussi sous le nom de l’Ecole des Anticipations Rationnelles dont chef de file fut Robert E Lucas (1937-2023).

Vingt ans après la théorie générale de Keynes, M. Friedman propose une nouvelle théorie de la demande de monnaie. C'est la même démarche que celle de Keynes, puisqu’elle relève de la théorie de la demande d'actifs. Il s’agit d’élargir l’arbitrage entre actifs monétaires et actifs financiers à un arbitrage entre tous les actifs, y compris les actifs réels, entrant dans la composition du patrimoine.

Patrimoine et revenu permanent

Pour Friedman, le patrimoine ou la richesse W est défini de façon très large comme la valeur présente de tous les revenus que peut recevoir l’individu. Ce patrimoine peut être composé de différents actifs parmi lesquels Friedman distingue les actifs monétaires, les actifs financiers, les actifs réels, mais aussi ceux des actifs humains, c’est-à-dire de sa capacité productive, de son capital humain. Si  represente ces revenus attendus et qu’on les actualise par le taux d’intérêt nominal i sur un horizon infini, la valeur du patrimoine est donnée par : W =

Le revenu pris en compte dans cette approche n’est pas le revenu courant (perçu pendant la période), mais celui que l’on peut dépenser sans s’appauvrir, dénommé revenu permanent (c'est un stock résultant de l'accumulation de ressources pendant toute la vie).

Revenu permanent et demande de monnaie

Milton Friedman privilégiait le revenu permanent (un indicateur de la richesse et du niveau de vie habituel) plutôt que le revenu courant, car il le considère comme plus stable et représentatif des ressources à long terme d'un individu. Ainsi, la consommation n'est pas proportionnelle au revenu courant, elle est proportionnelle au revenu permanent. Un individu ne modifie pas sa consommation habituelle parce que son revenu varie accidentellement (appelé revenu transitoire ou éphémère). Il adapte sa consommation à ce qu'il considère être son standing de vie habituel, son revenu permanent. Il n'y a donc pas de lien stable entre consommation et revenu courant.

Chez Friedman, la monnaie entre en concurrence avec tous les actifs composant le patrimoine et produisant un revenu et pas seulement les titres pour le motif de spéculation comme chez Keynes. Par exemple, si les rendements des obligations ou des actions baissent, la demande de monnaie augmente. Si l'inflation anticipée augmente la valeur des actifs détenus ne se déprécie pas alors que celle de la monnaie diminue, donc il est plus rentable de détenir des actifs réels que de la monnaie (on se débarrasse de la monnaie parce qu'elle perd de sa valeur).

M. Friedman a établi en définitive que c’est le revenu permanent  qui est représentatif du patrimoine qui devient la variable explicative de la demande de monnaie des ménages.

M. Abdoulaye CAMARA

2025-07-03

La loi de l’utilité marginale décroissante explique celle de la demande des biens et services

 Temps de lecture : 3 min

Série : Economie en question (N°30)

Le concept d’utilité est central dans la compréhension de la théorie du consommateur. Cette théorie bâtie avec l’objectif de cerner le comportement de demande des biens et services des ménages, se décline principalement en deux acceptions principales à savoir l’utilité totale et l’utilité marginale.

L’utilité marginale dont l’unité de mesure est l’« util » mesure de manière subjective l’apport en termes d’utilité de la consommation d’une unité supplémentaire à la satisfaction totale ou utilité totale d’un consommateur.

Cette utilité est décroissante. Le principe de la décroissance de l’utilité marginale s’appuie en réalité sur le fonctionnement physiologique des êtres humains qui en consommant arrivent à un état de satiété au-delà duquel, toute consommation supplémentaire d’un bien ou d’un service peut les nuire. Pour atteindre ce point de satiété, chaque unité supplémentaire du bien ou du service consommé par le consommateur contribue moins à la formation de l’utilité totale que l’unité du bien ou service précédemment consommée. Ce principe de la décroissance de l’utilité marginale conduit à la loi de l’utilité marginale décroissante.

