2026-04-23

Dévaluation monétaire oui, mais à condition que…

 Temps de lecture : 4 min

Face à la dégradation du déficit du solde des comptes des transactions courantes et de capital ou solde de la balance des opérations courantes d'un pays – ces comptes enregistrent les flux de biens, services, revenus et transferts courants entre les résidents du pays et le reste du monde – la dépréciation du taux de change en situation de change flexible ou la dévaluation en situation de change fixe peut être mise en œuvre par les autorités compétentes du pays pour l’enrayer.

Vertus « supposées » de la dévaluation monétaire

La dévaluation de la monnaie nationale est censée rendre les biens et services domestiques moins chers par rapport à ceux du reste du monde. Dans une telle éventualité, le pays pourra plus vendre et acheter moins au reste du monde.

Malheureusement, la description idyllique de l’effet de la dévaluation sur le solde de la balance des opérations courantes telle que faite supra ne se produit pas ainsi exactement. Pourquoi ?

Ce qu’il ne faut point perdre de vue, c’est que la dévaluation monétaire induit un effet-prix et un effet-volume.

Dans la foulée de la dévaluation (c’est-à-dire à court terme), l’effet-prix domine l’effet-volume. Cette domination conduit à une détérioration des termes de l’échange (rapport entre l’indice des prix des exportations et l’indice des prix des importations). La conséquence de cette domination de l’effet-prix conduit toujours à une détérioration du solde de la balance des opérations courantes du pays ayant dévalué sa monnaie.

A long terme, l’effet-volume reprend le relai et domine l’effet-prix. A cet horizon temporel, les volumes des exportations et des importations vont commencer à réagir aux variations des prix induites par la dévaluation. A ce stade, les biens et les services domestiques en monnaie étrangère deviennent moins chers et ceux du reste du monde en monnaie nationale deviennent plus chers. Ces changements vont conduire à la réduction in fine du déficit du solde de ladite balance par l’augmentation du volume des exportations devenues dorénavant moins chères et la baisse du volume des importations qui sont devenues plus chères.

Cet impact paradoxal de l’impact de la dévaluation monétaire sur l’économie d’un pays est connu sous l’expression de la « courbe en J ». Car, la dévaluation (ou la dépréciation) monétaire détériore dans un premier temps le solde de la balance des opérations courantes puis dans un second temps, elle l’améliore.

La réalité est la compétitivité des entreprises

Dévaluer ou déprécier pour réduire le solde de la balance des opérations courantes d'un pays n’aura des impacts positifs que si l’économie du pays remplit certaines conditions. Parmi celles-ci, (1) le pays doit disposer préalablement d’un bataillon d’entreprises exportatrices ; (2) les demandes du reste du monde des biens et services exportés par les entreprises nationales doivent être inélastiques aux prix. Cette dernière condition exige de la part des entreprises nationales un degré important de compétitivité prix et de qualité. Sinon, la dévaluation ne pourrait pas atteindre son objectif primordial à savoir réduire le creusement du déficit du solde de la balance des opérations courantes du pays.

M. Madou CISSE / FSEG

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