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Face à la dégradation du déficit du solde des
comptes des transactions courantes et de capital ou solde de la balance des
opérations courantes d'un pays – ces
comptes enregistrent les flux de biens, services, revenus et transferts
courants entre les résidents du pays et le reste du monde – la dépréciation du taux de change en
situation de change flexible ou la dévaluation en situation de change fixe peut
être mise en œuvre par les autorités compétentes du pays pour l’enrayer.
Vertus « supposées » de la
dévaluation monétaire
La dévaluation de la monnaie nationale est
censée rendre les biens et services domestiques moins chers par rapport à ceux
du reste du monde. Dans une telle éventualité, le pays pourra plus vendre et
acheter moins au reste du monde.
Malheureusement, la description idyllique de
l’effet de la dévaluation sur le solde de la balance des opérations courantes telle
que faite supra ne se produit pas ainsi exactement. Pourquoi ?
Ce qu’il ne faut point perdre de vue, c’est
que la dévaluation monétaire induit un effet-prix et un effet-volume.
Dans la foulée de la dévaluation
(c’est-à-dire à court terme), l’effet-prix domine l’effet-volume. Cette
domination conduit à une détérioration des termes de l’échange (rapport entre l’indice des prix des
exportations et l’indice des prix des importations). La conséquence de cette domination de
l’effet-prix conduit toujours à une détérioration du solde de la balance des
opérations courantes du pays ayant dévalué sa monnaie.
A long terme, l’effet-volume reprend le relai
et domine l’effet-prix. A cet horizon temporel, les volumes des exportations et
des importations vont commencer à réagir aux variations des prix induites par
la dévaluation. A ce stade, les biens et les services domestiques en monnaie
étrangère deviennent moins chers et ceux du reste du monde en monnaie nationale
deviennent plus chers. Ces changements vont conduire à la réduction in fine du
déficit du solde de ladite balance par l’augmentation du volume des
exportations devenues dorénavant moins chères et la baisse du volume des
importations qui sont devenues plus chères.
Cet impact paradoxal de l’impact de la
dévaluation monétaire sur l’économie d’un pays est connu sous l’expression de
la « courbe en J ». Car, la dévaluation (ou la
dépréciation) monétaire détériore dans un premier temps le solde de la balance
des opérations courantes puis dans un second temps, elle l’améliore.
La réalité est la compétitivité des
entreprises
Dévaluer ou déprécier pour réduire le solde
de la balance des opérations courantes d'un pays n’aura des impacts positifs
que si l’économie du pays remplit certaines conditions. Parmi celles-ci, (1) le
pays doit disposer préalablement d’un bataillon d’entreprises
exportatrices ; (2) les demandes du reste du monde des biens et services
exportés par les entreprises nationales doivent être inélastiques aux prix.
Cette dernière condition exige de la part des entreprises nationales un degré
important de compétitivité prix et de qualité. Sinon, la dévaluation ne
pourrait pas atteindre son objectif primordial à savoir réduire le creusement
du déficit du solde de la balance des opérations courantes du pays.
M. Madou CISSE / FSEG
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