C’est partant de la loi de l’utilité marginale décroissante que les économistes infèrent celle de la décroissance de la demande des biens et services. Comment ?

Si l’utilité marginale représente la satisfaction subjective obtenue par un consommateur à la suite de la consommation d’une unité supplémentaire d’un produit, et si au fur et à mesure que le produit consommé par le consommateur devient abondant, et que la satisfaction tirée par ce consommateur de chaque unité supplémentaire consommée du produit abondant diminue, il est apodictique de conclure alors que le consommateur sera de moins en moins enclin à donner plus de valeur aux unités supplémentaires du produit en question. Si la valeur du produit est mesurée par le prix, donc, ce dernier déclinera logiquement quand le produit devient de plus en plus abondant parce que l’utilité associée à chaque unité supplémentaire du produit baisse pour le consommateur. Par conséquent, il existera une relation inverse entre la valeur de l’utilité (à savoir le prix) et l’abondance du produit (la quantité disponible du produit). D’où la source de la loi de la demande ainsi présentée.

C’est pour cela que les économistes à l’image de P. A Samuelson soutiennent qu’en arrière-plan de la courbe de demande se trouve toujours la courbe de l’utilité marginale. En d’autres termes, la décroissance de la courbe de demande des biens et services tire sa source primordiale de la loi de l’utilité marginale décroissante.

Madou CISSE

FSEG

2025-06-26

Risque ou incertitude ?

Temps de lecture : 2 min

Série : Economie en question (N°29)

Quelles différences pouvez-vous faire entre risque et incertitude ?

L’apport de Frank Knight a été déterminant sur ce terrain en 1921. A cette date, dans son livre, « Risque, Incertitude et Profit » l’économiste orthodoxe a établi la différence entre une situation risquée et une situation incertaine. Dans la première selon l’auteur, les états du monde ou états de la nature associés à une décision spécifique sont toujours probabilisables, tandis que dans la seconde, ceux-ci ne peuvent être associés à aucune probabilité. C’est en prolongeant cet enseignement que les hétérodoxes à la suite de J. M. Keynes ont institué la notion de l’incertitude radicale.

Sans nier l’existence de l’incertitude radicale, les orthodoxes estiment que les états du monde associés aux évènements avec le temps deviennent probabilisables, contrairement aux hétérodoxes qui soutiennent qu’il n’est pas possible de parvenir à une telle estimation. En d’autres termes, le passé ne permet pas expliquer du tout l’avenir.

Ce clivage entre orthodoxes et hétérodoxes point le nez jusque dans les sphères de la finance avec deux théories opposées visant à expliquer le fonctionnement des marchés financiers. Il s’agit de la théorie de l’efficience des marchés financiers défendue par Eugene F. Fama et celle d’Hyman Minsky de l’instabilité des marchés financiers. Si pour le premier il est possible de probabiliser le fonctionnement des marchés financiers sur la base des informations disponibles sur ces marchés ; pour le second, le fonctionnement des marchés est basé sur du pur mimétisme qui a été développé en premier par J. M. Keynes à travers sa parabole du concours de beauté.

Madou CISSE

FSEG

2025-06-19

Que dire ? Augmentation de la demande ou augmentation de la quantité demandée ?

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°28)

L’économie mainstream s’appuie sur les courbes d’offre et de demande pour analyser les conditions d’équilibre des marchés des biens et services, du travail, du capital, de la monnaie et de change.

Ces courbes subissent deux principaux modes de déplacement. A savoir le déplacement le long de la courbe et le déplacement parallèle. Quand l’économiste est attentif, il ne confond pas ces deux types de déplacements, car ils ne sont pas provoqués par les mêmes causes.

Dans une analyse économique sur l’un des marchés cités ci-dessus, toute variation du prix (prix des biens et services, ou du salaire horaire, ou du taux d’intérêt, ou du taux de change) entrainera toujours un déplacement le long soit de la courbe d’offre soit le long de la courbe de demande (inutile de dire que le prix est le déterminant commun aux courbes). Dans une telle éventualité, l’économiste doit toujours s’exprimer comme suit : toute variation du prix entrainera soit une augmentation de la quantité demandée ou offerte soit une baisse de la quantité demandée ou offerte.

Par exemple, si le gouvernement décide d’augmenter le salaire minimum, cela doit être interprété comme un changement de prix. Dans ce cas, cette augmentation du salaire minimum doit être interprétée comme un déplacement soit le long de la courbe d’offre de travail soit le long de la courbe de demande de travail. Si c’est la courbe d’offre qui est concernée par l’analyse, l’économiste dira que cela conduira à une augmentation de la quantité de travail offerte. Si c’est la courbe de demande qu’il choisit, il dira que la quantité de travail demandée baissera et non une baisse de la demande (car le déplacement n’est pas parallèle !)

Si l’analyse part d’un changement un autre déterminant de la demande ou celui de l’offre qui n’est pas le prix, cela conduit toujours à un déplacement parallèle de la courbe de demande ou de celle de l’offre. Dans une telle éventualité, l’économiste, s’il est attentif, dira qu’une variation dudit déterminant de l’offre ou de la demande entrainera une augmentation ou une diminution de l’offre ou de la demande et non une augmentation ou diminution de la quantité offerte ou demandée.

Par exemple, si le gouvernement décide de ramener le diplôme requis du baccalauréat au diplôme d’études fondamentales (DEF) pour faire le concours d’entrée à la police nationale. Ce changement engendre logiquement une augmentation de l’offre de travail de ce segment toutes choses égales par ailleurs. Dans un tel cas, il s’agit d’un déplacement parallèle de la courbe d’offre de travail et non un déplacement le long de la courbe d’offre de travail (car ce n’est pas le prix ou salaire horaire qui a varié). Un économiste attentif dira que le choix du DEF à la place du baccalauréat induira une augmentation de l’offre de travail et non une augmentation de la quantité de travail offerte.

Madou CISSE

FSEG

2025-06-12

Approche keynésienne de la demande patrimoniale de la monnaie

 Temps de lecture : 9 min

Une Contribution de M. Abdoulaye CAMARA (enseignant à la FSEG, U-Bazo, ESGIC)

Cette voie a été ouverte par JM Keynes en 1936 et prolongée par M Friedman en 1956. De façon générale, si A Marshall expliquait l’encaisse de portemonnaie, J M Keynes explique l’encaisse de portefeuille et M Friedman l’encaisse de patrimoine.

L’analyse de John Maynard Keynes

Keynes s’est toujours préoccupé d’analyse monétaire, et sa pensée a évolué en trois étapes. Mais dans cet écrit on se limitera dans le vocabulaire Keynésien c’est-à-dire la préférence pour la liquidité exposée dans son livre « Théorie Générale ». Ce changement de termes est significatif pour Keynes parce que la monnaie est « l’actif liquide par excellence » et que la demande d’encaisses monétaires s’inscrit dans le cadre de la gestion d’un portefeuille d’actifs monétaires et financiers, traduisant une préférence pour les actifs les plus liquides.

Keynes retient trois motifs pour lesquels les agents désirent détenir des encaisses.

-          Le motif de transaction : ce motif correspond à une demande de monnaie en vue de la réalisation courante des échanges personnels et commerciaux. Il se décompose en deux. Un motif du revenu pour les ménages qui résulte du fait qu’un certain délai s’écoule entre le moment où le revenu est encaissé et le moment où il est décaissé sous forme de dépenses diverses ; pendant ce délai les ménages conservent une certaine quantité de monnaie. Les entreprises ont un motif d’entreprise qui correspond à la nécessité qu’elles ont de détenir une trésorerie pour équilibrer dans le temps les dépenses engagées dans la production et les recettes obtenues de la vente de leurs produits. Le motif de transaction détermine donc une demande d’encaisses actives liée à la fonction intermédiaire des échanges de la monnaie. Cette demande pour le motif de transaction dépend de façon croissante du revenu global. En effet, si le revenu augmente, la demande de monnaie accroit.

Exemple : admettons qu’un agent dépense tout son revenu et que la répartition de sa dépense soit uniforme : il n’y a pas un jour où il dépense plus.

S’il est payé 1000 UM par jour, il ne détient jamais plus de 1000 UM. Son encaisse moyenne sur la journée est de 500 UM. En effet, son encaisse de début de journée est 1000 UM et son encaisse de fin de journée est 0 F. soit (1000F + 0F)/2, soit 500 UM.

S’il est payé 2000 UM par jour, il détiendra en moyenne sur la journée 1000F. L’encaisse moyenne est donc une fonction croissante du revenu.

-          Le motif de précaution : ce motif de la préférence pour la liquidité est dû à l’incertitude pesant sur les revenus futurs et sur les dépenses futures. Comme pour la demande de transaction, la demande d’encaisses de précaution dépend du revenu et du laps de temps entre la perception de ces revenus. Plus le revenu augmente et plus la période s’écoulant entre la perception de deux revenus est importante et plus l’encaisse de précaution augmente.

-          Le motif de spéculation : ce troisième motif de la préférence pour la liquidité s’explique lui aussi par l’incertitude quant au niveau futur du taux de l’intérêt. Les agents économiques détiennent des encaisses spéculatives pour pouvoir acheter des titres, par exemple des obligations, lorsque le prix de ces titres sera avantageux.

Pour un spéculateur, l’achat d’un titre s’impose lorsqu’il pense que la valeur de ce titre va augmenter, c’est à dire lorsqu’il pense que le taux de l’intérêt va diminuer. Or, le taux de l’intérêt a des chances de baisser, s’il est à un niveau élevé ; dans cette hypothèse l’agent va réduire ses encaisses monétaires pour acheter des titres. A l’inverse, si le taux de l’intérêt est bas, l’agent va vendre ses titres et ses encaisses de spéculation seront élevées.

Exemple : soit, un emprunteur, qui émet en to des obligations au prix unitaire P de 1000 UM et rapporte un coupon fixe annuel de 100 UM. Le rendement de cette obligation est donc de 100/1000 soit 10%.

Admettons que le taux d’intérêt s’élevé à 12%. Que se passe-t-il ? D’une part, les détenteurs d’obligations vont essayer de les vendre dans la mesure où celles-ci ne rapportent que 10%, soit 100 alors UM placés à 12% rapporteraient 120 UM.

D’autre part, personne ne désirerait en acheter, puisque 1000 UM peuvent être placés plus avantageusement.

On observe alors une augmentation de l’offre de l’obligation par rapport à sa demande. Cette hausse d’offre va faire baisser le prix de l’obligation sur le marché boursier, jusqu’à ce que toutes les formes de placement procurent un même rendement.

Comme le rendement = (coupon)/Prix, on peut écrire 0,12 = 100/P

D’où P = 100/0,12 = 833,33. Le prix de l’obligation est passé donc de 1000 à 833,33.

Ainsi lorsque le taux d’intérêt augmente, la valeur des titres diminue. Si les agents anticipent une augmentation du taux d’intérêt, d’une part, ceux qui possèdent des titres vont essayer de les vendre, puisque si le taux anticipé est supérieur au taux actuel, le prix courant de leurs titres va diminuer. D’autres part, ceux qui n’en détiennent pas ne vont pas acheter et vont donc préférer constituer des encaisses de spéculation afin de pouvoir en acheter plus tard. Par conséquent, quand le taux d’intérêt est très bas, les encaisses de spéculation sont très importantes.

En revanche, si le taux d’intérêt tombe à 8%, le prix de l’obligation va augmenter. En effet, sa demande s’élève dans la mesure où elle rapporte 100 UM soit 10% alors que 1000 UM placés à 8% ne rapportent que 80 UM. Le prix augmente jusqu’à un niveau rendant équivalent toutes les formes de placement. Soit 100/0,08 = 1250.

Ainsi, quand le taux d’intérêt actuel est très haut, une majorité des agents anticipent une baisse de ce taux, ils vont donc acheter des titres car si les taux diminuent, les cours des titres augmenteront. Par conséquent, les encaisses de spéculation vont diminuer.

Pour achever la présentation de la préférence pour la liquidité, il faut préciser que pour Keynes, la liaison inverse entre la demande de monnaie et le taux de l’intérêt est bornée par l’existence d’un taux d’intérêt minimum. A ce niveau minimum, la préférence pour la liquidité est maximum, et selon l’expression de Robertson, les agents tombent dans une trappe à liquidités, la demande d’encaisses de spéculation tendent vers l’infini.

M. Abdoulaye CAMARA

2025-06-05

Pourquoi le taux de chômage de 3,5% ne peut être qualifié de taux de chômage naturel ?

Temps de lecture : 6 min

Toute économie dispose à tout moment des stocks de facteurs de production qui sont utilisés pour l’atteinte de fins économiques spécifiques, telles que la production, la consommation, l’investissement etc. Ces facteurs de production sont le travail, le capital et la terre. Ils sont combinés pour produire des biens et services qui sont à leur tour utilisés pour servir les besoins de consommation et d’investissement de l’économie.

Ces stocks de facteurs de production sous l’hypothèse d’une utilisation normale conduiraient à l’établissement d’un optimum que l’orthodoxie économique appelle le plein emploi économique. Partant d’hypothèses spécifiques dont les plus importantes sont l’organisation concurrentielle pure et parfaite des marchés réels – Biens et services ; capital et travail – ; la rationalité parfaite des producteurs et des consommateurs ; l’absence d’externalités (positives et négatives) et la flexibilité des prix (prix des biens et services ; salaires des travailleurs et les taux d’intérêt) les orthodoxes parviennent à établir cet optimal ou plein emploi économique.

Cet optimum qui est en réalité hypothétique (pour ne pas dire idyllique) comme l’existence de la structure de marché concurrentiel pur et parfait pour être considéré comme une réalité factuelle des économies nationales. Car à cet optimum ou plein emploi les conditions suivantes sont établies :

Sur le marché des biens et services ou des produits : les stocks sont quasiment nuls. Il n’y a pas de pénurie ni d’excès. Les entreprises fonctionnent à plein régime. Ce qui conduit à une stabilité des prix sur ce marché.

Sur le marché du capital : l’offre de capital (épargne) est en parfaite adéquation avec la demande de capital (investissement). Donc, les stocks de capital sont inexistants sur ce marché aussi. Il n’y a pas de surplus de capital ni de déficit. Le prix d’équilibre (le taux d’intérêt d’équilibre) sur ce marché permet de réaliser tous les investissements viables ainsi que certaines dépenses importantes de consommation.

Sur le marché du travail : contrairement aux deux marchés réels présentés précédemment, le stock de travail ne peut jamais être nul même quand l’économie est au plein emploi. Parce qu’il va toujours y avoir des travailleurs qui vont abandonner leur travail soit pour des convenances personnelles ; soit pour des raisons de saison ; soit parce qu’ils arrivent pour la première fois sur le marché du travail ; soit parce que leurs compétences sont en déphasage avec les métiers disponibles dans l’économie. Par contre, au plein emploi, en dehors de ces causes indépendantes toto genere du fonctionnement de l’économie ; tout stock de travail imputable à l’atonie du marché du travail ne peut être signalé.

Ce stock théorique de travailleurs qui existerait même en situation d’équilibre général ou plein emploi serait compris entre 4% et 6% dans les pays développés. Lors de sa récente sortie, Le Ministre des Finances du Mali a soutenu que le taux de chômage au Mali en Mai 2025 faisait 3,5%. Ce taux de chômage est-il le stock de travailleurs non imputable à l’atonie du marché du travail ? Ou intègre-t-il une part de stocks de travailleurs pouvant être imputée au fonctionnement conjoncturel de l’économie malienne ?

Je trouve que ce taux de chômage ne peut être considéré comme le taux de chômage de plein emploi du Mali. De même qu’une seule hirondelle ne peut faire le printemps, le seul taux de chômage ainsi incriminé ne doit être considéré comme le seul indicateur susceptible de caractériser la situation de plein emploi économique des facteurs de production au Mali. Car un coup d’œil rapide sur l’économie malienne permet de conclure que même si le taux de chômage annoncé par Le Ministre des Finances est faible ; le fonctionnement des deux autres marchés réels (produits et capital) au Mali semble présenter plus d’instabilité. Donc, des équilibres de sous-emploi. Mes propos sont d’ailleurs corroborés par l’intervention du Ministre des Finances prouvant l’efficacité de leurs différentes mesures économiques dans la lutte contre l’inflation. Car, si l’économie malienne était au plein emploi, leurs interventions allaient exacerber la hausse des prix des biens et services ou inflation au Mali.

Donc, pensez que le taux de chômage de 3,5% est le taux de chômage naturel au Mali semble plus relever du fantasme que d’une réflexion économique pouvant être qualifiée de scientifique.

Madou CISSE

FSEG

2025-05-29

La discrimination tarifaire

Temps de lecture : 4 min

Série : Economie en question (N°27)

Une analyse de la billetterie du Parc National du Mali (disponible sur leur site Internet) montre qu’il existe un [t]arif unique d'entrée Parc et Zoo (sic) fixé à 1.000 F CFA et un tarif scolaire (de la maternelle en terminale) faisant 500 F CFA.

De cette tarification, je note que pour le même service, les « élèves » et les « autres » ne paient pas le même montant. Les premiers payant pour le même service la moitié de ce que paient les « autres ». Est-ce à dire que cet écart de prix peut être expliqué par des écarts de coûts (transport, distribution, publicitaire etc.) que supporte le Parc National du Mali pour être en capacité de fournir ses services aux deux groupes ainsi stratifiés ? La réponse est non ! Cet écart de prix ne peut pas être expliqué par les écarts de coûts. En conséquence, je peux soutenir que le Parc National du Mali vend le même service à différents prix (ici 500 F CFA et 1000 F CFA) et à différents consommateurs (ici les « élèves » et les « autres »). Ce mode de tarification porte le nom de discrimination tarifaire ou discrimination par les prix.

Ce mode de discrimination fut théorisé de manière complète par Artur Cecil Pigou en 1920. Pour lui, la mise en œuvre de la discrimination tarifaire ne devient possible que si les conditions suivantes sont simultanément remplies chez une entreprise à savoir (1) disposer d’un pouvoir de marché (2) être capable d’empêcher la revente de son bien ou service.

La discrimination tarifaire peut être implémentée sous trois (03) principales formes. Deux sont qualifiées de « discrimination parfaite », et une porte le nom de discrimination imparfaite.

La première forme de discrimination « parfaite » ou discrimination de 1er degré. Dans ce cas, le vendeur étant capable de discerner le montant maximal qu’un acheteur potentiel est prêt à débourser pour acheter son bien ou service, fixe le prix de vente en fonction de ce montant (ou disponibilité à payer). Mais à condition que cette disponibilité à payer ne soit pas plus faible que le coût de production de la quantité vendue au consommateur.

La deuxième forme de discrimination « parfaite » ou discrimination du 3ème degré. Pour cette forme de discrimination, le vendeur segmente son marché en fonction des caractéristiques ou statuts spécifiques des acheteurs. Partant de cette segmentation, il applique sa politique tarifaire discriminatoire de manière parfaite (comme le réussit avec brio le Parc National du Mali).

La discrimination « imparfaite » ou discrimination du 2ème degré. Le vendeur étant dans l’incapacité de discerner la disponibilité à payer de ses clients peut mettre en place un menu de prix. Avec, ce menu, les montants moyens payés par les acheteurs décroissent en fonction des quantités payées. Cette forme de discrimination permet à chaque client de révéler son propre « type » que le vendeur ne savait pas au préalable. D’où l’usage de l’expression discrimination imparfaite.

Madou CISSE

FSEG

EDM et l’Etat du Mali, que faire ?

  Temps de lecture : 5 min La société Energie du Mali est une société industrielle et commerciale. Les deux adjectifs qualificatifs ainsi ...